Les dieux sont partis, et enfin la quiétude est revenue dans ma ferme.
On dirait que ça fait une éternité.
Les dieux ont englouti un à un tous les plats qu'on leur servait, au point que j'ai eu la frayeur de voir le garde-manger se vider, mais contre toute attente nos réserves n'ont pas tant diminué que ça.
Grâce aux bienfaits qu'ils nous ont laissés, on est même largement bénéficiaires.
Les cultures boostées par l'engrais hyper-poisson poussent à toute vitesse, on peut les réapprovisionner sans cesse, et ce qu'on a consommé sera vite comblé.
Bon.
Maintenant que le tintamarre avec les dieux est retombé, reprenons la vraie vie de ferme.
En fait, j'ai un projet en chantier depuis l'hiver.
« Tu as déjà plusieurs plans inachevés, arrête d'en commencer de nouveaux sur un coup de tête ! » me gronde Platy, mais quand une idée me vient, je ne peux pas m'en empêcher.
Faut que je la lance sitôt qu'elle pointe le bout du nez !
Chaque projet met du temps à aboutir, et si je ne les fais pas avancer en parallèle, je n'aurai pas assez d'une vie pour tout boucler !
Voilà donc le nouveau chantier que je viens d'attaquer.
La fabrication d'une machine à coudre.
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« Vêtir, nourrir, loger » : les trois piliers de base de la vie.
Je le réalise encore plus en menant cette existence à la ferme : la bouffe, le toit, les fringues. Tout est vital.
Et dans ma ferme, il y a une seule personne qui assure le pilier « vêtir » à elle toute seule.
La fille-démon, Bati.
Née dans une famille de tailleurs, elle rêvait d'ouvrir sa propre boutique avec sa pension après avoir quitté l'armée du Roi Démon, et ce rêve a coïncidé avec les besoins de la ferme.
Chaque jour, elle coud des vêtements pour tous les habitants.
Mais comparé à l'époque où on était peu nombreux et groupés serrés, l'effectif a pas mal gonflé.
Elle demande parfois un coup de main aux elfes habiles de leurs mains, cela dit sa charge de travail est devenue sacrément lourde.
Pour la soulager un peu, je veux lui fabriquer un outil qui l'assiste dans sa tâche.
C'est là qu'intervient la machine à coudre !
Dans mon ancien monde, je l'ai vue à la télé.
Avec le « gaga-gaga » de la machine, une couture qui prend des heures à la main se termine en quelques minutes !
J'offre une machine à coudre à Bati pour qu'elle profite encore plus de sa vie de couturière !
………… c'est comme ça que l'idée m'est venue.
Seulement, une machine à coudre, c'un appareil électrique.
Dans un autre monde, ça jure un peu trop, non ? C'était mon inquiétude.
« L'électricité, hein… Ça sent trop la civilisation moderne, ça… »
Du tout-électrique dans un univers fantasy, ambiance zéro.
Et de toute façon, c'est impossible techniquement, mais j'ai même pas envie de tenter l'impossible.
Du coup, le projet machine à coudre tombe à l'eau ? J'ai failli l'abandonner, mais à ce moment-là, je me suis souvenu d'un truc.
Là encore vu à la télé : avant l'électricité, il existait des machines à coudre mue par d'autres forces motrices.
La machine à coudre à force humaine.
Si je me souviens bien, c'était un modèle intégré à une table, avec une pédale au niveau des pieds qu'on actionne pour faire bouger l'aiguille.
Avec ça, on peut la fabriquer même dans ce monde au niveau médiéval, et ça ne brise pas l'ambiance !
Yosh, lancement du projet machine à coudre à pédale !!
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…… C'est l'idée que j'ai eue avant l'arrivée de l'hiver.
Et maintenant que l'hiver est passé, la machine à coudre à pédale n'est toujours pas finie.
Devant moi, une montagne de ratés : engrenages, arbres de transmission, ferrailles en tout genre.
« J'ai sous-estimé la mécanique de précision… »
Au début, je me disais « Faut juste que le mouvement de la pédale arrive jusqu'à l'aiguille, non ? » tout tranquille, mais dès qu'on s'y met, on comprend que c'est pas si simple.
Le matériau de base de ma machine à coudre à pédale made in autre monde, c'est encore et toujours le mana-métal.
J'utilise à fond le métal réputé le plus résistant de ce monde, je l'étire au marteau, je le lime avec l'épée sacrée pour lui donner forme, mais rien ne marche.
Déjà, moi qui n'ai vu que l'extérieur à la télé, je ne pouvais pas connaître la structure interne avec précision : j'étais totalement bloqué.
« J'ai quand même trop foncé tête baissée sur un coup de tête… »
La fête des dieux est finie, tout s'est calmé, j'ai repris le boulot, et là je me prends la réalité en pleine figure : c'est impossible.
Il va falloir que je trouve une solution radicale si je veux avancer.
Les habitants de la ferme ont reçu plein de bénédictions des dieux ; y en a-t-il une qui pourrait m'aider là-dessus ?
« Non… »
J'ai déjà reçu un don d'Héphaïstos.
C'est pas vers lui que je dois me tourner, pour être cohérent ?
« C'est le dieu de la forge, après tout… »
Pour ce genre de problème, c'est le premier vers qui il faut se tourner, non ?
J'ai joint les mains devant le kamidana du manoir et j'ai prié.
« Ô grand dieu Héphaïstos ! Il existe une machine appelée machine à coudre. C'est un outil qui permet de coudre vite. Je vous en prie, aidez-moi à la développer. Ne serait-ce qu'un indice… »
Et j'ai déposé mon offrande habituelle : un onigiri sur l'autel.
Pour une raison que j'ignore, Héphaïstos a l'air d'adorer les onigiri.
Et aujourd'hui, ce n'est pas un simple onigiri.
En échange de ma demande un peu gonflée, j'ai mis le paquet.
J'ai fourré dedans le tarako que j'avais développé pour l'offrande à Poséidon l'autre fois.
Le tarako est devenu un grand classique des garnitures d'onigiri.
Juste un petit « j'ai mis les bouchées doubles », mais si ça porte ses fruits… ?
Au moment où j'ai offert l'onigiri au tarako.
Le kamidana s'est mis à briller…
« M-m-m-moi, j'adore les onigiri, nanani ! »
Avec la lumière, un morceau de papier a voltigé vers moi.
Il est énorme.
Format journal, environ.
Et ce qui y était dessiné… !
« Les plans de la machine à coudre !? »
Pas un indice : la réponse complète !?
« C'est la récompense pour l'onigiri au tarako !? C'est bon, d'être aussi généreux !? Un peu, dieu !? »
Mais connaissant la structure mécanique sur le bout des doigts, c'est bien le dieu de la création.
Ça débloque tout d'un coup !
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En vérifiant plus tard, la récompense pour l'offrande ne contrevient pas à la promesse échangée entre dieux : « on ne doit pas faire plus d'un don à un même humain ».
Le don et la récompense sont deux choses distinctes, et tant que l'intention du pacte — « empêcher que l'équilibre des pouvoirs terrestres ne s'effondre à cause des dieux » — est respectée, y a pas de souci.
L'avis, c'est : « Un humain qui offre un truc, même par échange équivalent miracle, ça ne peut pas faire basculer l'équilibre du monde ».
Bref, grâce aux plans du bienveillant Héphaïstos.
Le développement de la machine à coudre entre enfin dans sa phase sérieuse !