L'Éon Secretif se contenta d'affirmer qu'il n'était pas le seul à avoir tué un Absolu.
Noah la réévalua à nouveau.
Il voulut demander qui elle avait fait s'effondrer mais... il n'insista pas, car ses paroles avaient tout de même retenu son attention.
Le vide où LES TISSEUSES étaient mortes, où un faisceau incandescent de pure Profondeur l'avait percuté, continuait de croître en Immensité. L'autorité hémorragique d'un Absolu effondré continuait de s'écouler, cherchant toujours sa destination légitime.
Et juste comme elle l'avait dit, il était temps...
Quelque chose commença à se former dans ce vide au sein de LA Palestre !
Il regarda Eon calmement.
Elle lui rendit son sourire, son regard s'étirant à travers le Stoa des Dogmes comme si elle pouvait percevoir tout ce qui se passait dans cette Arène lointaine.
« Je t'avais écarté et pensais que tu n'étais pas prêt. »
Sa voix vint mesurée et sage, portant le poids de quelqu'un qui avait appris à accepter d'avoir tort.
« Tuer un Absolu est un signe comme un autre pour savoir si tu es prêt ou non. »
Elle inclina la tête pensivement.
« Selon ce que tu peux tirer de ce qui a fait d'eux un Absolu... tu pourrais même avoir tes réponses. »
Son sourire s'adoucit.
« Amuse-toi bien avec LE Palais Existentiel Absolu DES TISSEUSES. »
Elle commença à dériver en arrière, prenant une position confortable dans les airs.
« De telles choses se forment rarement. Rares... sont les Absolus qui meurent. »
Ses yeux contenaient quelque chose qui pouvait être de la nostalgie.
« Seul le tueur y a accès. Sinon, tout le monde se ruerait vers la tombe DES TISSEUSES comme des vautours vers la charogne. »
Elle agita la main avec dédain.
« Alors profites-en, grand gars. Tu le mérites. »
Son ton changea légèrement, devenant plus sérieux.
« Assure-toi juste que le chaos que tu as causé n'affecte pas mon Disciple. Tu dois encore la faire sortir. »
Ses yeux s'aiguisèrent.
« Elle sort, nous pouvons commencer notre travail commun. »
... !
Après avoir dit cela, elle s'assit confortablement.
Comme si absolument rien n'avait changé.
Comme si ce qui venait de se passer ne changerait rien à ses plans.
Comme si la première mort d'un Absolu depuis LES Retombées n'était qu'un développement mineur dans le grand dessein qu'elle tissait.
Noah la regarda calmement.
Il se demanda.
Qu'avait donc changé par ses actions ?
Et quelle... serait la réponse de LE PARADOXE VIVANT ?
LES TISSEUSES avaient été ses instruments. Ses armes. Ses yeux et ses oreilles à travers l'Existence Observable. Elles l'avaient servi depuis avant LES Retombées, coupant et tissant les destins selon son dessein.
Et maintenant elles étaient parties.
Définitivement.
LE PARADOXE VIVANT riposterait-il immédiatement ?
Enverrait-il davantage des forces de LE MÉTIER ?
Viendrait-il lui-même ?
Noah ne nourrissait aucune peur pour l'avenir ou ce qui viendrait.
Il avait tué un Absolu.
Quelles que soient les conséquences nées de cet acte, il les affronterait comme il avait tout affronté jusqu'ici.
Avec le Mana. Avec La Première Langue. Des fondations qui dépassaient même LA CRÉATURE.
Il se concentra sur ce qui finissait de se former dans LA Palestre où LES TISSEUSES étaient mortes.
Et cela semblait vraiment que tuer un Absolu était une grande affaire.
Une structure ressemblant à un mausolée se forma devant lui, visible même à cette grande distance grâce à sa connexion au vide qui l'avait créée.
Dans L'Agora du Jugement Primordial.
Dans LA Palestre.
Glossikos et les trois autres Stratèges restèrent immenses en silence.
Ils observèrent la structure qui s'était formée là où LES TISSEUSES s'étaient effondrées.
Ils virent l'émergence de LE Palais Existentiel Absolu !
Quelque chose qui existerait désormais pour toujours au milieu de L'Agora du Jugement Primordial.
Car le tombeau d'un Absolu... ne périssait pas.
Il resterait ici comme un monument à ce qui s'était produit. Un rappel qu'en ce lieu, en ce jour, un Absolu était tombé. Des visiteurs viendraient de toute l'Existence Observable pour le voir. Des érudits l'étudieraient. Des légendes en seraient contées.
Et le seul qui pouvait entrer et piller le tombeau de son contenu était le tueur.
Le Palais se manifesta comme une structure impossible existant simultanément en plusieurs états.
Il était à la fois ancien et inachevé.
À la fois magnifique et ruiné.
À la fois un temple du destin et un tombeau pour ceux qui avaient tenté de le contrôler.
Ses murs étaient tissés de fils dorés s'étendant à l'infini. Les fils capturaient une lumière qui n'aurait pas dû exister dans cet espace, la réfractant en motifs parlants de destins coupés et tissés à travers les éons.
Trois tours s'élevèrent de la structure, représentant les trois corps DE LES TISSEUSES. Chacune penchait vers les autres comme en une conversation éternelle, leurs angles défiant l'architecture normale. Elles ne se toucheraient jamais, mais ne se sépareraient jamais. Figées dans l'instant de se tendre l'une vers l'autre pour toujours.
Des portes faites de massifs ciseaux dorés marquaient l'entrée. Elles étaient figées en plein coupe, leurs lames positionnées comme pour trancher quelque chose d'impossible d'importance. Entrer, c'était passer entre ces lames. Accepter le symbolisme de ce qu'ÉTAIENT LES TISSEUSES.
La structure entière flottait dans un vide rempli de fils tranchés dérivant comme des débris Existentiels. Vestiges des destins que LES TISSEUSES avaient coupés. Destinées qui avaient été altérées ou terminées à leur guise. Maintenant, elles flottaient sans but, plus guidées par les mains qui les avaient manipulées.
LE Palais Existentiel Absolu DE LES TISSEUSES !
Osmont l'avait vu émerger calmement.
Le faisceau lumineux brillant absorbé par lui en provenait, le reliant au Palais par des liens qui ne pouvaient être rompus. Il en était le maître maintenant. Son unique visiteur. L'unique héritier de tout ce que LES TISSEUSES avaient accumulé au cours de leur existence impossiblement longue.
Quelques instants plus tard...
WAP !
Il fit un pas vers lui et disparut !
Avalé par le Palais qui ne l'appelait que lui.
Sur le côté, le regard de Paradoxos était lourd.
Les deux visages portaient des expressions identiques de froide fureur tandis qu'ils regardaient le tueur de l'Absolu de leur faction disparaître dans un trésor qu'ils ne pourraient jamais atteindre.
« LES Quatre continuent de faire ce que LES Quatre veulent faire. »
Leur voix vint amère et résignée.
« Quelles qu'en soient les conséquences. »
... !
Les mots résonnèrent à travers la Palestre en ruines.
Glossikos resta silencieuse, ses yeux parfaitement immobiles.
Ontikos... les flammes multicolores autour de lui s'étaient atténuées, comme si celui qui observait à travers ses yeux en avait assez vu !