J'ai murmuré l'incantation pour de bon et vu une lueur bleue surnager faiblement à son poignet. Mais, à ma stupéfaction, alors que je le regardais, il a failli s'effondrer.
Et j'ai écarquillé les yeux, choquée.
« Ricdorian ! »
Les chaînes ont bougé, et je l'ai saisi par l'épaule. Mais il a quand même trébuché et s'est effondré vers l'avant. Il gisait sur le ventre et gémissait.
« Ça va ? Ricdorian, tu m'entends ? »
Il a laissé échapper un gémissement, à plus forte raison une réponse. Ça me rend dingue. Jair n'en avait jamais parlé. Il avait juste dit que ça le piquerait un peu !
Jair avait dit que Ricdorian grandirait un peu après avoir ressenti une légère douleur, et j'avais anticipé l'ampleur de la croissance physique. Mais je ne m'attendais pas à le voir souffrir comme ça. J'ai piétiné en le regardant. Je n'ai pas le temps de courir jusqu'à ma cellule chercher des antidouleurs. Si j'avais su que la souffrance serait l'effet secondaire, je n'aurais pas donné mon accord !
Je me suis mordu la lèvre inférieure, anxieuse, ne sachant quoi faire.
« … Hein ? »… Depuis quand a-t-il grandi ?
J'ai senti son épauler s'épaissir progressivement. Pas que les épaules. Je voyais des jambes et des bras plus fermes, plus longs. J'étais sidérée par ce que je voyais. Ses vêtements déchirés sont tombés par terre.
Bientôt, Ricdorian a lentement relevé la tête et a cessé de respirer au moment où il m'a fixée.
Son visage à couper le souffle me contemplait maintenant, juste devant moi.
J'ai essayé de reculer, mal à l'aise ; pourtant, la main qui me tenait était plus rapide que la lumière. Il m'a empoignée fermement comme un étau de fer. Et du coup, la chaîne s'est tendue à bloc. L'entrave à son cou était toujours en place. Sa bouche, devenue pulpeuse et plus rouge en grandissant, s'est entrouverte lentement.
« Pourquoi m'évites-tu… ? » a-t-il dit. « Où comptes-tu aller ? » a ajouté Ricdorian.
Sa pureté était intacte, mais sa férocité, là, tenait de sa côté bestial. Et en l'entendant prononcer ces phrases, c'était différent.
Il ne m'a pas fallu longtemps pour réaliser que Ricdorian parlait comme la bête.
En penchant la tête, ses longs cheveux d'argent se sont éparpillés sur son front. J'ai baissé la tête pour mieux le voir. Ses yeux me scrutaient profondément, me donnant l'impression de me noyer dans l'océan. J'ai entendu sa respiration profonde. Et ses yeux semblaient rivés sur mon cou.
« Lâche-moi. »
« … Pourquoi ? »
La tête de Ricdorian s'est penchée profondément. À cet instant, j'ai écarquillé les yeux.
« Pourquoi… pourquoi cherches-tu à m'éviter ? »
Ces yeux étranges et amers étaient humides. Ses grands yeux envoûtants étaient en harmonie subtile mais plus stimulants…. ce n'est pas seulement à cause de la croissance.
J'ai grincé des dents en pensant à Jair. Ce salaud ! Il m'a roulée ! Je vais lui pincer les oreilles, c'est sûr !
La vache ! Je sais que c'est juste une légère amélioration. Mais j'en étais si sûre. C'est le visage de Ricdorian dans le livre. C'est lui, le Ricdorian adulte dans quatre ans.
Mon cœur a cogné. J'ai serré ma manche de l'autre main. C'était bizarre de le voir avec cette beauté-là. C'est plus qu'éthéré !
Mais vite, je me suis reprise et j'ai pensé qu'il n'y avait pas de temps… ce n'est pas le moment pour ça.
« Lâche-moi. Je dois y aller. »
Y a pas de temps. Il fallait que je rentre avant que les rondes ne tournent. Mais sa poigne n'a pas bougé. Non, je sentais à quel point sa main était puissante et robuste.
Mais à cet instant, des larmes ont coulé de ses yeux.
« Ne pars pas. »
Non, pourquoi me séduis-tu comme ça ! Le visage bouleversée, j'ai vite essayé d'arracher sa main de moi. Bientôt, nos regards se sont croisés, et j'ai tressailli en voyant le regard de la bête.
« Où vas-tu ? »
Les yeux posés sur moi étaient pleins de larmes, mais je savais que c'est un animal qui peut partir en vrille n'importe quand et t'arracher le cou d'un coup de dents.
J'ai avalé ma salive en songeant à ses capacités.
Il était dans un état imparfait pour l'instant. Je le voyais trembler même en bête, mais il gardait encore la conscience d'une personne rationnelle. On n'aurait pas dû faire quoi que ce soit dans la précipitation. Peut-être n'a-t-il pas supporté la puissance du sort ?
« Ricdorian, tu es un bon garçon. Regarde, je t'ai apporté quelque chose que tu aimes. »
Tandis que j'ouvrais ma poche d'une main, Ricdorian y a jeté un coup d'œil. Ah, je sais pertinemment qu'il a dû voir ses biscuits préférés.
« C'est pour toi. » J'ai dit en lui montrant la pochette de biscuits que je venais d'attraper.
« Pour moi ? » J'ai acquiescé distraitement en réponse.
Ses yeux qui m'avaient happée alternaient entre le biscuit et mon visage. Alors j'ai tendu la main avec la pochette.
« Qu-, qu'est-ce que je dois t'appeler… je me souviens plus. Ah, Maître ? »
« Non. »… Maître…. J'ai pincé les lèvres, bien décidée à ne pas me laisser flatter une fois de plus.
« Iana. Appelle-moi par ce nom. »
« Nom ? »
Il a courbé le buste, et la distance entre nous s'est réduite. La tension que je ressentais là était comparable à celle d'un fil de cuivre tendu. Face à la bête douce mais féroce, j'ai essayé de rassembler mes idées lentement.
« … Oui. Iana. » Ai-je dit.
Son regard profond était maintenant trop près de moi et ses yeux bleus clignotants se sont plissés lentement. On dirait que le but de sa croissance soudaine a été oublié à cause de son sourire écrasant et de l'étrangeté qui flottait dans son regard.
« Iana. »
Iana : « … »
Je l'ai juste entendu dire mon nom, mais pourquoi me sens-je si perturbée ? Une fois de plus, j'ai déglutit difficilement.
« Iana. »
Il a léché ses lèvres de la langue, et son regard s'est lentement tourné vers ma main qui tenait la pochette.
Puis, il a saisi ma main, a attrapé un biscuit dans la pochette, et a posé sa bouche sur mon poignet.
Alors il a souri visiblement en me regardant droit dans les yeux.
« … Nourris-moi. » A-t-il dit, avec une légère rougeur sur les joues.
J'ai cligné des yeux, me demandant si je l'avais mal entendu un instant.