Je m'étais réveillée encore. Combien de fois maintenant, je n'aurais même pas pu commencer à le compter. J'aimais cet instant flou, et en même temps, je le détestais. Cette période somnolente, cotonneuse, faisait du bien, mais se réveiller signifiait qu'il fallait travailler. Puisque j'étais un être d'ordre supérieur du point de vue de ceux qu'on appelle commodément « dieux », je n'avais en réalité pas besoin de dormir au départ, alors me plaindre de ça n'attirait jamais la moindre sympathie.
« Bonjour, Fini. » « Bonjour. Je n'avais pas envie de me réveiller. » « Ce n'est pas à moi que tu dois te plaindre de ça. Tu veux que je demande à un dieu de te réveiller ? » « Si c'est le cas, je préférerais encore que ce soit toi ou Lullus. »
Voir la tronche d'un dieu au moment où je me réveille, c'était vraiment ce que je préférais éviter. Émotionnellement, ça ne différait pas d'être secouée par son patron. J'étais reconnaissante que Fumitsuki fasse office de guichet de requêtes, les dieux y trouvaient leur compte aussi, et j'appréciais d'avoir reçu un corps capable de dormir alors que c'était inutile... mais quand même. C'était une chose, et c'en était une autre.
« J vais voir le dieu pour l'instant. » « D'accord. J'attendrai. »
Dès que Fumitsuki eut dit ça, son regard dériva ailleurs. Vers une table et des chaises d'une banalité absolue. Sur la table, des friandises et du thé, et assis sur l'une des chaises, Lullus. C'était bien qu'ils s'entendent. En pensant ça, je partis voir le dieu.
◇◇◇
Aller voir le dieu, soit, mais apparemment la requête cette fois provenait du Dieu du Chaos, donc je me retrouvai envoyée là-bas illico.
« Alors, c'est quoi exactement la requête, Chaos ? » « Ne me presse pas comme ça, Fin. »
Comme toujours, c'était un dieu louche à la personnalité floue. Et j'avais un très mauvais pressentiment. Cela dit, honnêtement, dès qu'on entend l'expression « requête du Dieu du Chaos », un mauvais pressentiment s'installe.
« Récemment, l'une de mes enfants, ta sœur, a disparu. » « Donc le Monde-Vorace a disparu. Attends... vous suivez vraiment ses mouvements. » « Eh bien, je suis son créateur, après tout. Mais maintenant, je ne sais pas où elle est passée. Je me disais juste qu'il était temps de récupérer son énergie. Un timing terrible, vraiment. »
J'aurais voulu qu'il aligne au moins son expression faciale sur ce qu'il disait.
« Tu as l'air d'avoir envie de dire quelque chose. » « Au minimum, j'aimerais que tes paroles et tes expressions concordent. » « Ah, désolé, désolé. Je m'amuse juste trop. À une échelle sans précédent, on pourrait dire. »
Qu'est-ce qu'il tramait exactement ? Si possible, j'aimerais vraiment que ça n'ait rien à voir avec mon boulot.
« Juste pour info, j'ai l'intention de m'impliquer, mais la cause profonde se trouve ailleurs. » « Donc le Monde-Vorace est impliqué, mais il n'est pas le cerveau ? » « Tu piges ? » « Non. »
Je n'avais simplement pas envie d'y penser. En tout cas, il semble que quelque chose d'invraisemblablement divertissant allait se produire, quelque chose que même le Dieu du Chaos lui-même n'a jamais vécu. Et par-dessus le marché, ce n'était pas quelque chose qu'il orchestrait.
« Et quant à ma requête pour toi, Fin, je veux que tu ailles dans le monde où le Monde-Vorace est apparu pour la dernière fois... »
◆◆◆
Une tempête sans avertissement. De la neige tombant en plein été. Des séismes constants. Un monde où quiconque y vivrait aurait plus que suffisamment de raisons de croire qu'il se passe quelque chose d'épouvantablement anormal.
Dans ce monde, s'effondrant lentement à l'échelle humaine, mais avec une vitesse terrifiante du point de vue du monde lui-même, une unique fille naquit. Ses parents se réjouirent de sa naissance, même si l'inquiétude pour son avenir les gagnait quand ils considéraient l'état de plus en plus anormal du monde.
Et pourtant, dès sa naissance, le monde commença à se calmer. Les tempêtes soudaines devinrent plus rares, et les séismes diminuèrent en fréquence. Ce n'était pas un retour complet à la normale, mais c'était suffisant pour convaincre les gens que le monde revenait indéniablement vers son état d'avant.
La morosité qui pesait sur les gens se dissipa, et au moment où la fille eut cinq ans, il devint clair qu'elle possédait une énergie immense. Une énergie égale à celle du monde lui-même.
Combiné au fait que le monde avait commencé à aller mieux après sa naissance, la nation l'ensa comme une enfant envoyée par les dieux.
Quand le roi se tint pour la première fois face à face avec la fille, elle ne montra pas la moindre trace de nervosité. De plus, d'une voix claire, confiante, inimaginable pour une enfant de cinq ans, elle déclara : « Je m'appelle Viatrix. J'ai été envoyée par les dieux, et en ce corps réside le pouvoir de guider le monde vers la paix. »
Certains ricannèrent, rejetant ses paroles comme une fantaisie enfantine, mais la fille parut insensible et regarda plutôt dehors, comme en attente de quelque chose. Soudain, la pluie se mit à tomber. Le vent se renforça, claquant les fenêtres avec des nappes d'eau. Au-delà de l'eau cascadant sur les vitres comme une cascade, une douce lumière pouvait être vue qui tombait au loin.
La fille adressa un sourire plein de sens au roi. Le roi ordonna à ceux qui s'étaient moqués d'elle de s'excuser, et la fille accepta leurs excuses. Peu à peu, le vent mourut, et la pluie cessa. Ceux qui avaient assisté à la scène ressentirent un soulagement écrasant, mêlé à un vague sentiment de crainte.
Au milieu de cela, le roi s'adressa à la fille d'une voix solennelle, totalement inadaptée à un si jeune âge.
« Ta naissance signifie-t-elle que ce monde est désormais en sécurité ? » « C'était aussi ma conviction. Cependant, il semble que je ne suffise pas à moi seule. Je peux promettre une période de paix, mais je ne peux garantir ce qui se trouve au-delà. » « Alors que faut-il faire ? » « Mon pouvoir est à peu près équivalent à celui d'un monde au bord de l'effondrement. Par conséquent... » « Vous dites qu'il faut chercher un être doté d'un pouvoir encore plus grand ? »
Il ne pouvait y avoir qu'à peine quelqu'un capable de vaincre la fille qui se tenait devant lui, sans parler de chercher quelqu'un de plus fort. Sentant la méfiance du roi, la fille secoua la tête, rejetant ses mots.
« Non. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut trouver en cherchant. Je les ferai venir dans ce monde. »
Aux mots de la fille, prononcés avec une confiance absolue, nul parmi les présents ne put trouver quoi que ce soit à dire.