Quand j'énonçai ma compétence, la voix du ciel se figea.
Elle écarquilla les yeux, scrutant son corps à la recherche d'une anomalie.
Mais…… rien.
La Détermination d'Ōryū possède le pouvoir de tordre la réalité de force.
C'est la seule compétence contre laquelle la voix du ciel ne pouvait rien.
Pourtant, elle aurait dû être scellée.
« Toi… v-vous… on avait rendu ça inutilisable pour nous…… »
« Ah, oui. J'ai essayé, mais ça n'a pas marché. »
« Alors… à quoi tu l'as utilisée ? »
« Pour te vaincre. »
À ces mots, elle inclina la tête.
Qu'elle ne comprenne pas est tout naturel.
Mais… je me rappelai qu'un dieu, malgré son apparence puissante, est une existence étonnamment fragile.
La première chose qui m'intrigua fut : bien que la condition empêchant sa résurrection ait été remplie, pourquoi s'était-il manifesté ?
La différence avec la fois précédente.
C'était l'apparition de l'ange et la foi du royaume de Barpan.
Probablement que l'ange avait élevé la voix au rang de divinité.
Après y avoir réfléchi un moment, l'évidence me frappa.
« Un dieu, c'est un être qui meurt s'il n'y a personne pour connaître son existence, non ? »
« …Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Qu'il s'agisse de yōkai ou de divinités, sans croyants, ils dépérissent. Si plus personne ne connaît leur existence, c'est comme s'ils étaient morts. J'ai donc décidé d'effacer votre existence de la mémoire de toutes choses. »
Quand Rize avait vu leur point faible, le fait que les humains alentour aient viré au rouge vif s'expliquait aussi par là.
Un dieu gagne en puissance parce qu'on se souvient de lui et qu'on le vénère.
S'il tombe dans l'oubli… son existence même disparaît.
« …Ha, haha, hahahahaha ! Hahhahhahha !! Tu crois pouvoir faire une chose pareille !? Ahaha, c'est excellent !! Tu n'en es même pas sûr, non ? Et pourtant tu as accepté le prix pour exaucer un vœu sans sens !? »
La voix du ciel ne semblait pas me croire ; elle continua de rire un bon moment.
C'était trop drôle pour elle.
Si ça échouait, leur existence serait effacée pour un temps.
Cela leur laisserait amplement le loisir de se terrer et d'accumuler de la force.
Et moi, je leur offrais cette occasion sur un plateau.
Il n'y avait qu'à les remercier et à rire de leur sottise.
Mais… face à mon visage qui ne riait pas du tout, elle cessa peu à peu.
« …Tu blagues ? »
« Pas du tout. C'est parce qu'il y a de la foi que les dieux deviennent forts. Comme j'efface les mémoires en ce moment même, les changements sur ton corps n'apparaîtront que dans un moment. »
« …Non, une telle absurdité. Impossible, impossible. C'est hors de question !! Je suis un dieu, moi !! Et on ne peut pas effacer toutes les mémoires !! »
« La Détermination d'Ōryū, c'est exactement ça, paraît-il. »
C'était bel et bien le cas.
Une compétence terrifiante qui réalise le vœu sans faille.
Mais son prix doit l'être tout autant.
« …Toi… vous allez subir un prix incroyable !! Nichirin et les autres n'ont pas payé un gros prix parce qu'ils ont effacé leur propre existence ! Mais toi, c'est différent !! »
« Exact. Mais bon… tant pis, non ? Je ne vais pas mourir, après tout. »
« Na… gu, a… »
Une concession si nette coupa le souffle à la voix du ciel.
Si je ne dois pas mourir, j'accepterai le prix.
Quelle forme il prendra, je l'ignore totalement.
C'est d'ailleurs ce qui fait peur.
Mais enfin, j'ai formulé deux vœux cette fois.
« …Ma… notre défaite… c'est ça… ? »
En tant que créateur de la compétence, il le sait.
Une fois activée, tuer l'utilisateur ne sert à rien.
La voix du ciel baissa les épaules, comprit enfin qu'elle était programmée pour perdre.
La raison… résidait dans l'assurance d'Ōren et la disparition de Sora et Riku.
Elle est profondément liée à ses subordonnés.
