Je suis Orcbo, l'orc.
Aujourd'hui, je suis venu en famille pour un jour de détente.
Notre destination : le château d'Orcbo.
Le fait qu'il porte mon nom me met mal à l'aise, d'une certaine façon.
Pourtant, c'est aussi la première fois que je découvre le château d'Orcbo en tant que simple visiteur.
Cette situation s'explique par le « plan de délégation locale du château d'Orcbo » que notre seigneur promeut, et je dois avouer que je ne sais pas trop sur quel pied danser.
« Alors ? Comment ça fait de voir en client un événement qu'on a toujours géré du côté des organisateurs ? »
C'est mon ami d'enfance et frère d'armes, Gobukichi-dono, qui me pose la question depuis le siège d'à côté.
Lui qui dirige l'équipe des gobelins de la ferme, et moi l'équipe des orcs, nous avons accompli ensemble d'innombrables missions au fil des ans. Compagnons d'armes et amis proches.
Lui aussi est venu en famille, et nous regardons le spectacle depuis les loges côte à côte dans les gradins du château d'Orcbo.
Nos deux familles partagent d'ailleurs la même loge.
« Allez, mets-y du cœur ! C'est pas en saignant pas qu'on appelle ça un combat ! »
« Quel événement barbare. C'est pas bon pour l'éducation de notre enfant. »
Nos épouses sont chacune absorbées par le spectacle à leur manière, ce qui nous laisse, à Gobukichi-dono et moi, le loisir de bavarder.
Bon, histoire de ne pas rester muets, on hèle un vendeur ambulant qui passe par là…
« Excusez-moi, deux bières. »
« Les voilà. »
Chacun notre gamin sur les genoux, on sirote notre bière.
Pendant ce temps, sur l'arène, les challengers du château d'Orcbo voltigent, sautent et dansent.
« ……Et alors, t'en penses quoi ? »
Hein ?
C'est d'un ton tranquille que Gobukichi-dono me demande mon avis.
Certes, l'ambiance autour est à l'excitation.
« Le château d'Orcbo, c'est un événement dont tu t'occupes depuis sa création. Tu dois bien avoir un petit pincement au cœur, non, maintenant qu'il t'a échappé ? »
Mmm, c'est vrai.
Pour tout dire, le château d'Orcbo est né de nous, les orcs de la ferme.
On est tombés par hasard sur un terrain parfait pour bâtir un château, et dès qu'on l'a vu, on a eu une envie irrésistible de le construire.
Du coup, on a fait valoir notre bon vouloir auprès de notre seigneur, le Saint, et il nous a laissé faire.
C'est pour ça que le château a fini par porter mon nom.
Mais je n'aurais jamais cru que ça deviendrait un événement aussi durable…
Qu'il finirait par nous échapper…
« Cela dit, je n'en suis pas non plus tout retourné, au fond… »
« Hein ? Sérieux ? »
Parce que nous, les orcs, ce qui nous obsède, c'est la construction.
Une fois bâti, c'est fini, en quelque sorte.
Bon, c'était marrant de pouvoir faire des extensions à chaque édition, cela dit.
Mais récemment, avec l'aménagement du pays de la ferme, on doit construire tout un tas de nouvelles installations, et je craignais qu'on n'ait plus le temps de s'occuper du château d'Orcbo. Donc pouvoir le déléguer, c'était quand même un soulagement.
Et toi, Gobukichi-dono, comment tu le vis ?
L'équipe des gobelins a pas mal été mobilisée pour le château d'Orcbo, non ?
« Ça, c'est sûr… De l'animation à la gestion des équipements, en passant par le bureau des objets trouvés et l'organisation des files d'attente… Tout le menu fretin retombait sur les gobelins. »
C'est…
Merci pour votre travail…
« Malgré le nom de "château d'Orcbo", j'ai l'impression que ce sont nous, les gobelins, qui avons fourni l'essentiel de la main-d'œuvre. »
Ben ouais, vous les gobelins, vous êtes infiniment plus habiles que nous.
Vous êtes fiables et utiles dans toutes les situations, c'est ça la force des gobelins.
C'est impressionnant, non ?
« Nous aussi, on a transféré toutes nos tâches aux gens du coin… et eux aussi, ils sont forts. Reprendre comme ça un travail aussi complexe et étendu, sans broncher… »
Actuellement, ce sont les subordonnés de Dalkish-sama qui gèrent le château d'Orcbo à notre place.
Ils ont reçu une formation solide de Sensei et de Veil-sama à l'avance, mais le fait qu'ils assurent parfaitement le boulot avec juste ça, c'est bluffant.
