Un bel homme d'âge mûr, aux cheveux orange légèrement plus foncés que ceux d'Yves, était assis sur une chaise au milieu de la pièce.
Il dégageait la même impression à la fois douce et dangereuse qu'Yves quand il souriait. Il avait même l'air plus aimable qu'Yves. J'ai fait de mon mieux pour accorder les actes cruels qu'il avait commis avec le visage qui se trouvait devant moi.
Un tiers des enfants qui se trouvent ici sont les siens, a-t-il dit ? Vu comme il est beau, pas étonnant qu'il ait semé sa graine à droite et à gauche. Je me suis forcée à l'admettre, à peine.
« Vous deux, ce sont les nouveaux gamins qu'on a ramenés ? Qui vous a permis d'aller aussi loin ? »
« Oh, pardon. Je crois qu'on s'est trompé de chemin. On cherchait juste le chef… »
Le chef a braqué son regard sur Yves et s'est approché.
« C'est moi le chef. Il semblerait que la personne qui devait vous guider ne soit pas disponible pour le moment. »
Il l'a dit d'une voix étonnamment aimable. Yves m'a fait reculer d'un pas en avançant lui-même.
À présent, c'était le rôle d'Yves d'attirer l'attention du chef. Moi, je devais retrouver le document pendant ce temps, puis le téléporter jusqu'au coffre-fort.
Quand j'ai saisi la pierre pour lancer le sort, Yves a affiché un sourire plein d'innocence et de douceur d'enfance en s'adressant au chef.
« Waouh, c'est vous le chef ? Merci infiniment de m'avoir pris alors que je n'ai nulle part où aller. C'est un honneur de pouvoir travailler sous vos ordres. »
« …… »
« Je suis venu sur la recommandation de Raven. Vous connaissez Raven ? C'était un ami qui mendiait dans la rue avec moi, et il se vantait sans arrêt d'avoir trouvé du boulot et un lit ici ! Je vous respecte vraiment, chef ! J'avais vraiment peur pour l'avenir. Vous êtes mon sauveur ! »
Il n'avait ni l'air d'Yves, ni la façon de parler d'Yves. Un instant, j'ai vraiment cru que c'était quelqu'un d'autre. Il a même inventé un certain Raven de toutes pièces pour capter l'attention du chef. Yves se tenait là, les mains poliment jointes devant lui. Le chef l'a examiné d'un regard de travers.
Quand le chef s'est approché d'Yves, il l'a saisi par les cheveux. Avec la chevelure d'Yves dans le poing, il lui a tourné la tête de gauche à droite. Il a scruté son visage de près, puis l'a jeté par terre.
« J'espérais avoir un gamin plus sérieux et plus obéissant cette fois. Tch. »
Un instant, j'ai craint qu'il n'ait démasqué Yves sous son déguisement. Heureusement, ce n'avait pas l'air d'être le cas. Yves avait été projeté un peu plus loin, mais il a continué à jouer son rôle.
« Qu… quoi… ! »
Yves a fait une mine choquée par la violence subite, puis a fait semblant d'avoir les larmes aux yeux.
« Hmm… De toute façon, on dirait pas que tu vas survivre longtemps. »
Le chef a posé une main sur son menton, semblant réfléchir. Puis il a donné un coup de pied dans le ventre d'Yves. Un « thud » mat a résonné dans l'air. Yves, qui roulait déjà par terre, a roulé encore. Quand il a toussé quelques fois de douleur, du sang rouge a coulé de sa bouche.
C'était difficile à regarder, Yves en train de se faire malmener, alors j'ai remis mes lunettes ensorcelées. Je ne devais pas me laisser ébranler. Une fois les lunettes remises, le sang d'Yves s'est transformé en cœurs. Mon cœur, qui battait la chamade d'inquiétude, de nervosité et de peur, s'est légèrement calmé devant l'image censurée qui s'offrait à moi.
Yves a craché de la salive et des cœurs. Le chef observait, satisfait, tandis qu'Yves continuait à souffrir.
« Je t'aime bien mieux sans ta gueule de chanteur. »
Yves a essayé de se relever, un bras agrippé au sol. Le chef lui a marché sur la tête.
Comme ça, Yves a continué à attirer l'attention du chef en lui parlant sans arrêt.
Pour garder son attention, Yves le flattait, puis l'attaquait verbalement. Il en disait le plus possible pour gagner du temps. Les coups pleuvaient sans arrêt.