Où qu'ils soient, elle sait ce qu'ils font.
Les trois autres n'ont pas ce pouvoir.
Je relâchai l'Épée de pression atmosphérique.
Elle se ficha dans le sol et explosa.
Sa puissance ne dépassa pas de beaucoup celle capable de souffler quelques cailloux.
« C'est votre défaite. »
« C'est vrai… »
La voix du ciel s'assit en tailleur dans les airs.
Une fois la défaite actée, on devient étrangement serein.
Il n'y a plus aucune raison de s'opposer.
« Dis, Ōren. Où ai-je fait fausse route ? Moi aussi, au début, j'aimais ce monde que j'ai bâti avec les dieux. La vie s'épanouissait grâce aux compétences que j'ai données ? Il n'y avait pas de raison de ne pas s'amuser ! »
« C'est vrai. »
« Tout ce que j'ai fait, c'est permettre aux êtres vivants d'utiliser des compétences… rien de plus. Qu'est-ce qui était mal !? Qu'est-ce qui n'allait pas !? »
« Bah, je sais pas. »
« Hé… »
Forcément, j'y étais pas à ce moment-là.
Même si on me raconte une histoire que je ne connais pas, impossible de comprendre.
C'est là qu'Arena, derrière moi, marmonna tout bas.
« …La personnalité ? »
« Autrefois, je n'avais pas cette personnalité. Je servais les dieux, je les respectais. »
« Trop docile, genre ? »
« T'as du vocabulaire difficile, toi, Arena. »
« Mmh, tu te moques… »
« Ah, pardon. »
La voix du ciel rumina le mot qu'Arena avait lâché.
Effectivement, il y avait eu un temps où elle était docile envers les dieux.
Pourtant, elle ne voyait pas en quoi c'était un défaut.
« Je ne comprends pas. Quoi, quoi qui n'allait pas ? »
« …Va le leur demander en personne. »
« …Ha ? »
À cet instant, je sentis sa puissance s'effondrer brutalement.
Son corps s'amincit, toutes les capacités qu'elle contenait s'évanouirent.
Ce qu'Ōren avait dit était vrai.
L'effacement de la mémoire de toutes choses.
Probablement avait-il effacé leur existence jusque dans la mémoire des dieux.
« C'est impossible. »
« Mouais, bon… au fait, t'es qui ? »
« Fufu, hahaha, c'est vrai. C'était ça, hein. »
Apparemment, sa mémoire était déjà en train de disparaître.
Travail rapide.
J'aurais aimé discuter encore un peu, mais la réponse resta inconnue.
Ce sera sans doute une énigme que je ne résoudrai jamais de ma vie.
Mourir… ou plutôt, cesser d'exister, rend la chose sans importance pour moi.
« Notre défaite, Ōren. Pardon pour la colère déplacée…… »
« …O-ouais… eh, elle a disparu… Arena, tu sais qui c'était ? »
« Non~ »
« Moi non plus… »
Qu'est-ce que c'était que tout ça ?
Et d'ailleurs, pourquoi on était dans le territoire des démons, déjà ?
J'ai le souvenir de m'être battu contre quelque chose…
« Nn!? »
« Eh, qu'est-ce qu'il y a, Ōren ? »
« Super… sommeil… »
« Encore !? »
Non, dites pas « encore »…
Mon secret, c'est qu'après l'avoir utilisé, j'ai un sommeil terrible…
…Hm ?
Au fait, à quoi j'ai utilisé la Détermination d'Ōryū ?
Yabai, j'ai oublié.
Hein, l'avoir oublié, c'est pas plutôt grave !?
« Aaah, anikii ! Anikii ! Suiryū ! Sors Suiryū ! Je peux plus la tenir petite, elle va exploser !! »
« Ah, impossible, désol— »
« Waaaah !! Ōren ! Dors pas encoreeeee !! »
« Eh !? Il s'est endormi !? Eh !? Attends, Suiryū s'effondre, gyaaaaaah !! »
« Waaaah ! Reizen !! Rack ! Allez l'aider !! »
« Compris. »
Suiryū s'effondra, et Rack récupéra Reizen qui tombait, tout en veillant à ne pas laisser tomber Ōren et Arena qui étaient sur son dos.