SKAIS
SKAIS
« Oh… Des miettes de gâteau. »
C'est vrai. Quand je lui ai tendu les biscuits tout à l'heure, il restait des miettes de pâte dans ma paume. Je l'ai fixé, hébétée, lui qui convoitait maintenant ma main avec frénésie. Maintenant, je sais pourquoi il a soudainement attrapé ma main. Et dorénavant, je ne lui apporterai plus de biscuits, même s'il les aime.
Ce n'est pas bon. J'ai prêté une intention malveillante à ses actes alors qu'en fait, il n'avait pas vraiment conscience de ce qu'il faisait.
Lèche. Lèche.
Je l'ai regardé et j'ai avalé ma salive sans m'en rendre compte… il avait l'air si indécent la langue dehors. Argh ! Qu'est-ce que j'ai eu dans la tête ! J'ai chassé cette pensée. Mais je ne pouvais pas vraiment faire grand-chose. Je ne pouvais pas résister à la force de son emprise sur mon poignet. Alors j'ai décidé de poser mon châle mouillé sur sa tête avec mon autre bras, pendant qu'il léchait simultanément ma main et mes doigts. Quand soudain, son visage s'est à nouveau rapproché.
On dirait que…
« Attends. Juste une seconde… »
La couverture sur ses genoux est tombée dans la flaque et était maintenant trempée. Après avoir regardé la pauvre couverture se gorger d'eau, j'ai lentement reposé mon regard sur lui et il a semblé nerveux face à notre distance qui se réduisait.
« Ah… » Ricdorian a tressailli, il a immédiatement retiré sa main et m'a presque projetée avec sa vigueur. J'ai été prise au dépourvu !
« Aïe. » Résultat, j'ai fini par m'asseoir sur le sol sale, trempée de boue.
« Oh, pourquoi, pourquoi, pourquoi, tout ! Ma main et mon visage ! Argh ! » Je n'en reviens pas !
« Remettons les choses au clair, c'est toi qui as léché ma main. »
« Ah, ah, léché, hum ! »
« Oui, tu l'as léchée ! » J'ai vite ajouté avant qu'il ne me fasse passer pour l'agresseuse. Pourquoi est-ce que je suis celle qu'on blâme alors qu'en fait c'est lui qui a initié le contact physique ? Pure chance.
Les chaînes ont cliqueté plus fort qu'avant alors je me suis relevée pour le regarder. Son dos faisait maintenant face au mur. Soudain, il s'est retourné vers moi, mon châle couvrant sa poitrine. Il a essayé de tendre la chaîne. J'ai alors vu des larmes se former au coin de ses yeux furieux… Pourquoi on dirait que c'est ma faute maintenant ? Comme si j'étais la coupable du crime ?
« J, j, j, me suis réveillé, et tu- »
« Ah, donc tu te souviens maintenant ? » Il a articulé des mots, donc peut-être qu'il a retrouvé ses esprits.
Je n'ai jamais vu quelqu'un dont les bras devenaient aussi rouges. On aurait dit un parterre de roses rouges. De son cou, non couvert par le châle, à ses lobes d'oreilles, jusqu'au dos de ses mains, il n'y avait pas un endroit qui ne soit pas rouge.
« Pre… première fois… »
« Arrêtons de parler de premières fois. » Il ne s'en lasse pas ?
« Les bi… biscuits étaient délicieux, pourquoi, pourquoi, tes mains… »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? Ah… mes mains ont un goût de biscuit ? C'est exactement ce que tu pensais avant que ta raison ne revienne. Dévorant mes mains comme si c'étaient des biscuits. » Ai-je dit sarcastiquement.
C'est un peu intéressant. J'ai saisi l'occasion pour me moquer de lui alors j'ai formé ma main comme un calice et l'ai taquiné. Depuis que ses vêtements ont été trempés par la pluie, ils sont devenus translucides, ce qui faisait ressortir encore plus la rougeur de son corps.
« Tu te souviens de tout maintenant ? »
Il a hoché la tête.
