Il me regarda avec un air provocateur. Puis, il me fit un petit sourire en coin.
Il chuchota à l'oreille de Harun tout en me fixant droit dans les yeux. Une déclaration de guerre. Il parlait à Harun, mais j'avais l'impression qu'il me susurrait directement à l'oreille.
Les yeux de Harun s'écarquillèrent aux mots d'Yves. Le corps de Harun se mit à trembler.
« Yvnes ! Toi, comment… euh, tu es sérieux ?! »
Harun attrapa Yves par le col et se mit à le secouer dans tous les sens, mais Yves se contenta de lâcher : « Je sais pas, demande à Shushu toi-même. » et me refila le bébé.
J'ai, j'ai bien demandé à ce qu'il signe le contrat en premier…….
C'était mon choix de me faire tatouer une tranche d'orange sur le cul, mais……… merde.
Mon grand frère me regarda et hurla.
« Shu-Shuraina ! » « Tu te trompes ! Oppa, c'est un malentendu ! Iii, Yves ! »
C'e, c'e, c'est évident qu'il fait ça parce que je n'ai pas pris son parti tout à l'heure. Harun me poursuivit à une vitesse effrayante et je pris la fuite. Je jetais des coups d'œil derrière moi pour ne pas me faire attraper par mon grand frère. Je vis Harun me courir après avec une drôle de tête, et Yves riait joyeusement derrière lui.
Intermède 3. Les jours paisibles du fils du chef marchand
Je pris le jus de fruits frais que l'école servait au petit-déjeuner et me dirigeai vers ma classe. Mes yeux s'ouvraient toujours tôt le matin, donc j'arrivais toujours en classe en avance. Du coup, quand j'y arrivais en sirotant mon jus, j'étais le seul là-bas. J'aimais ce calme.
Je voulais redevenir un étudiant normal, alors j'ai recommencé à étudier récemment. Mon but : être un élève consciencieux. La plupart des travaux de la guilde étaient presque terminés, et je n'avais pas envie de trop m'en occuper, alors j'ai payé quelqu'un de suffisamment fiable pour le faire à ma place. Même sans rien faire, l'argent ne cessait de s'accumuler. Maintenant, tout ce que j'avais, c'était du temps.
C'était la première fois de ma vie que j'avais aussi peu de travail. C'est pour ça que j'essayais de reprendre mes études. Honnêtement, je savais déjà ce que je devais savoir. C'était nécessaire pour converser avec les gens des classes supérieures, donc j'avais tout appris à l'avance. Pas besoin d'étudier l'histoire ou la géographie, mais je devais améliorer mes connaissances en maths et les bases de la magie.
Bon, j'avais le temps, donc je pouvais étudier tranquillement à mon rythme.
Mais je ne sortis pas mes manuels tout de suite. J'avais une sorte de « rituel » que je faisais seul dans la classe. C'était comme ça que je commençais une belle nouvelle journée.
Je sortis l'enregistreur magique et vérifiai qu'il n'y avait personne d'autre dans la classe. J'appuyai sur lecture.
[ « Tout le monde, faites du bruit et criez ! » ]
La vidéo montrait Shushu en train de danser. Shushu agitait ses bras et ses jambes maigres en suivant le rythme. C'était censé être une danse drôle, mais comme elle gardait le tempo, ça avait un côté étrangement cool. On aurait dit qu'elle dansait n'importe comment, mais il y avait beaucoup de puissance derrière chaque mouvement. Les gens la regardaient danser et acclamaient bruyamment.
Je posai mon menton sur ma main et sirotai mon jus. Puis, je regardai le visage de Shushu dans la vidéo.
Son visage était rouge à force de danser. On aurait dit qu'elle était au bord des larmes, mais elle faisait de son mieux pour danser. Elle dansait comme un drapeau flottant dans l'air, puis changeait pour des pas bizarres et continuait. Shushu avait une expression qui disait qu'elle voulait être aspirée dans le néant, mais elle ne s'arrêtait pas de danser.
Mon emploi du temps quotidien commençait par regarder cette vidéo. Ça avait été un cauchemar à trouver. Il y avait juste quelqu'un qui avait filmé la danse de Shushu en vidéo, et j'ai effacé toutes les autres vidéos qui avaient été copiées du fichier original pour m'assurer d'être le seul à posséder cette vidéo.
Bref, ça avait été un vrai choc.
Je souris sans m'en rendre compte en regardant Shushu danser. Je commençai à repenser à mon passé récent.
C'était à l'époque où ma tête me faisait mal en permanence à cause de l'ancien chef. Je détestais sourire comme un vicieux, danser sur son air, et je voulais juste que tout s'arrête, essayant seulement d'atteindre la ligne d'arrivée.
Les sentiments que j'ai éprouvés à la fin du plan « Échapper à la guilde » relevaient plus de l'ennui que de l'espoir. Un ennui qui était de la colère, de la résignation et de la haine absolue tout mélangés.
La route vers l'enfer pour le chef était tracée, et il allait perdre contre moi quoi qu'il arrive. J'étais prêt à me relever autant de fois qu'il le faudrait pour l'entraîner avec moi.
Et juste au moment où j'étais sûr que mon plan allait marcher, j'ai eu envie de vomir. Tout ce que j'avais enduré à cause de lui me traversa l'esprit, ma tête me fit mal et j'eus l'impression d'étouffer.
Je ne pouvais pas échapper aux pensées sur à quoi ressemblerait mon avenir une fois hors de la guilde, et si je pourrais seulement m'enfuir.
