« Alors Claude-sama m'a tout refilé et s'est enfui, et c'est moi qui me suis fait engueuler par Walt-san et Kyle-san. Vous ne trouvez pas ça terrible ? »
« Ma foi, c'est dur. »
« Keith-sama n'arrêtait pas de me regarder avec son sourire. Cette pression, c'est flippant…… Bon, j'ai réussi à m'en sortir tant bien que mal, mais… haa, vraiment épuisé…… »
« Ma foi, c'est dur. »
« …… Vous n'écoutez pas, Neifa-san. »
« J'écoute. Je juge simplement que c'est une plainte futile. »
Rentré exténué après s'être fait trimballer tout le week-end, le mari fait face à une épouse glaciale.
Non, on devrait dire : glaciale comme d'habitude.
« — Et vous, Neifa-san, comment s'est passé votre semaine ? »
« Voyons… Dans l'ensemble, ça a pas mal explosé. »
« Ah, non, je ne veux pas savoir. »
« Regardez, vous aussi vous êtes comme ça. Pourquoi moi seule devrais-je écouter vos jérémiades ? »
Cette part de scientifique en elle la rend toujours d'une logique implacable. Maintenant encore, sans daigner lui lancer un regard, elle bidouille quelque chose avec calme — on devine un circuit complexe, mais pour Élefas, c'est du chinois. Il ne perçoit que le flux de puissance magique qui y circule.
Pourtant le dîner est fini, le bain pris. Quelle acharnée au travail.
(Moi qui ne rentre que le week-end, elle pourrait bien me répondre autre chose que « ma foi, c'est dur »…)
Même son regard réprobateur se fait ignorer net. Là encore, c'est la routine.
« Le courant magique passe par ici ? »
« Il passe. »
Et la raison pour laquelle Élefas est assis à ses côtés, c'est qu'il fait office de microscope à puissance magique.
« Neifa-san, vous pourriez être un peu plus gentille avec moi qui viens juste de rentrer, non ? »
Il se croyait plutôt bon parleur. Mais n'ayant jamais gagné un débat verbal contre sa femme, Élefas se retrouve à serrer les genoux sur le canapé où ils sont assis côte à côte.
« Qu'est-ce qui vous prend de bouder ainsi ? Inutile de vous en faire, je veillerai à bien vous… soigner dans le lit. »
« Wouhou… C'est celui où je me fais pressurer jusqu'à la mort, celui-là…… »
Se plaignant à un collègue qui n'est pas là pour l'étrangler, Élefas boude.
« En gros, c'est ça : Claude-sama est trop à l'arrache. Il croit que tout se règle si il me balance la patate chaude. Je ne suis pas une machine à excuses universelle, moi. Et Irène-sama, de son côté, me met systématiquement au milieu. Ah, ça m'énerve pour de bon. Aaah, j'en ai marre, marre du boulot ! »
« Ma foi, c'est dur. »
« Même si vous m'ignorez, je ne me démonte pas. Chikusho, la prochaine fois je vous inflige à tous la danse "J'aime le Roi Démon, j'aime le Roi Démon". Je suis capable de le faire quand je m'y mets. J'aime les efforts vains par-dessus tout ! Aaah, mais… —!? »
Soudain, on lui attrape la tête.
Il se raidit, s'attendant à un coup, mais son visage est simplement enfoncé — *bosu* — dans quelque chose de moelleux. Les yeux ronds, Élefas gigote faiblement.
« Vous faites un peu trop de bruit. Taisez-vous. »
« Hya, dacchê horé, munné… »
« C'est bien. Vous êtes mon mari, après tout. »
Le visage écrasé dans la gorge de sa femme, Élefas a d'abord paniqué, mais peu à peu, ça lui devient égal. Les forces le quittent. C'est doux, et ça sent bon.
Je vois… Donc « soigner », c'est ça.
« …… Le mariage, c'est pas mal, en fait…… »
« Ma foi, c'est dur. C'est seulement maintenant que vous vous en rendez compte ? »
Sur cet époux qui s'est tu, le visage enterré contre sa poitrine, Neifa affiche un sourire satisfait.