Si les gens posaient les yeux sur lui, ils pourraient le trouver mignon quand il rougit. Et puis me blâmer pour l'avoir blessé… Alors ils supposeraient que je suis la coupable. Que je lui ai fait quelque chose de mal. C'était tellement injuste !
« C'est donc un cas de force majeure. Suis-je coupable ? Je lui ai seulement donné des biscuits. Je n'ai jamais eu de mauvaise intention. »
« Ha, mais… » Il a bredouillé, se cachant le visage avec le dos de sa main. Gêné.
« C'est vraiment ma, ma, première… »
« Merde ! Je suis désolée. » J'ai dit, juste pour apaiser ce qu'il ressentait. Est-ce qu'il a seulement pensé à la pureté de ma paume ? Je n'ai jamais vécu quelque chose d'aussi vulgaire de ma vie.
Cependant, je pense que ça ne ferait qu'empirer les choses si je dis que c'est aussi ma première fois de vivre un tel truc. Alors j'ai juste choisi de le taire. Je me suis levée. Il n'y avait vraiment plus de temps. Les choses se calmeront sûrement avec le temps. Je l'ai jeté un coup d'œil et j'ai vu qu'il avait posé son visage sur le châle mais exprimait de la difficulté à bouger tout son corps tant il était enchaîné. La chaîne se tendait alors qu'il continuait d'essayer de cacher son visage. La tension des chaînes donnait l'impression que ses mains allaient être arrachées.
N'est-il pas trop fort ?
J'ai vu que les larmes au coin de ses yeux étaient sur le point de tomber. Qu'est-ce qui ne va pas avec le protagoniste masculin de ce roman classé 19 pauvre en intrigue ?
Je l'ai regardé avec un air embarrassé et j'ai secoué la tête. Ses yeux n'étaient nulle part à voir car ils étaient enfouis sous le châle. Donc je ne pense pas qu'il puisse voir mon expression en ce moment.
Je suis sortie de mes pensées et j'ai essayé d'enlever la boue. Je lui ai tourné le dos et me suis promis que la prochaine fois que je viendrai ici, je devrais assurer une distance de sécurité. Cela ne doit plus jamais arriver.
« Tou, tou, t… » Je me suis retournée une dernière fois et j'ai vu le visage de Ricdorian dépasser du tissu, comme une tortue essayant de sortir de sa carapace. Ses joues sont toujours aussi rouges qu'une pomme.
« … Comment t'appelles-tu ? » Il a demandé, seuls ses yeux étaient bleus au milieu de la rougeur de son visage. Comme des étoiles brillant à l'aube, ou une gemme parmi les cailloux, ses yeux sont toujours éblouissants.
« Iana. »
Maintenant je me demande, il ne devient curieux que maintenant ? Je lui ai déjà rendu visite deux fois. Je me suis retournée et j'ai ri. Quel être particulier.
À la prochaine, « M. Pitoyable ».
Dès que la lampe s'est éloignée, la rougeur de son visage a disparu.
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La pluie a continué de tomber un moment.
Toc. Toc. Toc.
Et parfois la pluie frappe fort sur le plafond. Je pouvais l'entendre tomber en permanence. Je me suis même demandé pourquoi il pleuvait alors qu'on était en été. Mais je me suis juste haussé les épaules et j'ai pensé que c'était peut-être naturel. Le changement climatique doit aussi exister dans ce roman. Je me demande.
Au début, je ne savais vraiment pas qu'on était en été. Mais c'est une bonne chose que la prison ait une température plus fraîche comparée à la saison. Au moins il ne fait pas chaud.
Les gardiens m'ont dit qu'ils avaient fait quelque chose, mais ils ne m'ont donné aucun détail là-dessus. Je voulais en parler aux autres prisonniers mais je ne veux pas leur donner des informations à demi cuites.
« Vous pourriez vous échapper. » Ont dit les gardiens, et ne m'ont pas davantage éclairée là-dessus.