Blanchielle mourut après d'innombrables tourments. On l'avait forcée à prendre forme humaine et à donner naissance à un enfant. Ils savaient qu'ils ne pourraient pas obtenir les pouvoirs des dragons en se contentant de manger le cœur, et avaient tenté de créer un corps de « sang-mêlé » capable de contenir toute cette puissance.
Les humains forcèrent Blanchielle à avoir un enfant qu'elle ne voulait pas et paradèrent agressivement leur supériorité en piétinant la sienne.
Blanchielle m'implora, tandis que je me cachais dans les monts Augran, faible et mourante, de la sauver, de la faire sortir. Mon corps était peut-être mort, mais j'étais encore consciente — j'entendais sa voix. Mais je ne pouvais rien faire.
Je n'ai fait que crier. J'ai pleuré, et pleuré, et crié. Je me tordais d'agonie, incapable de quoi que ce soit.
[ Tue-moi ! Noirelle, je t'en supplie, tue-moi ! Tue-moi ! Si tu m'entends, tue-moi….. ]
Blanchielle me supplia par la pensée. Ses mots avaient changé par rapport au début — peut-être que tout était trop, mais elle pleurait en réclamant la mort.
Les pouvoirs de Blanchielle étaient liés au soin, il lui était donc impossible de mourir de sa propre main. C'est pourquoi elle avait besoin de mes pouvoirs.
J'amassai chaque parcelle de puissance que je pus. Puis, je fermai moi-même les yeux misérables et douloureux de Blanchielle.
Ma famille, Blanchielle, qui était avec moi dès ma naissance. Et c'est ainsi que je tuai ma compagne de vie de mes propres mains.
Et puis….. Puis je me rendis au domaine Blanche.
Le duché Blanche.
Une famille, formée par l'enfant de l'humain qui l'avait blessée.
Yulinelle Blanche était mort depuis longtemps, et le seul qui restait était Swanhaden Blanche. Je voulais effacer chaque parcelle de sa souffrance de ce monde.
Alors je déchirai en morceaux l'actuel duc Blanche, Swanhaden Blanche.
Mais il ne mourut pas sur le coup. Peut-être parce qu'il était de sang-mêlé avec un dragon. Il récupéra immédiatement, alors je le tuai encore et encore et encore.
Je le déchiquettai, le transperçai, le mis en pièces…. À la fin, j'y déversai toute la magie noire que je pus et le fis mourir aussi douloureusement que possible. Swanhaden, qui n'avait jamais été normal pour commencer, continua de sourire même en mourant.
Ça me mit encore plus en colère, alors je m'assurai de le « punir » autant que possible. Je haïssais l'idée de laisser les restes de Blanchielle à quelque humain.
Et puis, une fois que j'eus tué tout le monde, la seule chose qui restait au monde était le sang détrempant la terre. Le drapeau de l'empire était en lambeaux et si ensanglanté qu'il flottait à peine dans l'air.
« Ô puissant dragon ! Je t'en supplie, calme ta fureur ! J'ai quelque chose à te dire ! »
J'étais au sommet de la montagne, observant le monde brûler, quand une fille aux cheveux roses gravit hardiment la montagne et me cria dessus.
Inutile d'écouter son histoire — tous les humains me dégoûtaient. Alors je la tuai sans la moindre hésitation. Puis je fixai, le regard vide, le monde dépourvu de toute vie sauf la mienne.
De la gauche à la droite. Le monde était recouvert de sang. J'aimais assez la vue des corps humains jonchant le sol.
Je ne pouvais pas imaginer ce que Blanchielle me dirait si elle voyait l'état de ce monde. Elle avait toujours été bienveillante et positive envers les humains, donc elle n'aurait probablement pas apprécié mon choix de massacrer la race humaine.
Elle pourrait se mettre en colère contre moi, assez pour me dépecer. Je voulais la revoir. Je souris. Tout était inutile, cependant. Elle était déjà partie.
Je contemplais le spectacle magnifique de ce nouveau monde autour de moi quand je ressentis soudain un puissant afflux de magie près du domaine DuBois.
J'eus l'impression que quelque chose n'allait pas, alors je déployai mes ailes et volai vers la zone.
Le cercle temporel des DuBois, celui que je croyais brisé, tournait lentement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et émettait de la lumière.
La couche extérieure du cercle magique, les bords arrondis, se mit à tourner tandis que les formules et lettres tourbillonnantes commençaient à se réarranger.
C'était un motif temporel. Les conditions d'activation du cercle avaient été satisfaites d'une manière ou d'une autre.
Si un cercle commençait à s'activer, même moi je ne pouvais pas l'arrêter. Je regardai simplement le cercle s'activer, les yeux morts. Le monde se mit à trembler. Un séisme éclata du sol et les choses se brisèrent. Les craquements ressemblaient presque aux cris d'un animal.
Le monde redevint sombre. Je sentis ma conscience se rompre avant de m'effondrer sur place.
« Qu, qu'est-ce que c'est ? »
J'eus l'impression d'être aspirée quelque part, et je me retrouvai soudain entourée de terre.
Quand je me réveillai à nouveau, j'étais de retour sur les monts Augran. J'essayai d'utiliser mes pouvoirs, mais ils étaient à nouveau bloqués — ma magie avait disparu, et mon cœur aussi.
