Se battre contre une entité comme L'ESPRIT VIVANT n'était pas une tâche aisée.
Son pouvoir était déjà contraint de manière à devoir rendre ce combat décisivement déséquilibré. Selon la Thèse établie de Noah, il n'avait pas accès à LA PREMIÈRE LANGUE, ses Principes de la Genèse étant coupés des fondations linguistiques qui les alimentaient.
Sa régénération d'autorité était verrouillée, incapable de puiser dans le Mana ambiant qui aurait dû reconstituer ses réserves à chaque instant qui passait. Sa connexion au langage même de la réalité avait été tranchée, le laissant combattre avec des réserves qui s'épuisaient sans se recharger.
Son pouvoir n'était plus Absolu non plus, puisqu'il ne se tenait plus qu'à LA PROFONDEUR FONDAMENTALE, tiré vers le bas depuis les hauteurs de Demi-Pas qu'il occupait avant que le Fragment de L'AXIOME DU CHAOS n'ait fait son œuvre. Il faisait face à deux Formes de vie Muspeli de PROFONDEUR FONDAMENTALE dont les Voies brûlaient de l'autorité d'êtres qui avaient protégé LA PREMIÈRE LANGUE depuis avant LES RETOMBÉES.
Il faisait face à Noah, dont la PROFONDEUR INFORME défiait toute mesure conventionnelle et dont les flammes flamboyaient avec une intensité égale aux feux éternels de Muspelheim lui-même. Il faisait face À L'INFINIVERS, dont le poids portait la masse accumulée d'un royaume en expansion perpétuelle qui dévorait en cet instant même le territoire sur lequel ils combattaient !
Et il faisait face à de multiples autres entités THÉ de L'INFINIVERS, chacune ajoutant son autorité à l'assaut depuis la périphérie dans une tempête implacable d'ASSERTIONS et d'IMPOSITIONS.
Et pourtant...
Plus de dix secondes s'écoulèrent alors que cet être ne tombait pas réellement !
10 Secondes !
Noah le regarda avec un regard impérieux qui semblait poser une seule question simple : comment osait-il, putain de merde ?!
Dix secondes pouvaient sembler rien pour des êtres inférieurs, mais dans un combat entre entités de ce calibre, dix secondes étaient une éternité. Ils se déplaçaient en femtosecondes, pensaient en attosecondes, et échangeaient des coups à des vitesses qui auraient paru comme une immobilité figée à quiconque observait de l'extérieur.
Dix secondes signifiaient dix quadrillions de femtosecondes de combat continu, dix quadrillions de moments où les attaques portaient et les Déclarations s'entrechoquaient et les Voies pressaient contre les Voies dans des concours d'autorité absolue.
ET L'ESPRIT VIVANT endura tout cela.
La raison de sa posture et de sa stature invaincues à cet instant était bien sûr sa Profondeur, même réduite qu'elle était, et sa Voie de l'Esprit qui avait été raffinée sur des éons au-delà du compte. Mais plus que l'un ou l'autre de ceux-ci, c'était le Fragment d'un Axiome qu'il maniait qui le maintenait debout alors qu'il aurait dû tomber depuis longtemps.
La Faux.
Elle pendait dans sa prise comme une extension de sa volonté, sa lame courbée portant des promesses de fins transcendant la mort normale et son manche enveloppé de chaînes d'essence spirituelle qui se tordaient avec une conscience torturée. Le pouvoir DE L'ESPRIT VIVANT s'enroulait lourdement autour, fusionnant arme et manieur en quelque chose qui était plus que l'un ou l'autre seul.
Même la Lentille de Civilisation ne révélait ni sa fiche de statut ni l'identité du Fragment qu'il portait, l'Axiome dont il avait été extrait demeurant un mystère.
Mais les effets étaient assez clairs.