Puis j'ai rencontré Shuraina.
Mon plan nécessitait un magicien, mais les magiciens de haut niveau connus étaient tous dans la poche du chef de guilde, donc je ne trouvais personne pour m'aider. Là, le chef m'avait demandé de trouver plus d'infos sur Shunivalen, et j'avais découvert l'incroyable fait que Shunivalen était une fille de première année dans mon école.
Et cette gamine de première année, je l'avais déjà remarquée. Il y avait une jolie fille aux cheveux roses, Hestia, en première année à l'école. Elle était belle et semblait calme, donc elle me plaisait.
Et juste à côté de la fille aux cheveux roses était assise une fille aux cheveux orange au visage impassible, et elle s'est avérée être Shunivalen.
Une petite fille aux cheveux orange et au charme absolument nul.
Mis à part ses yeux morts, il n'y avait pas l'air d'y avoir d'autres caractéristiques marquantes. C'est pour ça que j'étais de plus en plus admiratif en apprenant à connaître Shuraina.
Elle n'en avait pas l'air, mais elle avait un parcours incroyable. Pas seulement en tant que Shunivalen, mais en tant que Shuraina aussi. Juste. Tout était incroyable.
Le dossier scolaire de Shuraina était presque parfait. Elle avait créé un habitat fictif des monts Augran pour son projet de club, et avait commencé à rédiger des rapports sur leurs mouvements. L'idée était brillante, et elle était première de sa promo tout en apprenant la magie et l'escrime.
Elle regorgeait de talent, et elle était intelligente en plus.
Elle était encore plus incroyable en tant que Shunivalen. C'était déjà incroyable qu'elle ait rendu le chef si misérable au départ, mais elle avait aussi assuré sa propre fuite en toute sécurité. Elle était clean dans ses boulots et frôlait la perfection. Je me demandais pourquoi elle gagnait autant d'argent si jeune et issue d'une famille noble plutôt respectable, mais c'était parce qu'elle ne voulait pas que sa famille fasse faillite.
Elle avait, drôlement, perdu toutes ses forces, et n'arrivait pas à se relever. Je ne pus m'empêcher de rire. J'ai essayé de l'aider, mais elle a refusé et a essayé de marcher seule avant de trébucher et de se fouler la cheville.
C'était drôle de voir Shushu faire une mini-crise avec une expression si agacée. Shushu devait être furieuse contre la situation, mais c'était la première fois que je m'amusais et m'enthousiasmais autant de ma vie.
C'était la première fois que je trouvais quelque chose de drôle. J'ai eu l'impression que la douleur qui résidait toujours dans ma tête s'apaisait un peu. C'était aussi drôle de sentir comme elle essayait d'éviter de toucher n'importe quelle partie de mon dos tandis qu'elle était sur mon dos. Quand elle a abandonné et m'a juste serré dans ses bras par derrière, c'était bizarre. Shushu était chaude dans mon dos et j'avais envie de la garder là pour toujours.
Quand je crus qu'elle avait perdu connaissance, je lui achetai des brochettes de poulet. Elle les mangea toutes en salissant mon dos. Je pensai qu'elle avait utilisé toute sa force à danser alors je ne lui demandai pas de nettoyer mes vêtements, mais elle s'excusa le lendemain et les nettoya pour moi. On aurait dit que Shushu faisait des erreurs comme n'importe qui de son âge. Je trouvai ça mignon.
C'était la première fois que j'essayais de travailler avec quelqu'un sans chercher le profit, mais j'ai commencé à apprécier ce sentiment.
Shushu baissait sa garde de jour en jour. En le faisant, elle commença à montrer sa vraie personnalité. Elle était incroyablement douée, mais aussi sujette aux erreurs par moments et incroyablement confiante. C'était incroyable de voir comment une si petite tête pouvait faire tant de grandes choses. C'était à la fois impressionnant et adorable.
Puis, cette fille commença à prendre soin de moi aussi. Elle avait, à partir d'un moment inconnu, décidé d'apporter des choses pour ma santé. Elle se mit à m'apporter plein de trucs différents, mais je lui dis d'arrêter parce que quelque chose me démangeait au début.
Tout ça m'était étranger : j'avais passé ma vie entière à recevoir de la haine et de la méfiance. Tout me semblait de travers parce que ça allait à l'encontre de tout ce que je connaissais.
Shushu bouda face à ma réaction. Puis, elle commença à lister toutes les choses que j'avais faites pour elle par gentillesse.
Je fus choqué par les mots de Shushu. Je ne m'étais connu que comme un lâche qui marchait sur les autres pour obtenir ce qu'il voulait. Mais même moi, j'étais capable de me soucier de quelqu'un d'autre que moi. Juste comme les gens normaux.
Et juste comme ça, j'ai pu oublier brièvement les choses qui me blessaient devant Shushu.
Étrangler les frères en qui j'avais confiance de mes mains nues, être forcé de faire des choses que je ne voulais pas pour survivre… chaque fois que j'entendais les voix de mes victimes me narguer, me maudire et m'importuner, j'allais serrer Shushu dans mes bras.
Ces jours où je me noyai dans la trahison et ne faisais que courir après le lendemain.
Ces jours où je ne pouvais faire que m'accrocher à ma haine pour ne pas couler dans ma misère et lâcher prise.
Chaque fois qu'elle me tapotait doucement le dos, j'avais l'impression que de la chaleur se répandait dans mon corps glacé. J'avais l'impression que chaque moment froid et haineux de ma vie fondait.