« La gestion du château d'Orcbo nécessite des techniques de contrôle de mana, après tout. »
« C'est ça, c'est ça ! Moi, on m'a fait faire un transfert minutieux de la gestion des homoncules ! Ils ont même modifié les spécifications pour que les démons puissent les manipuler ! En parallèle du travail de Premier ministre des sirènes, c'était dur ! »
Ma femme, Zos Saira, glisse une plainte.
Son assaut d'entrave aux homoncules est une attraction célèbre en tant que troisième porte du château d'Orcbo, donc on ne pouvait pas la supprimer.
C'est vraiment une femme qui travaille dur.
« Tout ça compris, les ressources du château d'Orcbo se sont libérées, et on va les réinvestir dans le pays de la ferme. »
Nous, les orcs, on va aussi construire plein de nouvelles installations dans le pays de la ferme !
Ça me démange les bras, rien d'y penser !
Bon, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir bâtir ?!
« Tu brilles déjà rien qu'à l'idée de construire, toi les orcs… Tu n'as vraiment aucun regret pour le château d'Orcbo ? »
Quand on parle château !
Le pays de la ferme finira bien par avoir besoin d'un château, non ?
Notre seigneur va devenir roi, alors une résidence royale, c'est indispensable, non ? C'était l'idée.
En fait, on a déjà plein de concepts en stock dans l'équipe des orcs !
Y a des idées bien ambitieuses, tu veux les entendre ?!
« Oui, oui… Wah, il déploie un barrage de balles… »
Gobukichi-dono !
Le spectacle est bien gentil, mais écoute-moi un peu !
Pour le nouveau château royal qu'on va construire dans le pays de la ferme, le premier et plus gros problème, c'est l'emplacement !
« Oui, oui. »
C'est là qu'on a eu une révélation majeure.
Une méthode pour ne pas avoir à choisir de terrain.
Il suffit de faire flotter le château dans le ciel !!
« Hmm… Hein ?! »
Si on le fait flotter, les accès sont coupés, et l'intrusion devient pratiquement impossible !
En plus, s'on y ajoute des propulseurs, on peut le déplacer où on veut selon les besoins !
Bon, faut aussi prévoir le cas où on se ferait attaquer par des forces aériennes, donc l'idée actuelle, c'est de le faire garder par des robots humanoïdes autonomes !
S'ils ont la capacité de vol et qu'ils peuvent tirer des lasers depuis les yeux, ils pourront bien abattre un cuirassé volant géant !
Le problème, c'est la source d'énergie pour maintenir un château géant en l'air en permanence, mais je compte en discuter avec notre seigneur.
« Les rêves s'élargissent, hein !? »
Hmm ? Qu'est-ce qui t'arrive, Gobukichi-dono ?
Tu as l'air un peu repoussé ?
« Bon, le fait que les orcs aiment construire, je le savais depuis longtemps, donc je suis pas si surpris que ça. Mais du coup, comme les ressources qu'on mettait dans le château d'Orcbo vont se libérer, vous allez pouvoir vous lancer dans encore plus de trucs… »
… Gobukichi-dono, tu marques une pause là…
« … Et pourtant, vous allez vous lancer dans quelque chose de nouveau ? »
…
Pas sûr.
Bien sûr, si notre seigneur nous le demande, on construira ce qu'il faut.
Mais de notre plein gré, par pure passion… un truc comme le château d'Orcbo, je ne pense pas qu'on le refera.
Pourquoi ? Parce que…
J'ai un gamin, moi.
J'ai un adorable enfant né de Zos Saira et moi.
Veiller à sa croissance, c'est bien plus important, et je n'ai plus le temps de sécuriser des créneaux pour mes loisirs.
« Je pige, je pige. Une fois qu'on a une famille, la femme et l'enfant passent avant tout. »
Gobukichi-dono, qui s'est marié et a eu un enfant à la même période, partage le même sentiment.
En tant que chef de famille… mari et père…
La famille, c'est la priorité absolue.
Les loisirs, ça passe au second plan.
Dans ce sens, le fait que le château d'Orcbo nous ait échappé, c'est plutôt une aide…
« Mais le château d'Orcbo continue, et c'est une bonne chose. Si de nouveaux talents reprennent le flambeau de notre jeunesse… »
C'est vrai.
Aujourd'hui, nous avons chacun quelque chose à protéger.
En y veillant, encourageons les jeunes qui s'efforcent, en leur criant notre soutien.