Je… non, disons que pour l'instant je ne suis personne.
Un vagabond mêlé à une conspiration futile… disons ça.
Regardez, à cet instant même, sous mes yeux, des gens qui ourdissent des complots lâches hurlent à qui mieux mieux.
« Hé ! Qu'est-ce que ça veut dire !? Si on avait suivi ton plan, le projet de colonisation aurait capoté, et Rukifu Fokare aurait dû assumer toute la responsabilité en démissionnant, non !? »
« Je m'en fiche ! Tout projet comporte son lot d'imprévus ! D'ailleurs, je me suis engagé sur l'interruption de la colonisation, mais si le chancelier de ton pays démissionne ou non, ça dépend de votre situation intérieure, ça ne me regarde pas ! »
« C'est affreux ! Tu m'as eu ! »
Héhéhé…
Entendre les cris de ces blaireaux qui ne pensent qu'à leurs intérêts, voir leurs calculs tomber à l'eau, c'est une musique pour mes oreilles.
Pourquoi sont-ils si convaincus que tout se passera comme ils l'entendent ?
La logique des méchants est bizarre, insondable, et drôlement amusante.
« Je te le dis, toi pas le seul à ronger ton frein parce que tes plans ont foiré. Moi non plus je ne suis pas d'humeur, j'ai raté l'occasion en or de faire tomber le gamin de Riteseusu. Alors évite de m'irriter davantage avec ta voix perçante. »
« Qu'est-ce que tu racontes, sous-humain ! Pourquoi les démons, vainqueurs de la guerre, devraient-ils se soucier des humains, les perdants !? C'est à toi de faire gaffe à ne pas me mettre de mauvais poil ! »
« Qu'est-ce que c'est que ce type !? »
Face à la gravité de la situation, l'humeur des deux hommes ne fait qu'empirer.
Permettez-moi de vous présenter les deux compères qui se font face ici.
Le premier, c'est Rawajiputa, haut fonctionnaire du Nouveau Royaume des Hommes.
Issu d'une lignée de bureaucrates au service du Royaume des Hommes depuis des générations, ce n'est pas un ministre compétent, mais le genre de fonctionnaire qui suce la roue des puissants pour en tirer les marrons du feu.
Il a raté le coche pour s'incruster auprès du pouvoir lors de la défaite du Royaume des Hommes… puis de la reconstruction en Nouveau Royaume des Hommes.
Il manigance dans l'ombre pour soit apprivoiser le nouveau dirigeant jeune et intègre, soit l'éliminer s'il n'y arrive pas.
Le second, c'est Danparu, bureaucrate démon.
C'est un homme qui a accumulé un certain palmarès dans l'administration intérieure du Royaume des Démons, mais il y a plein de gens plus capables que lui, et ça l'énerve prodigieusement.
Surtout le chancelier démon Rukifu Fokare, qu'il considère comme son ennemi juré : chaque fois que ce dernier marque des points, il grince des dents de jalousie.
Un inconscient, voilà ce qu'il est.
Ces deux-là, chacun pour assouvir sa soif de pouvoir, trahissaient leur pays et tentaient de saboter une politique majeure qu'ils avaient eux-mêmes portée sur les fonts baptismaux.
Si ça marchait, leurs rivaux politiques en prendraient un coup, et avec un peu de chance disparaîtraient de la scène publique.
Ils ourdissent leurs complots en rêvant à une telle aubaine, c'est dire s'ils sont irrécupérables.
Des types qui ne peuvent grimper qu'en faisant trébucher les autres… Kuhuhuhuhu.
« …Bon, assez geigné pour l'instant. On ne s'est pas rencontré en face à face juste pour ça. »
« Évidemment. Moi non plus je n'ai pas abandonné le transfert de capitale. Le design de "Sento-kyō", le personnage-image pour promouvoir le transfert, vient d'être validé qui plus est ! »
« Je m'en fiche, moi. »
Les lâches manquent toujours de panache.
La situation est désespérément défavorable pour eux, et pourtant ils ne jettent toujours pas l'éponge.
C'est pour ça qu'ils prennent le risque de se réunir ici.
