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Isekai de Tochi wo Katte Noujou wo Tsukurou

Chapitre 135

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Chapitre 135

Chapitre 135

Chapitre 135/28148%~7 min de lecture1 288 mots

« Je vais invoquer un dieu. »

Le professeur est venu me voir sans crier gare et a lâché ça d'emblée.

Le professeur est un no-life king, le monstre le plus terrible parmi les morts-vivants. Il a vécu plus de mille ans en tant que non-mort et a même oublié son propre nom, si bien qu'on l'appelle affectueusement « le Professeur ».

D'ordinaire, il officie comme maître des lieux au fond d'un donjon de type grotte près de la ferme, mais il lui arrive de rendre visite à notre exploitation.

Quand il se pointe, je sers son plat favori — du takuan — et on papote, mais aujourd'hui, sans transition…

« Je vais invoquer un dieu. »

Il sort ça.

« … Professeur, un dieu, on vient d'en invoquer un l'autre fois, non ? »

Je reprends sur un ton à faire du théâtre.

Le roi démon Zedan a invoqué Hadès, le dieu des enfers, pour annoncer sa victoire sur le royaume des hommes. Cette dernière invocation ne datait pas d'hier.

« Peu importe. J'invoquerai un dieu. »

D'où vient cet entêtement ?

« Heu… Professeur ? Vous savez bien qu'invoquer un dieu, c'est pas rien, hein ? »

Au stade de roi des morts-vivants, il a peut-être perdu le sens commun comme un milliardaire qui n'a plus notion d'argent.

Invoquer un dieu, ça.

C'est d'une difficulté phénoménale.

Un dieu. Un dieu.

Un god, quoi.

D'après ce que m'ont raconté Platy et les elfes, la magie d'invocation existe aussi bien chez les démons que chez les humains, mais ils sont déjà à peine capables d'invoquer des esprits ou des démons.

Et depuis ce niveau-là, on voudrait invoquer un dieu.

Difficile ?

C'est même pas le mot. C'est impossible, qu'ils disent !!

Au point de se faire engueuler : « Invoquer un dieu, t'es fou ou quoi ? Réfléchis un peu au bon sens !! » — en parcourant l'histoire de la magie démoniaque, humaine, et même celle des tritons, pas un seul précédent d'invocation divine.

Pourquoi est-ce possible alors ?

Parce que le professeur, en tant que no-life king, roi des morts-vivants, a déjà un pied dans la mythologie, tout simplement !

« C'est pour ça, hein ? Si vous invoquez des dieux à tout va, ça pose problème. Vous comprenez bien qu'on risque de faire exploser l'équilibre du monde ? »

Et mettez-vous à la place du dieu invoqué.

Ces messieurs trônent en tant que maîtres du monde, si on peut les appeler comme des chiens, leur dignité en prend un coup.

« Pour retrouver ma dignité perdue », qu'ils disent, et hop, ils embarquent une poignée d'élus dans une arche et déclenchent un déluge — très peu pour moi.

J'ai essayé de le raisonner pour pas que ça dégénère.

« Je ne peux pas y renoncer. »

Pourquoi ne veut-il rien entendre ?

Bon, essayer de faire la leçon à un no-life king, c'était voué à l'échec de base…

Puisqu'un dieu, entité de premier ordre, débarque d'entrée, je finis par avoir l'illusion que le reste est facile.

« D'autant que cette invocation n'obéit pas à mon caprice personnel. … Je n'ai jamais agi ainsi par le passé, ceci dit. »

Il a toujours eu une once de retenue, le bonhomme : pas d'invocation sans prétexte valable.

La sagesse de l'âge, il l'a.

« … Du coup, cette fois aussi, y a une raison ? »

« Un oracle est tombé. »

« Hein ? »

L'oracle dit :

— Nous désirons être invoqués. Le mari de la déesse mère, Hadès, et le dieu des mers, Poséidon.

« Ils le demandent eux-mêmes !? »

Les dieux, de leur plein gré !?

Qu'est-ce que ça veut dire !?