L'ESPRIT VIVANT agitait cette Faux, et toutes les ASSERTIONS faites par Khor ou Ra'Zan ou les autres depuis la périphérie étaient simplement annulées comme si elles n'avaient jamais été prononcées. Les mâchoires de faim qui auraient dû dévorer ses défenses se dissolvaient en rien. Les tempêtes d'os et de poison qui auraient dû corroder sa Voie se dispersaient comme la brume devant le soleil du matin.
Le poids de leur autorité combinée, qui aurait dû le presser jusqu'à la soumission, glissait hors de son existence comme l'eau sur la pierre.
L'INFINIVERS, qui balançait ses jambes comme des marteaux primordiaux impériaux avec une force capable de briser des royaumes inférieurs, était repoussée à chaque échange. Son poids se vidait à chaque coup qu'elle portait, la Faux siphonnant d'une manière ou d'une autre l'immensité même qu'elle apportait à porter et retournant sa propre puissance contre elle.
Et tandis que Noah formait une nouvelle Thèse, la prononçant en existence avec une autorité que seul quelqu'un ayant revendiqué LA PREMIÈRE LANGUE pouvait rassembler, elle s'abattit sur L'ESPRIT VIVANT avec un impact qui aurait pulvérisé n'importe quelle entité normale de PROFONDEUR FONDAMENTALE. La Thèse pendait autour de lui comme des chaînes de loi linguistique, sa Profondeur lourde pressant comme un marteau implacable qui cherchait à l'écraser jusqu'à la soumission !
Mais L'ESPRIT VIVANT tint bon.
Il fit de grandioses Déclarations les siennes, ses innombrables bouches prononçant des mots de pouvoir.
Certaines de ces Déclarations visaient les forces en périphérie, cherchant à tuer d'un coup Sigrid ou Ra'Zan ou n'importe lequel des autres dont les Profondeurs étaient insuffisantes pour résister à une attention directe de quelqu'un de son calibre.
Mais Surtra et l'autre Forme de vie Muspeli de PROFONDEUR FONDAMENTALE abattirent leur propre immensité terrifiante en réponse, leurs Voies s'interposant entre les Déclarations DE L'ESPRIT VIVANT et leurs cibles visées avec la coordination rodée d'êtres qui avaient combattu ensemble pendant des éons.
Surtra avait contenu L'ESPRIT VIVANT même lorsqu'il était à la PROFONDEUR ABSOLUE DE DEMI-PAS avec sa Voie unique, ses flammes sablonneuses étant d'une manière ou d'une autre capables de diffuser et de rediriger une autorité qui aurait dû la submerger. Elle n'était pas plus forte que lui, ne l'avait jamais été, mais sa Voie était parfaitement adaptée à la défense et au délai de manière à rendre les comparaisons de puissance brute sans importance.
Rien ne passa au-delà d'elles.
Et tout ce qui restait était une scène glorieuse avec Noah et L'INFINIVERS encerclant L'ESPRIT VIVANT de leur Profondeur et de leur immensité, l'usant progressivement alors qu'un facteur unique se révélait à cet instant qui deviendrait une caractéristique déterminante que beaucoup réaliseraient dans un avenir très proche.
Alors que L'ESPRIT VIVANT encaissait toutes ces attaques, toutes ces Profondeurs, les constructs de Thèse aléatoires de Noah et L'INFINIVERS jetant son poids comme un royaume primordial obèse cherchant à écraser un insecte sous sa masse, il attendait en fait quelque chose.
Il attendait une faille dans leurs attaques.
Il attendait... l'épuisement de les frapper.
Parce qu'ils ne jetaient pas seulement leurs Profondeurs sur lui avec un abandon téméraire, mais son Fragment d'un Axiome les annulait activement et les vidait même de leur Poids à chaque échange. La Faux était conçue exactement pour ce but, transformer les batailles prolongées en guerres d'usure où ses adversaires s'épuisaient contre ses défenses tandis qu'il conservait et devenait même plus fort de leurs efforts.
