Dans le Rivage Voilé Primordial, où des sables dorés s'étendaient sous des cieux d'une perfection cristalline, Noah leva la tête d'un mouvement si subtil qu'il aurait pu échapper à n'importe quel observateur.
Ses yeux, ces fenêtres vers une existence qui transcendait l'entendement normal, scrutaient l'horizon comme s'ils pouvaient percer les innombrables couches d'espace et de temps qui le séparaient de l'endroit où Eckert, le Grand Usurpateur, venait d'être !
Un léger sourire jouait sur ses traits, portant en lui de la compréhension et peut-être une pointe de tendresse.
Chacun avait son propre chemin à parcourir, son propre destin à forger à travers des choix qui résonneraient à travers l'existence.
Eckert avait choisi sa voie, et Noah ne lui en voudrait pas de cette liberté. Après tout, son Flux de l'Existence avait toujours englobé le flux de tous les autres êtres pertinents tandis qu'il se faisait le centre de l'attention !
Son attention se déporta, attirée par un mouvement dans son voisinage immédiat.
Devant lui, sur les sables dorés, se tenait Moiraine, sa présence transformée rayonnant du genre de pouvoir qui faisait que l'Existence elle-même prêtait attention.
Ses mains étaient tendues vers lui, y berçant un éclat de lumière blanc-or qui pulsait d'une signification au-delà de toute mesure.
C'était son sacrifice... son Glyphe Kleos, cette expression ultime de pouvoir qu'elle avait atteinte grâce à ses dons, maintenant transformé en quelque chose d'entièrement différent !
|Moiraine a sacrifié le Glyphe Kleos de la Genèse Paradoxale pour devenir un Éclat de la Graine d'un Principe Perdu Oublié : Le Principe de Dualité Existentielle.|
L'invitation scintilla devant sa conscience, chaque mot portant un poids lourd.
Lourd !
Ce qu'elle lui offrait était un fragment de quelque chose qui était perdu depuis les Premiers Plis, une vérité que l'existence elle-même avait oubliée.
|100 Éclats formeront la Graine complète du Principe Perdu Oublié : Le Principe de Dualité Existentielle.|
Cent éclats pour reconstruire quelque chose qui aurait dû être impossible à récupérer.
Elle lui avait donné la première pièce d'un puzzle dont l'achèvement accorderait la compréhension de forces qui transcendaient la réalité actuelle.
|Le Principe de Dualité Existentielle accorde les capacités possibles suivantes : La capacité d'exister simultanément dans des états contradictoires tout en conservant une conscience singulière... vie et mort, présence et absence. On peut être à la fois ici et là, à la fois fort et faible, choisissant quel état manifester selon la nécessité. Applications incluses : survivre à l'annihilation en existant dans un état d'être déjà détruit, attaquer depuis des positions où l'on est et n'est pas simultanément présent, et atteindre une quasi-indestructibilité en existant dans des états où la mort a déjà eu lieu et ne peut jamais survenir.|
...!
Oh.
Oh !!!
Les tissages étaient vertigineux, parlant d'un pouvoir qui ferait paraître simples, par comparaison, les paradoxes qui tourmentaient l'existence !
Le regard de Moiraine croisa le sien alors qu'elle lui tendait l'éclat, et il y avait quelque chose dans ses yeux qui avait changé fondamentalement.
La révérence demeurait, oui, mais elle avait été rejointe par autre chose... une protectivité farouche, une détermination qui brûlait comme des Roues de l'Existence en train de naître.
« Je veux encore t'appeler Sir », dit-elle, sa voix portant un mélange de sérieux.
Les mots émergèrent comme un choix, comme une déclaration de la façon dont elle choisissait d'honorer ce qui existait entre eux.
La façon dont elle le regardait s'était transformée entièrement. Parti le déférence prudente de celle qui servait parce qu'elle le devait.
