Yves chuchota, la voix rauque.
« Je ne sais pas. La vengeance a soudain perdu tout son sens. »
Moi-même, je trouvais les actes d'Yves bien étranges, pas du tout comme d'habitude.
Pour sa vengeance parfaite, Yves avait longuement et minutieusement planifié de rendre aux gens qui lui avaient infligé la douleur ce qu'il avait lui-même vécu. Je ne comprenais vraiment pas son comportement.
Pourquoi abandonnait-il sa vengeance parfaite alors qu'elle était à portée de main ?
Yves croisa mon regard curieux, puis m'enlaça fort. Il poussa un profond soupir et marmonna.
« J'ai juste envie de tout laisser tomber. »
Je fixai le poison qui se propageait depuis le cou d'Yves. Son état empirait. Yves, qui m'enlaçait encore, avait d'abord brûlé de fièvre et devenait maintenant de plus en plus froid.
Je serrai le poing et repoussai Yves loin de moi.
Yves me regarda me lever et geignit sans expression.
« Où tu vas, reviens. J'ai froid. »
Une colère profonde et montante explosa dans ma poitrine.
« Tu te fous de ma gueule ? Laisser tomber quoi ? Il faut que tu trouves comment survivre, pas comment crever ! Ouais, j'ai été payée pour tout ça, mais j'y ai mis mon âme pour t'aider parce que je te soutenais. J'essayais de trouver où on irait jouer ensemble et toi, tu fais quoi, quoi ? Tu laisses tout tomber ?! »「……… ? »
J'avais envie de pleurer mais je ne l'ai pas fait. Je serrai les dents et résistai à peine à l'envie de pleurer. J'étais légèrement déçue. Avant d'entrer dans cette pièce, il parlait de vivre comme il faut à son âge, de se balader et de jouer, mais ça sonnait comme s'il abandonnait tout. J'avais fini par tout dire sur le ton familier, mais peu importe.
Yves semblait déconcerté par ma réaction. Alors, un coin de sa bouche se releva en un ricanement moqueur. Mais sous ce ricanement, un regard chaleureux. Un ricanement moqueur chaleureux ?
« J'ai dit que je *voulais*, pas que j'*allais* tout laisser tomber. »
J'enlevai ma veste et me la mis sur le visage.\n「…………」
Je pensais que mes émotions débordantes devaient avoir l'air ridicules.
Il venait juste de retrouver la liberté après avoir souffert sous la coupe de la guilde, il n'allait pas mourir, non ? Le dicton dit que plus on est détesté, plus on vit longtemps, et Yves s'était attiré pas mal de haine dans sa vie, donc il allait sûrement vivre très vieux.
Je ne voyais rien, mais j'entendais le rire d'Yves venir de quelque part.
« J'ai dit que j'allais pas mourir. Tu crois que je suis assez con pour provoquer une situation sur un coup de tête et crever derrière ? »« Putain. Garde tes forces au lieu de parler. »
Je me repoussai les cheveux en arrière en cherchant un plan. Je pensais ramasser les morceaux de pierre magique par terre et les avaler pour aller à l'hôpital. Mais je n'étais pas sûre que les hôpitaux soient équipés pour traiter ce poison particulier.
Entendre Yves parler de mourir me faisait paniquer. Mais je ne savais vraiment pas quoi faire. Ma magie était complètement épuisée, et la personne concernée était parfaitement calme. Si ça continuait comme ça, Yves allait mourir à cent pour cent.
Quand Yves me vit ramasser les morceaux de pierre par terre pour essayer de les manger, il me reprit dans ses bras.
« Qu'est-ce que tu bouffes par terre depuis tout à l'heure ? »
Puis, il me caressa les cheveux brutalement.