C'était une stratégie qui avait fonctionné d'innombrables fois auparavant.
C'était une stratégie qui aurait dû fonctionner maintenant.
Pourtant...
Il ne semblait rien faire ?
Ils ne paraissaient pas plus épuisés maintenant qu'ils ne l'étaient dix secondes plus tôt. Leurs attaques arrivaient avec la même férocité, le même poids, la même pression implacable qui avaient caractérisé les premiers instants de ce combat. En ces dix secondes, ils avaient tous attaqué et bougé en femtosecondes, échangeant des quadrillions de coups et de Déclarations et d'ASSERTIONS sans aucun signe visible d'épuisement.
Ils attaquaient depuis un putain de temps relativement long.
Ils avaient affirmé, imposé et déclaré leurs Voies encore et encore contre son Esprit, martelant ses défenses avec une autorité qui aurait dû diminuer à chaque échange mais demeurait d'une manière ou d'une autre constante.
Comme s'ils possédaient un soutien infini derrière eux.
« Ah... »
À ce stade, les yeux DE L'ESPRIT VIVANT s'allumèrent d'une compréhension qui avait été lente à venir mais arrivait avec la force d'une révélation.
Ses innombrables yeux gris clignotèrent alors qu'il semblait voir quelque chose que les autres ne pouvaient pas, sa perception basculant vers des fréquences qui révélaient des vérités cachées à l'observation normale.
Il crut voir de fines lignes bleu-or s'étendant DE LA PLUS JEUNE REVENDICATRICE et sur tous ses gens ici, des fils de connexion qui pulsaient de Mana ne circulant que dans un sens. Ils atteignaient tous les autres, et à travers ces lignes, leurs Profondeurs étaient reconstituées sans fin.
Infiniment.
« Ah... »
L'ESPRIT VIVANT eut l'impression de finalement comprendre ce qu'il affrontait.
Chacun de ceux derrière LE PLUS VIEUX PARADOXE DE L'EXISTENCE possédait quelque chose qui le rendait unique, quelque qualité ou capacité qui le distinguait des autres entités à Profondeurs similaires. LA CRÉATURE avait sa connexion à l'existence elle-même. LE PARADOXE VIVANT avait sa maîtrise de la contradiction. LE CHAOS PRIMORDIAL avait son inévitabilité de l'entropie.
Était-ce le privilège derrière LA PLUS JEUNE REVENDICATRICE ?
L'Infini ?
La capacité de fournir des ressources sans fin à ceux connectés à sa Voie, de reconstituer leurs Profondeurs plus vite qu'aucun ennemi ne pouvait les drainer, de transformer chaque bataille d'usure en une défaite garantie pour quiconque se dressait contre lui ?
Cela expliquerait comment il avait pu faire la revendication sur LA PREMIÈRE LANGUE, comment quelqu'un de sa jeunesse apparente et de sa puissance personnelle relativement modeste avait accompli quelque chose qu'aucune entité de toute l'existence n'avait jamais réalisé !
L'ESPRIT VIVANT parvint à cette réalisation avec l'acceptation calme de quelqu'un qui avait vécu assez longtemps pour reconnaître quand les circonstances avaient basculé contre lui de manière irréversible.
Lorsqu'il sentit sa propre Voie continuer à se vider, lorsqu'il remarqua son poids et son immensité ne pas se recharger parce qu'il restait verrouillé hors de LA PREMIÈRE LANGUE par la Thèse établie, il comprit avec une clarté parfaite que ce combat était... perdu.
Il n'y avait pas de chemin vers la victoire ici.
Aucune stratégie ne lui permettrait de survivre plus longtemps que des adversaires qui ne pouvaient pas être survivus.
Aucune technique ne lui permettrait de surmonter des ennemis qui ne manquaient tout simplement pas de ressources.
Mais il était toujours calme.
Après tout, ce n'était que son autre Corps d'Esprit de PROFONDEUR ABSOLUE DE DEMI-PAS.