« S'il s'agit d'un oracle conjoint d'Hadès, dieu des enfers, et de Poséidon, maître des océans, je ne peux pas désobéir. L'honneur du roi immortel est en jeu, j'y vais de toutes mes forces ! »

Le professeur souffle du nez, gonflé à bloc.

Outre le sens du devoir, il doit kiffer l'idée d'invoquer ses dieux préférés en grande pompe avec leur aval.

Le roi démon l'autre fois, c'était pareil — les gros bonnets de ce monde, quand ils s'y mettent, ils foncent tête baissée dans leurs loisirs.

Le prince Arowana, lui, est accro au sumo.

Faut faire gaffe quand on fait découvrir des jeux aux gens d'ici.

……………

Et c'est parti.

Le rituel d'invocation divine du professeur, devenu routine.

Cette fois encore, les résidents de la ferme sont accourus en foule pour mater le spectacle.

« La dernière fois, quand Hadès est apparu, tout le monde a flippé et a fui. Ils retiennent pas la leçon. »

C'est ce que je me suis dit.

« Certes, on a eu peur. Mais on n'imaginait pas pouvoir voir un dieu de nos propres yeux !! »

« C'est une chance inouïe ! J'ai regretté amèrement d'avoir fui, une fois calmé. Si l'occasion se représente, cette fois je la rate pas !! »

« Je me prosterne de tout mon être ! Et je leur balancerai des offrandes !! »

Ce monde en est au niveau culturel du Moyen-Âge, la foi est encore bien vivace.

Le seul fait que ce soient les dieux qui les ont créés suffit à justifier l'adoration.

Laissez tomber les offrandes balancées à la figure, ça fait mal.

« Cette fois, c'est pas seulement Hadès, y a aussi Poséidon, non ? C'est le dieu créateur de nous, les tritons !! »

« Nous ne pouvons pas manquer ça. En tant que serviteurs du dieu des mers !! »

Paffi, Lampeye et les autres tritons, qui deviennent des piliers de la ferme, ont l'air surexcités par cette invocation.

Une fois l'ambiance bien chauffée, le professeur lance l'invocation.

« Houn-djar-a, houn-djar-a… Ei !! »

L'incantation devient de plus en plus approximative, non ?

Approximative, mais ça a marché.

Le dieu est invoqué.

Hadès, le dieu des enfers à la barbe fournie, est déjà une vieille connaissance, mais l'autre, à ses côtés, divin à en faire mal aux yeux, c'est une première.

Torse nu, il exhibe sa large poitrine, mais ce qui crève l'écran encore plus, c'est le trident qu'il tient en main.

Comme pour dire : « Voici ma carte de visite. »

Ses longs cheveux blancs ondulent comme des vagues blanches, sa simple posture suffit à faire sentir sa grandeur.

Ce dieu n'est autre que…

« … Je suis Poséidon, dieu des mers. Louez-moi. »

« « « « Haaï !! » » » »

Les tritons, ses serviteurs directs, bien sûr, mais toutes les autres races se sont effondrées en vague.

« … Moi, quand j'arrive, personne fait ça. »

Hadès, à côté, marmonne en boudeur.

… Ben non, vous, vous débarquez toujours sans prévenir, on a pas le temps de réagir.

Si vous le voulez, je le fais tout de suite, moi !

Haaï !!

« Roi des immortels. Bien joué. Tu as répondu à l'oracle et nous as invoqués. »

« Selon la volonté des dieux. »

Le professeur s'incline bas.

Même l'un des deux fléaux mondiaux doit s'abaisser face à l'existence divine — on en ressort avec une frayeur renouvelée.

« … Bon, passons aux choses sérieuses. Accomplissons la raison de notre manifestation sur terre. »

« Oui, faisons-le. »

Le dieu de la terre et le dieu de la mer acquiescent.

Cette invocation, ce sont les dieux qui l'ont voulue.

Autrement dit, ils avaient un motif pour descendre ici. Quel est le but ?

« Au nom des dieux, j'ordonne : servez du riz aux jeunes pousses de bambou au dieu des mers ici présent ! »

« Oui, qu'on me fasse goûter ce riz aux jeunes pousses de bambou ! »

Hein ?

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