S'on mettait la main sur cette scène, ce serait la fin du premier volume.
« De toute façon, MON plan était parfait ! Les humains et les démons, qui sont des ennemis jurés, se rencontrent inopinément : ça ne peut finir qu'en bain de sang. C'est pour ça que j'ai coupé l'info et les ai envoyés sur le terrain… ! »
« Mais le résultat est complètement à côté de la plaque ! Humains et démons unissent leurs mains, les travaux de colonisation avancent sans accroc. Pire, ça progresse mieux que prévu, au point qu'on dit la réussite de la colonisation acquise ! À ce rythme, mon plan de transfert de capitale… !! »
« Ferme-la ! C'est pour ça qu'on cause maintenant ! Même à partir de maintenant, il doit bien y avoir un moyen de tout faire capoter et de rejeter toute la faute sur Riteseusu !! »
Vraiment, ils ne savent pas lâcher l'affaire.
D'abord, si les choses ne se sont pas passées comme prévu, il faudrait en chercher la cause.
« D'après les rapports, un type appelé "le Saint" serait apparu sur la terre de colonisation. Il a pris la tête des colons et les a unifiés… »
« Jusqu'ici, les colons des deux camps se détestaient, c'était l'explosion imminente. Autrement dit, ça marchait comme on voulait. C'est ce "Saint" qui a tout foutu en l'air !! »
Ah, on y arrive enfin.
Exactement.
Le Saint de la Ferme.
C'est lui qui a tout remué, tout retourné.
Mais qui est-il au juste ?
« Il figure dans les légendes. Quelque part au monde existerait la Ferme du Saint. C'est un sanctuaire régi par le Saint, où roulent des trésors uniques au monde, innombrables. »
Un paradis, une utopie dont tout le monde rêve.
Mais personne ne l'a jamais atteinte, et même si par miracle on y parvenait, des monstres gardiens plus forts que n'importe quel monstre en barrent l'entrée, et aucun intrus illégal n'en est jamais revenu vivant.
« …Ce n'est pas juste une rumeur ? Des divagations d'idiots qui ne distinguent plus la réalité du rêve ? »
Pourtant, concrètement, le Saint de la Ferme est apparu, a rassemblé les colons et apaisé le conflit.
Ne pas exister dans la réalité, c'est du rêve ; mais traiter de rêve ce qui existe sous ses yeux, c'est l'œuvre d'un imbécile.
« Selon les rapports, la Ferme du Saint se trouverait bien au-delà de la terre de colonisation. En tant que maître de la ferme, le Saint n'a plus supporté de laisser pourrir les querelles sous son nez, à portée de main. »
« Il n'a pas toléré le scandale sur son pas de porte ? Quel emmerdeur !? »
Les deux blaireaux sont furibonds contre le Saint qui a ruiné leur plan.
Aveuglés par la colère, ils en oublient l'essentiel…
« Permettez-moi de vous le dire. N'est-ce pas une énorme opportunité ? »
« « Quoi ? » »
« Sous nos yeux pend une chance colossale. À côté, faire trébucher un rival ou non, c'est dérisoire. »
Voilà.
Ces idiots ne se rendent pas compte qu'il y a un vrai trésor sous leur nez.
Des gens aussi avides que bêtes, y a pas de remède.
« La Ferme du Saint est un secret parmi les secrets, que maints aventuriers et explorateurs ont cherché en vain. On y raconte qu'y dorment des artefacts divins et des trésors secrets capables, rien qu'un seul, de retourner le monde, et qu'il y en a plusieurs du même acabit. »
« Hum… J'en ai ouï dire. Le dernier roi de l'Ancien Royaume des Hommes, jugeant qu'on pouvait gagner la guerre en trouvant le Saint et en le soumettant, a même arrêté les combats au front pour affecter du personnel à sa recherche. »
À y repenser, le jugement du roi humain était diablement juste.
Si le Saint avait été retrouvé avant l'invasion de l'armée du Roi des Démons, la guerre se serait terminée par la victoire des humains.
Une Ferme du Saint d'une telle importance, on en a localizado l'emplacement.