Dans l'Abri d'Esprit DU MÉTIER, un autre demeurait ! Sa véritable existence, ou du moins une version plus complète de celle-ci, attendait en sécurité hors de portée DE LA PLUS JEUNE REVENDICATRICE et de son soutien infini. Même si ce corps s'effondrait ici, même si cette portion de son existence était détruite et récoltée, il continuerait.
Ce serait un effondrement digne, supposa-t-il, tombant sous l'un de Ces Quatre. L'un de ceux qui avaient posé leurs revendications sur des aspects DU PLUS VIEUX PARADOXE DE L'EXISTENCE. Il n'y avait pas de honte à être vaincu par une telle entité, pas de diminution de sa légende à perdre contre quelqu'un qui représentait une vérité fondamentale de la réalité elle-même.
C'était d'ac-
BOUM !
Au milieu de ses pensées, dans l'instant où l'acceptation avait commencé à se muer en résignation, la Faux dans ses mains fut repoussée sur le côté par les jambes-marteau DE L'INFINIVERS !
Son coup porta avec la force d'un royaume compressé en un seul choc, et même sa prise, qui avait tenu cette arme à travers d'innombrables batailles à travers les éons de l'existence, ne put maintenir son emprise contre un impact aussi accablant.
La Faux s'éloigna de sa prise en virevoltant.
Et devant lui...
BOUM !
Le corps vibrant DE LA PLUS JEUNE REVENDICATRICE se faufila dans l'interstice que le coup DE L'INFINIVERS avait créé !
Une des mains de Noah vint se refermer sur la sienne qui tenait la Faux, des doigts brûlant de flammes bleu-or qui cautérisaient l'essence spirituelle avec une chaleur transcendant le feu normal.
Et son autre main saisit son cou gris massif avec une poigne qui parlait de finalité !
Noah tenait L'ESPRIT VIVANT tandis qu'il souriait d'une lumière diabolique. Ses yeux brûlaient d'une Profondeur immense qui défiait la catégorisation, du poids de quelqu'un qui avait revendiqué quelque chose appartenant aux fondations mêmes de l'existence.
« En existence, toutes choses vivent et meurent, ô Esprit. »
Sa voix émergea calme et mesurée, presque douce, le ton de quelqu'un expliquant une vérité évidente à un enfant qui aurait irgendwie échoué à la comprendre.
« Il est temps pour toi de mourir. »
... !
Une LÉGENDE contempla une anomalie calmement même au milieu d'un moment si sans précédent, ces innombrables yeux gris rencontrant le bleu-or flamboyant sans peur ni désespoir. Il avait vécu pendant des éons au-delà du compte. Il avait survécu AUX RETOMBÉES et au chaos qui les avait précédées. Il s'était tenu à des hauteurs que la plupart des entités ne pouvaient même pas comprendre.
Et maintenant, il faisait face à sa fin aux mains DE LA PLUS JEUNE REVENDICATRICE.
L'anomalie le regarda en retour, sa bouche et son nez libérant des flammes bleu-or semblables à de la lave à chaque respiration, un feu qui était moins combustion que pure expression d'autorité manifestée. Ces flammes commencèrent à danser sur la peau grise DE L'ESPRIT VIVANT, se propageant sur sa forme comme des serviteurs empressés dévorant un festin qui leur avait été longtemps refusé.
Là où les flammes touchaient, l'essence spirituelle commençait à se dissoudre.
Là où les flammes se propageaient, l'autorité accumulée d'éons commençait à se décomposer.
Là où les flammes brûlaient, une LÉGENDE commençait à finir.
Et Noah tenait bon avec une poigne qui ne relâcherait pas, son sourire ne vacillant jamais alors qu'il mettait un terme à un combat glorieux qui avait duré dix secondes et dix quadrillions de femtosecondes et serait rappelé bien plus longtemps que l'un ou l'autre !