Je suis le dieu de la sagesse, Hermès !
Dans le monde divin, une bataille féroce fait toujours rage.
Il s'agit de décider qui protégera le pays du Saint.
Une dispute similaire a déjà eu lieu par le passé.
Ce fut entre mon oncle, le dieu de la mer Poséidon, et ma sœur indigne Athéna, pour devenir la divinité tutélaire d'une certaine ville.
À cette époque, ce fut un concours pour voir lequel des deux offrirait le meilleur cadeau, et Athéna finit par l'emporter en disant : « Mon olivier est mieux, non ? Ou tu préfères mourir ? »
Pour nous, dieux de l'Olympe, ce combat rappelle cet épisode, mais les circonstances sont différentes cette fois.
Les attaques par cadeaux ne fonctionnent pas sur le Saint.
Pourquoi ? Parce que le Saint lui-même est le producteur de ce qu'il y a de meilleur. Quoi que nous lui offrions, cela ne peut rivaliser avec ce qu'il crée.
Y a-t-il quelqu'un qui se réjouirait de recevoir quelque chose d'inférieur à sa propre production ?
Bon, le Saint pourrait bien dire : « Si c'est fait avec le cœur… ! » et s'en réjouir, mais les cadeaux des dieux ne contiennent pas de « cœur ». Il n'y a que du désir.
D'ailleurs, en matière de cadeaux, le Saint a déjà reçu le don ultime et suprême de mon frère, le dieu forgeron Héphaïstos.
En ce qui concerne la fabrication, seul le clan Ivaldi des dieux d'Asgard pourrait rivaliser avec mon frère Héphaïstos, le plus fort de notre panthéon.
Les dieux doivent donc obtenir le droit de devenir le protecteur du pays du Saint par d'autres moyens.
C'est ainsi que, depuis un temps incalculable, les dieux répètent leurs affrontements.
« Ça ! Hadoken ! Hadoken ! Hadoken !! »
« Putain, arrête ! Arrête de bourrer des Hadoken !! »
Cette fois, c'est mon oncle Hadès, de notre panthéon, et Odin, venu d'Asgard, qui s'affrontent sur Str○t Fighter II.
La plupart des dieux ont déjà épuisé leur âme dans le death march de M○motetsu, trois cents millions d'années de jeu.
Ils ont de l'énergie, ces dieux.
Surtout Odin, son obstination pour la compétition est terrifiante. Alors que presque tous les dieux participants ont abandonné au bout de trois cents millions d'années, lui a tenu jusqu'au bout.
Et comme ça ne suffisait pas à les départager, il insiste pour trancher avec un autre jeu.
On dirait bien le dieu d'un peuple guerrier qui a fait du massacre et du pillage sa devise… on ne peut qu'être impressionné en le regardant de côté.
« Chikusho ! Même sur un jeu de baston, ça ne se décide pas ! Hé, dieu des Enfers ! La prochaine fois, on se fait un RPG !! »
« Un RPG !? Y a-t-il seulement de l'affrontement dans un RPG !? »
« Bien sûr, on décide à celui qui le finit le plus vite ! »
« Encore un combat qui va durer des lustres !? »
Mon oncle Hadès, qui arrive à suivre, est discrètement impressionnant.
Accroche-toi, oncle Hadès ! L'honneur et la fierté des dieux de l'Olympe reposent sur toi !
« Haa… ils ont de l'énergie, eux… »
Un autre dieu observe ce match palpitant depuis les gradins, tout comme moi.
C'est Sugawara no Michizane, venu de Dazaifu.
Vous avez été éliminé bien tôt, vous…
« Je suis un homme de lettres de la capitale, né fonctionnaire, je n'aime pas les conflits. Ne me mettez pas dans le même sac que ces barbares de l'Est. »
C'est vrai.
Si vous aviez cette obstination pour les compétitions, vous n'auriez pas perdu vos luttes politiques de votre vivant pour finir exilé.
« Enfin, j'ai quand même fait un magnifique retour de flamme après ma mort. »
… C'est vrai.
Ce dieu-ci est du genre à voir son ressentiment grandir après sa mort.
Un dieu vengeur, ça fait peur.
Cependant, le fait que des dieux d'autres mondes s'immiscent et que la décision ne vienne pas est un problème.
« Hé les gars, on fait une partie de MonHun ! »
« Moi je joue cor de chasse ! »
Les autres dieux se la coulent douce et se mettent à jouer à des jeux sans rapport avec le concours.
À ce rythme, ça ne finira jamais, ça va devenir comme l'opposition entre Baron et Randa.
C'est mauvais.
Les dieux ont chacun leur rôle, et s'ils s'enlisent dans des concours, ils le négligent.
Surtout, si ces dieux d'autres mondes s'installent ici pour de bon, c'est un sacré bordel pour nous !
C'est ici qu'Hermès, votre serviteur, doit faire preuve de sa fierté, sa sagesse !