« Je me doutais qu'un truc comme ça arriverait, alors j'ai prévenu quelqu'un à l'avance. »« Quoi ? »« J'espérais que ça n'arriverait pas, mais au cas où je perdrais mon sang-froid et que je le tue de mes propres mains. Je me suis dit "au cas où" et j'ai contacté quelqu'un avant. C'est un gamin qui utilise la magie de guérison. »« Hein ? »
……… J'ai eu l'impression de m'être fait avoir. Quelques larmes ont failli couler, mais mes larmes se sont arrêtées. Il n'allait vraiment pas mourir, ce type.
J'ai eu l'impression d'avoir sous-estimé Yves. Il avait vécu si précairement jusqu'ici, bien sûr qu'il n'allait pas mourir.
J'avais aucune raison de m'énerver, mais je m'énervais. C'était quoi ? Quoi.
Alors que je restais plantée devant lui, bête, Yves enleva la veste de mon visage. J'avais probablement encore les larmes aux yeux.
Non, mais pourquoi tu l'as pas dit avant ? Tu aurais dû me le dire avant. Comme je cachais tranquillement mon visage derrière mes mains, Yves sourit et écarta mes mains de mon visage, les tenant dans les siennes.
« Parmi tous ceux qui ont versé des larmes devant moi, aucun n'a pleuré par inquiétude pour moi. »
Aux mots d'Yves, je me forçai à remonter les coins des lèvres. Et alors ?
« Tu n'avais qu'à pleurer. J'ai failli être touché. »
Mon visage se détendit grâce à Yves. Je revis Yves à travers ma vision redevenue claire. Yves me fixa avant de sourire doucement, les yeux pliés en demi-lune.
On aurait dit qu'il avait mal, mais on aurait dit qu'il s'amusait follement. Yves m'attira vers lui.
« Mais au fait, tu allais vraiment jouer avec moi ? »
Yves ne cessait de toucher mon visage. J'essayai de chasser ses mains, mais seulement dans ma tête. Je n'avais envie de rien faire pour l'instant.
« Comme tu es mignon. »
Yves déposa un baiser sur mes larmes.
Les lèvres froides d'Yves effleurèrent brièvement le dessous de mon œil avec un petit bruit *chu* mignon.
Yves avait fondu sur moi pendant que j'étais encore hébétée. Quand je le regardai avec une expression choquéeestampillée sur le visage, Yves me caressa les cheveux comme si j'étais mignonne.
« T'as l'air d'un hamster qu'on a lésé. »
On aurait dit qu'Yves était revenu à la normale.
Je sentis que je devais répondre d'une façon ou d'une autre, des insultes ou peu importe, et j'allais juste parler. Mais ma voix fut enterrée sous le *bang* retentissant de la porte qui s'ouvrait.
La personne qui entrait avait défoncé la porte. Le nouveau venu, qui était entré dans la pièce avec un bruit insupportablement fort, regarda autour de la pièce et s'approcha d'Yves tout ensanglanté.
« Hé, grand frère Yves. T'as l'air encore plus beau pendant que j'étais pas là, hein ? »
La personne qui entrait était un garçon de mon âge.
Le garçon avait des cheveux argentés presque blancs, et des yeux qui semblaient changer de couleur sous la lumière. Un visage qui brillait par lui-même. Si on devait décrire à quoi ressemble un ange, ce serait le visage de ce garçon. Il avait un effet visuel bizarre qui donnait l'impression que des étoiles brillaient à chacun de ses pas. De tous ceux que j'avais vus avant, il avait le plus beau, le plus brillant des visages. Il était beau, mais il était plus beau que beau.
Mais c'était un visage étrangement familier.
« Tu n'avais qu'à mourir confortablement là-bas. Tu tenais vraiment à vivre ? »« C'était le plan, mais on dirait que la succession du duché va se régler plus tôt que prévu. »
Ah, oui. En y repensant, il avait été dit que Swan était parti brièvement à l'étranger pour étudier. À l'entendre, on dirait qu'il venait de faire un bref retour pendant ses études.