Yves ne pouvait pas riposter et se contentait d'encaisser. C'était à cause du contrat. Si Yves ripostait contre le chef avec l'intention de le trahir, le poison commencerait à se propager depuis son cou vers le bas. C'est pour ça qu'il acceptait un combat aussi inégal.
Je n'ai pas juste resté là à regarder Yves se sacrifier.
Je me suis concentrée au maximum sur la magie tout en jetant un œil à l'état d'Yves de temps en temps. J'avais peur qu'il ne se transforme bientôt en mignon ours en peluche, alors je veillais à ne pas le fixer complètement. Je ne faisais que froncier le nez de plus en plus, tant je détestais ce chef.
Même en se faisant taper, Yves veillait à bouger pour que le chef lui tourne le dos à moi.
J'ai utilisé ma magie de recherche pour localiser les documents. Ils étaient posés sur son bureau. J'ai exulté intérieurement de les avoir trouvés si vite et je me suis glissée dans la pièce. J'ai fait de mon mieux pour rester parfaitement silencieuse en me dirigeant vers le bureau.
Mon cœur battait si fort que je l'entendais dans mes oreilles. Si je toussais maintenant, j'avais l'impression qu'il allait me sauter hors de la poitrine.
C'était quand j'étais presque arrivée au bureau. Au moment où j'ai tendu le bras pour attraper les documents, le chef a tourné son regard vers moi.
J'ai retenu mon souffle, puis me suis assise naturellement sur le canapé à côté du bureau.
« Oh, qu'est-ce qu'on a là ? Encore un nouveau gamin ? »
Le chef a laissé Yves dans le coin et s'est dirigé calmement vers moi. Yves a fait de son mieux pour grappiller encore un peu de temps, mais le chef s'était déjà lassé de lui.
Depuis tout à l'heure, je lançais sans arrêt des sorts d'arrêt et de ralentissement. Mais aucun ne marchait. Une des bagues que portait le chef était un artéfact qui protégeait le corps de son porteur.
« Ho, cheveux noirs et yeux noirs. Vu que t'as une tête d'étrangère, t'es pas une royale, et vu ton visage plat et l'absence de pli aux paupières, tu as l'air d'une gamine du continent de l'Est. T'es venue avec l'autre gamin ? »
Yves observait le chef s'approcher de moi, son air innocent complètement effacé. Pour l'instant, Yves était en piteux état. Ses vêtements beiges viraient au rouge, la même couleur que ses cheveux. Mais même dans cet état, la haine et la rage dans ses yeux étaient vives. Le chef ne pouvait pas le voir parce qu'il me fixait.
« T'as l'air tellement faible. Tu vas probablement crever bientôt. Mais ce serait gâcher de te laisser mourir si facilement. »
Il a examiné mon visage comme s'il était intrigué. Comme s'il inspectait une marchandise, il a attrapé mon visage sous mes lunettes. Puis, avec son ongle, il n'arrêtait pas de piquer mes yeux. Je les ai fermés par réflexe.
« Je devrais t'élever à part. Tu es rare. Il y aurait un avantage. »
Il a semblé réfléchir un instant. Puis il a ouvert la bouche.
« Hmm. Et si je t'empaillais pour te regarder ? »
Il a dit ça en tendant la main vers moi.
Entendre qu'il voulait m'empailler m'a fait prendre une grande inspiration. J'ai eu l'impression que mon cœur, qui battait sans relâche, s'était soudain transformé en pierre. Comme si quelqu'un m'avait giflé au creux de la nuque.
Je me suis souvenue du cuir, des monstres et espèces magiques empaillés que j'avais vus en chemin.
La personne devant moi me dégoûtait. J'avais envie de la trancher avec la dague cachée sur moi, mais je me suis retenue. Je ne voulais pas que le sacrifice d'Yves soit vain. De plus, je n'étais pas sûre de pouvoir tuer quelqu'un.
« … ! »
Au moment où j'ai ressenti ce dégoût face à la situation, le visage du chef s'est transformé en mignon ours en peluche.
« …… »
Le chef a tripoté sa bague d'attaque magique en s'approchant de moi. J'ai froncé les sourcils depuis ma position. Si j'avais assez de mana, je pourrais m'en servir pour avoir assez de puissance pour riposter. Mais je n'avais que ce qu'il faut pour fuir cet endroit.