Je suis le Roi des Démons Zedan.
Alors que je m'occupais des affaires d'État comme d'habitude, j'ai reçu une demande d'audience soudaine.
L'interlocuteur n'était rien de moins que le président Riteseus, chef de la Nouvelle Nation Humaine.
De plus, il paraît qu'il est déjà entré dans le château du Roi des Démons en personne.
Le représentant d'un pays qui débarque sans rendez-vous ?
Quelle urgence cela peut-il bien être ?
C'est, à l'origine, une demande impolie sur le plan diplomatique, mais venant de ce Riteseus-kun, jeune pourtant plein de sagesse…
…il doit y avoir une raison majeure. J'ai donc interrompu mes affaires en cours et me suis dirigé vers le salon de réception.
« Roi des Démons, excusez-moi infiniment pour cette visite sans préavis… !! »
« Ne t'en fais pas. Entre toi et moi, ce n'est pas nécessaire. »
Riteseus-kun, en face de moi, était effectivement tout affolé, le visage couvert de sueur.
Ce n'est décidément pas une affaire ordinaire.
Je lui tends d'abord une tasse de café.
« Bois d'abord une tasse pour te calmer. Quelle que soit l'urgence pressante, il faut garder son sang-froid pour la résoudre correctement. »
« Ce n'est pas le moment pour… !! … Non, je l'accepte. »
Riteseus-kun a haussé la voix un instant, mais a immédiatement réprimé son émotion et pris la tasse.
…… Hum, malgré sa jeunesse, il sait se maîtriser.
À ce rythme, il deviendra un homme d'État exceptionnel d'ici moins de dix ans.
« Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? »
« L'existence du Saint est devenue publique. »
« Quooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooi ?! »
Est-ce le moment de boire son café calmement ?!
Le Saint ?!
Dans quelle mesure l'existence du Saint est-elle devenue publique ?!
Jusqu'ici, cette personne sortait occasionnellement dans le monde extérieur, mais sa véritable identité n'avait jamais été révélée, et les rumeurs propagées par bouche-à-oreille restaient limitées.
Si c'est au même niveau que d'habitude, il n'y a pas de souci, mais… !
« Le point de départ, c'est le projet de mise en valeur. »
À peine ai-je entendu cela que mon visage se crispe : « C'est bien ça, alors. »
C'est un projet de mise en valeur lancé avec détermination pour sécuriser de nouveaux territoires habitables pour les humains.
C'est une entreprise de grande envergure menée conjointement par le Pays des Démons et les humains.
Mais il y avait une inquiétude majeure : le projet se situait près de la ferme où réside le Saint.
Proche, tout de même à plusieurs jours de marche… et séparés par des forêts et des montagnes escarpées.
Il était quasi impossible que les colons tombent sur la ferme.
Je n'avais pas négligé la vigilance, mais cette analyse m'avait permis de me calmer pour l'instant.
Pourquoi, bon sang ?!
La mise en valeur a-t-elle progressé au-delà de nos prévisions jusqu'à atteindre la ferme ?
Je n'ai reçu que des rapports disant que l'avancement était bon !?
…… Ha ?!
Serait-ce qu'elle progresse bien au-delà de l'imaginable ?!
« Non, l'avancement de la mise en valeur est tout à fait normal. Il accuse même un léger retard sur le planning. La cause, c'est un problème dans la coopération entre les humains et les démons, qu'on avait prévue au départ. »
Un problème dans la coopération ?
Ce mot m'inquiète aussi, mais concentrons-nous sur l'affaire du Saint pour l'instant.
Pourquoi le Saint s'est-il exposé au grand jour ?
« C'est à cause de cette mauvaise coopération entre humains et démons dont je viens de parler. Sur le terrain, loin de coopérer, ils s'opposaient et j'en suis même venu aux mains, paraît-il. »
« Quoi ?! »
Comment est-ce possible ?!
Ce projet avait aussi pour but une politique d'échange pour que humains et démons coexistent et prospèrent plus intimement.
Les deux parties devaient avoir parfaitement conscience de ce point, non ?!
« Apparemment, cela n'a pas du tout été communiqué sur le terrain. La situation sur le site de colonisation s'est dégradée jusqu'à être à un cheveu de l'effusion de sang. Le Saint s'en serait aperçu le premier. »
Il est donc intervenu lui-même pour régler ça.
C'est bien son genre…
Depuis toujours, il ne peut pas fermer les yeux sur les querelles d'autrui.
Moi-même, j'ai été sauvé maintes fois grâce à cela, donc je ne peux pas le critiquer à la légère.
« Il a dû juger qu'il n'y avait pas le temps de nous consulter face à cette situation explosive. Le Saint est arrivé sur le site de colonisation avec ses proches. Il a d'abord neutralisé les colons de force, puis les a poussés à se réconcilier. »
Hou hou, et ensuite ?
« Mais les colons étaient obstinés. Le Saint a même fait appeler Veil-sama pour prouver qu'il était le Saint. »
Pourquoi aller si loin ?!