À sa place se tenait la majesté impérieuse qui avait toujours fait partie de sa nature, désormais dirigée non pas malgré lui mais au service de leur but commun.
« Non », dit-elle fermement, relevant le menton avec le genre de certitude.
« Je continuerai à t'appeler Sir. Je suis... Moiraine, Un Paradoxe Doré, une Origine Paradoxale, une Existence Vivante Arch. »
HUUM !
Chaque titre tombait de ses lèvres comme un étendard de bataille dressé ! « Je serai ton épée pour abattre ceux qui se dressent contre toi, et je ferai tout ce qui est en mon existence pour t'élever au statut révéré de Créature Primordiale que tu es. »
Ses yeux flamboyaient d'une loyauté farouche alors qu'elle concluait par un seul mot qui portait le poids d'un engagement absolu : « D'accord ? »
La question n'était pas vraiment une question... c'était une déclaration d'intention vêtue des habits de l'enquête !
Elle avait fait son choix, et ce choix était lui, sous quelque forme que prenne cette dévotion.
Le sourire de Noah s'approfondit d'une chaleur sincère alors qu'il hochait la tête. « D'accord. »
Cette simple acceptation sembla briser quelque chose dans sa contenance. Sans avertissement, elle sauta dans ses bras, ses bras s'enroulant autour de lui avec une férocité qui suggérait qu'elle tenait quelque chose de précieux au-delà de toute mesure !
L'Éclat du Principe Perdu Oublié pulsait entre eux, sa lumière s'infiltrant dans son être alors qu'elle se pressait contre lui comme pour fusionner leurs existences mêmes.
À une distance sur les sables dorés, Barbatos se tenait avec sa grâce caractéristique, ses cheveux sombres capturant la lumière comme de la minuit liquide.
Sa robe d'obsidienne stellaire, ornée de crânes qui semblaient danser dans l'éclairage changeant, chuchotait contre elle-même alors qu'elle secouait la tête en soupirant.
« Voilà que ça recommence, »
Murmura-t-elle, sa voix portant l'exaspération affectueuse de celle qui avait vu cette scène se jouer en variations trop nombreuses pour être comptées.
Elle se tourna vers Adelaide, dont la présence sereine semblait ancrer l'air même autour d'elles. « Combien ça fait, Sœur Adelaide ? »
Le rire d'Adelaide vint doux et chaleureux.
« Laisse-le en avoir autant qu'il veut », dit-elle, sa voix portant la sagesse de quelqu'un qui avait appris à trouver la joie dans les vérités simples. « Dans l'existence, il vaut mieux profiter des choses simples, sinon... à quoi bon sommes-nous tous ici ? »
...!
Si ce n'était pour des moments comme celui-ci... des moments de connexion, de choix, d'émotion humaine simple malgré leur nature transcendante... alors quel était l'intérêt de tout leur pouvoir ?
De telles scènes de sérénité s'épanouissaient à travers le Rivage Voilé Primordial.
Ici, dans cet espace qui existait hors de portée des Existences Vivantes, hors des machinations des Paradoxes et des Origines, la paix régnait avec l'autorité douce de la gloire !
Les eaux cristallines léchaient les rives avec de la Quintessence.
Les arbres anciens se balançaient dans des brises qui ne portaient aucune nouvelle du chaos commençant à éclore à travers l'existence !
Les sables dorés gardaient leur chaleur comme une promesse que certaines choses, du moins, restaient constantes malgré les tempêtes qui se rassemblaient au-delà de leurs frontières !
Et en cet instant... cet instant parfait, cristallisé, il n'y avait que la paix.
Seule la joie simple d'êtres qui s'étaient trouvés à travers des cotes impossibles.
Le chaos viendrait. Les tempêtes éclateraient. Le tissu même de l'existence tremblerait bientôt sous le poids des choix faits et non faits !
Mais pas encore.
Pas en cet instant.
En cet instant, il n'y avait que le Rivage Voilé Primordial !