« Oui tout le monde ! Attention !! »
À mon appel, les dieux qui glandaient se tournent vers moi d'un seul coup.
Hum, au moins ils réagissent quand on les appelle, les manières sont là.
« Uooooooh !! Je zappe l'intro en bourrant les boutons !!!! »
« J'ai pas le temps de faire le tutoriel, bordel !!!! »
Certains dieux n'ont tout de même pas de manières.
Arrêtez de jouer n'importe comment, une course au speedrun sur RPG, ça use les nerfs.
Bref !
« Continuer à glander comme ça n'est pas bon. Le temps passe sans qu'aucune décision ne soit prise, on en oublie même le but du combat, et on ne fait que se battre par inertie. Une telle situation n'est manifestement qu'une perte de temps. »
Les déesses ont même commencé une tea party en profitant de l'occasion.
Pour le bon fonctionnement du monde divin, je veux trancher net, en un instant.
« Vous dites "trancher net", mais comment… !? »
« Si on pouvait, on ne continuerait pas à se battre sans fin depuis tout ce temps… !? »
Les dieux s'agitent, perplexes.
Mais ne vous inquiétez pas.
Je suis le dieu qui possède la sagesse triple, Hermès.
L'émissaire de l'expérience "aha" qui cloue le bec à d'innombrables problèmes par la solution optimale, Hermès. Goûtez à ma réponse maîtresse.
La méthode pour trancher, c'est… ça !
« Pierre-feuille-ciseaux !! »
« « « « « Pi… pierre-feuille-ciseaux… ? » » » » »
Hoho, vous ne connaissez pas le pierre-feuille-ciseaux ?
C'est normal, le pierre-feuille-ciseaux est une coutume qui s'est répandue dans le monde des humains.
Je vais vous l'expliquer depuis le début.
Je montre mon poing fermé devant les dieux.
« Ça, c'est "pierre". »
« Et avec ça, on écrase l'adversaire ? »
Non.
Pierre, c'est la pierre.
Une pierre dure repousse les lames des ciseaux. Donc pierre gagne contre ciseaux, c'est la logique.
Et feuille gagne contre pierre, mais perd contre ciseaux.
Chacun a un adversaire favorable et un défavorable, le résultat est clair au premier coup d'œil.
Décision immédiate, voilà l'avantage du pierre-feuille-ciseaux !!
« Trois qui se battent chacun de leur côté… comme Héra, Athéna et Aphrodite ? »
Ça, c'est celui qui ne se finit jamais et qui dégénère en chaos total.
Bref ! Tous ceux qui n'ont pas encore renoncé à devenir le protecteur du pays du Saint, participation obligatoire !
Allez !
Si vous ne jouez pas, vous avez perdu ! Qui recule vieillit, qui a peur meurt, criez !
Pierre, feuille, ciseaux, partez !!
« Cette pierre… c'est Mjöllnir. »
Hein ?
Qu'est-ce qu'il raconte, cet Odin ? Ce dieu d'un peuple guerrier, tout ce qu'il dit est incompréhensible.
« Ce n'est pas une simple pierre, c'est le marteau du tonnerre. L'arme fatale que brandit mon frère Thor. Donc aucune feuille ne peut le recouvrir. Il déchirera tout. »
« Alors ma feuille, c'est le Registre d'Enma ! Le procès-verbal qui consigne tous les péchés ne peut être déchiré par aucune violence ! Donc c'est ma victoire ! »
C'est pour ça que je dis que si vous apportez vos règles perso, ça ne se décidera jamais !
Pourquoi vous ne comprenez pas !?
« Ma feuille, à moi… c'est du papyrus. »
Anubis, sur le côté, a murmuré ça tout bas.
On avait enfin trouvé la voie droite vers la décision, et on n'avance pas du tout !
À ce rythme, le pays du Saint sera achevé pendant que nous nous battons !
…
Ah.
Je m'en suis aperçu et j'ai immédiatement vérifié le monde d'en bas en urgence.
… Comme je le craignais.
« Euh… tout le monde, calmez-vous et écoutez-moi. »
« Ah ? »
Qui a répondu avec cette voix rauque ?
Peu importe, écoutez.
« Le pays du Saint, il est fini. »
« Hein !? »
Oui, on ne sait pas quand, mais le pays du Saint est achevé.
Je pensais que c'était encore une lande complètement vierge jusqu'à il y a peu, mais pourquoi ?
Non, c'est bien que ce temps se soit écoulé.
Pendant que les dieux étaient absorbés par leurs concours, dix ans ont passé.
De plus, le pays du Saint n'est pas tout juste sorti de terre, il était probablement déjà fini depuis deux ou trois ans.
Cela veut dire que ce pays se débrouille très bien sans protecteur divin.
« « « « « ………… » » » » »
Les dieux, plus aucune légitimité.
Ainsi, la querelle des dieux s'est une fois de plus révélée n'être que stérile.