« Il a dû penser qu'il fallait révéler sa véritable identité pour les convaincre. Mais comme la réaction n'était pas bonne, il a fini par dire qu'il mènerait lui-même la mise en valeur… »
Maintenant, sur le site de colonisation, le Saint est au sommet et fait avancer la mise en valeur… ?!
C'est une situation incroyable !
Dès que le Saint s'en mêle, comme d'habitude, le projet de mise en valeur fait un bond prodigieux, non ?!
« Comme vous l'imaginez, la mise en valeur progresse à une vitesse incomparable avec avant. Le Saint a la capacité d'accélérer le temps de plusieurs centaines de fois… comme d'habitude. »
C'est bien ce qu'il me semblait.
« C'est pourquoi le sujet a débordé du site pour se propager aux alentours, jusqu'à mes oreilles. Quand je suis allé vérifier par moi-même, le Saint était en tête, abattant des arbres et défrichant. Il avait l'air épanoui, transpirant avec fraîcheur. »
Hein ? Riteseus-kun est allé vérifier lui-même ?
Même pour une urgence pareille, aller voir de ses propres yeux, c'est consciencieux.
« Et ensuite, je suis venu directement au Pays des Démons pour vous en faire le rapport et vous consulter… »
Dans ce cas, c'était juste une question de savoir lequel de nous deux l'apprendrait le premier.
Celui qui détecte le problème en premier commence à y faire face…
Mais tout de même, ne l'avons-nous pas su trop tard ?
Pourquoi aucun rapport n'est-il venu du terrain ?
Pour une affaire aussi importante, il aurait été normal qu'un messager vienne me l'annoncer en priorité absolue, non ?
Et c'est un pays étranger qui m'en informe en premier. D'après ton récit, toi non plus, tu l'as appris par ouï-dire ?
« Exact, moi aussi j'ai su pour le Saint par des rumeurs de rue. Par les canaux officiels, rien… Pas même pour les disputes sur le terrain. »
Moi aussi, c'est pareil.
Si humains et démons s'enveniment sur le site de colonisation, c'est un grave problème.
Laisser s'aggraver un incident qui pourrait relancer la guerre entre humains et démons sans le signaler, c'est une négligence caractérisée.
« Les rapports du terrain disaient toujours "ras". En y repensant, c'est louche. Juste après le lancement de l'équipe de colonisation, j'ai voulu aller les inspecter sur place pour les encourager, mais on m'a retenu en me disant : "Vous avez d'autres choses à faire." »
Hum, de mon côté non plus, avec tous les dossiers d'expansion de la capitale démoniaque, je n'ai pas pu accorder d'attention à la colonisation.
Rukifu Fokare aussi.
On dirait que quelqu'un a délibérément cherché à nous tenir à l'écart du site de colonisation. Vous ne le pensez pas ?
Et dans ce site hors de notre vue, on a failli provoquer un scandale assez grave pour rompre les relations diplomatiques entre le Pays des Démons et la Nation Humaine ?
« Dans ma Nation Humaine, il y a une faction non négligeable opposée au projet de mise en valeur. Ce sont des gens qui s'opposent à moi depuis longtemps, et qui n'attendent qu'une chose : que la mise en valeur échoue pour me faire porter le chapeau. »
Mmh…
En fait, j'ai un cœurnet chez moi aussi.
Actuellement, au Pays des Démons, pour faire face à l'augmentation de la population, deux projets s'opposent : la mise en valeur et le transfert de la capitale…
Financièrement, on ne peut en choisir qu'un seul, et les partisans des deux camps s'affrontent violemment.
« Et c'est votre décision, Roi des Démons, qui a tranché en faveur de la mise en valeur ? »
Oui.
Un transfert de capitale aurait imposé une charge bien plus lourde au pays comme au peuple.
En plus…
Les partisans du transfert de capitale avaient quelque chose de louche.
« Si le projet de mise en valeur capote, le projet de transfert de capitale ressuscite ? »
C'est possible.
En réalité, l'expansion de la capitale déjà entamée deviendrait caduque, et les débats s'enliseront.
Mais pour ceux qui veulent coûte que coûte réaliser le transfert de capitale, c'est un espoir suffisant.
« En résumé, nous avons tous les deux des gens ingérables sur les bras. »
C'est inhérent à la politique.
On ne peut pas gouverner un pays avec seulement des gens purs.
« Je le sais. Mais si la part trouble de ce qu'on doit avaler dépasse les limites du tolérable, je ne peux pas rester silencieux non plus. »
C'est vrai.
Et ce qu'il y a de plus inquiétant, c'est que ces gens-là, justement, surveillent le projet de mise en valeur plus que quiconque, tout en nous tenant à l'écart.
C'est là qu'est apparu le Saint.
Il se peut bien que la silhouette de cette personne se soit reflétée dans les yeux qu'on voulait le moins lui montrer.
Que le Saint devienne connu du monde, c'était une crainte de longue date.
Je m'y étais préparé dans un coin de ma tête, me disant qu'un jour ça arriverait.
À peine public, voilà qu'il promet des ennuis.