En plus, elle est bien au-delà de la terre de colonisation.
« Si nous mettons la main sur la Ferme du Saint, si nous saisissons tous ces artefacts et trésors secrets qui s'y trouvent, nous pourrons mettre le monde entier dans notre poche. Faire tomber un rival politique, c'est petit, minuscule ! Vous ne réalisez pas que la chance de devenir les rois du monde est juste devant vous !? »
« « Ooooooh…!? » »
La lueur dans les yeux de ces imbéciles change enfin.
Fallait tout leur expliquer pour qu'ils saisissent l'enjeu. Vraiment, les terriens ont le cerveau lent.
« En effet… c'est ça ! Soumettre le Saint et l'amener dans le camp humain, c'était le vœu tragique du défunt roi humain ! Accomplir cette volonté, c'est la mission de moi qui suis resté loyal à l'Ancien Royaume des Hommes !! »
« Moi aussi alors ! Si je fais allégeance le Saint, j'aurai un exploit assez grand pour que Rukifu Fokare ne soit plus un problème !! Avec ce mérite, je deviendrai chancelier ! Je le virerai, lui !! »
Kukukuku…
Ils ont mordu à l'hameçon, ces cons de terriens.
Bon, à ce stade, je vais vous révéler ma vraie identité.
Je m'appelle Midrocon.
Ancien chancelier du Royaume des Sirènes.
J'ai longtemps servi le Royaume des Sirènes, mais un coup d'État m'a fait perdre mon poste, quel homme tragique.
Et ce n'est pas tout : récemment, une femme nommée Zosu Saira, qui m'a remplacé comme chancelière sirène, m'a même chassé du pays.
Elle a anéanti mes soldats privés avec un poison magique terrifiant, je n'ai pu emporter qu'un maigre pécule planqué, j'ai fui dans tous les sens, et j'ai compris que si je restais au Royaume des Sirènes, je finirais prisonnier. J'ai fui à l'étranger au péril de ma vie.
Grâce à une "potion d'humanisation" illégale achetée par des circuits parallèles, j'ai transformé ma queue de poisson en deux jambes et j'ai gagné la terre.
Même échoué sur cette terre infernale, je n'ai pas perdu espoir.
Rêvant du jour où je referai surface, j'ai réussi à mettre la main sur ces deux idiots si faciles à manipuler !
Si je m'accroche à eux pour占领 la Ferme du Saint, je pourrai peut-être grappiller un ou deux de ces artefacts capables de retourner le monde.
Alors je reviendrai au Royaume des Sirènes, j'utiliserai les trésors de la Ferme du Saint pour contre-attaquer l'ancienne reine Shīra et la chancelière Zosu Saira !
La justice est de mon côté !
Je ramènerai le Royaume des Sirènes à ce qu'il était de juste à l'époque où j'en étais le chancelier !!
« Heureusement, la Ferme du Saint est au-delà de la terre de colonisation. La terre de colonisation relève des deux territoires, humain et démon ; la Ferme du Saint étant sur une zone prévue pour la colonisation, il suffira d'ordonner l'évacuation, ou à défaut l'allégeance aux deux pays. »
« S'ils refusent, on en fait un prétexte pour intervenir militairement et occuper sur-le-champ. Bon plan. »
L'idiot humain comme l'idiot démon montent dans mon wagon avec une facilité déconcertante.
N'ayant plus de troupes à moi depuis mon exil, leur coopération m'est indispensable.
Allez, attaquez la Ferme du Saint pour moi.
Pour le Royaume des Sirènes, et par extension pour ce monde !
« Une fois la Ferme du Saint占领ée, avec sa puissance, je détruirai le Royaume des Démons… La revanche de la guerre humains-démons. »
« Si je soumets le Saint et deviens chancelier du Royaume des Démons, cette fois j'avalerai le Royaume des Hommes. Un seul Royaume des Démons suffit au monde… »
Hm ? Quelqu'un a dit quelque chose ?
Peu importe, à partir de maintenant, pour nos ambitions, pour le monde…
« « « On va l'avoir ! La Ferme du Saint !! » » »