Il me fallut un long moment pour admettre que j'étais revenue au début. Quand je pus enfin calmer un peu mon esprit, je fus soudain entourée d'un excès de cœurs de monstres.
J'étais revenue à l'époque où ma vengeance touchait à sa fin. Après avoir récupéré mes pouvoirs grâce aux cœurs de monstres, je décidai de ruiner l'empire une fois de plus et de plonger le monde entier dans le chaos.
J'avais réussi une fois auparavant — quelle difficulté y avait-il à le refaire ? Le plan se déroula sans accroc, et le monde allait à nouveau être dépourvu de vie.
« Ô puissant dragon, Noirelle. Je t'en supplie ! Tu nous méprises, nous qui avons détruit la paix et l'harmonie pour semer le chaos, mais s'il te plaît, pardonne notre folie juste cette fois ! »
La fille aux cheveux roses remonta encore et me cria dessus. Encore. Mais quoi. Qu'est-ce qu'elle fait ici encore ?
Je tuai la fille à nouveau.
Je recommençai depuis le début et tuai l'empereur, tuai le marquis DuBois, tuai le chef de la guilde Lunaasha, tuai le duc Blanche. Je n'avais aucune idée de pourquoi le cercle temporel s'était activé à ce moment-là, mais je remis tout en pagaille alors tout allait bien.
Je contemplais la scène satisfaisante devant moi quand le cercle temporel des DuBois s'activa à nouveau et je revins au temps d'avant l'accomplissement de ma vengeance.
J'y retournai encore.
« Pourquoi ?! »
Pourquoi ? Pourquoi revenais-je en arrière encore ?
Je trouvais cela étrange, mais ma rage ne se dissipait pas, alors je tuai. Encore, et encore, et encore, je tuai. Et puis, quand je fis face au monde délabré devant moi, la fille aux cheveux roses monta sur la montagne une fois de plus et implora mon pardon. Et puis, je revins en arrière dans le temps une fois de plus.
Le cercle magique DuBois pivota dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et.emit une vive lumière. Puis, quand je me réveillai à nouveau, j'étais de retour sur la montagne.
Cela se reproduisit encore et encore et encore. Je me dis que ce cycle devait finir, et que je sortirais de cette putain de boucle d'une manière ou d'une autre. Je continuai à détruire le monde, à tuer encore…. Mais quand je me réveillais à nouveau, j'étais toujours au début.
Je ne pouvais même pas compter combien de fois j'avais détruit l'empire. Peut-être quelques centaines de fois. La fille aux cheveux roses, celle qui montait sur la montagne dans les centaines de fois où j'avais amené cet empire à la destruction, remonta encore.
Malgré sa poitrine bombée fièrement, ses épaules tremblaient de peur.
« Ô puissant dragon ! Je me tiens humblement devant toi en tant que représentante des humains et baisse la tête ! Nous, les humains, avons été assez fous pour détruire l'équilibre entre la paix et la régularité et y avons semé le chaos ! Mais s'il te plaît. S'il te plaît. S'il te plaît. S'il te plaît, regarde-nous avec pitié et pardonne-nous. »
Encore ?! Elle remonta encore. Encore ! Encore ! Je claquai la langue de frustration face à la boucle temporelle et à la fille. Ce fut un jour rare où les mots que la fille prononça suscitèrent réellement mon intérêt.
Ma colère envers l'empire s'était légèrement émoussée après tout ce temps. Je leur avais infligé la douleur et l'agonie que j'avais ressenties — multipliées. J'étais en colère en pensant à ma situation actuelle et à la perte de Blanchielle, mais j'ai dû être assez calme pour écouter les paroles de la fille.
J'arrêtai de lancer ma magie vers l'empire et marchai vers la fille. La fille, me sentant approcher, baissa le front jusqu'à le poser au sol tandis que son corps tremblait de peur.
La fille ne cessait de hurler des excuses. Je ne comprenais pas. Pourquoi cette fille au hasard risquait-elle sa vie pour monter ici et se prosterner à mes pieds ?
J'attrapai le menton de la fille et le relevai pour la regarder. ; Ses yeux étaient fermés avec force tandis que sa voix tremblait. Ses yeux verts ronds s'ouvrirent — ils brillaient de peur mais conservaient une acuité derrière tout ça.
Quand je la dévisageai de haut avec sa tête dans ma main, son visage délicat commença à se crispier alors qu'elle se mettait à verser des larmes.
« P, par. Pardon….. Hic…. »
Je posai mon doigt sur le front de la fille qui pleurait et lus ses pensées.
[ L'ambition humaine est….. Assez diverse. ]
Chaque fois que des humains faisaient preuve de courage, ils avaient toujours une forme de cupidité ou d'ambition derrière. Cette fille, cette fille qui ne manquait jamais d'apparaître, était la même. Son esprit et son cœur étaient remplis d'ambition.
Elle était pareille à l'empereur. Il avait voulu accomplir ses ambitions par lui-même.
Mais ces deux-là étaient intrinsèquement différents. Si les ambitions de l'empereur étaient basées sur son égoïsme, les ambitions de cette fille étaient toutes tournées vers les autres. Peut-être était-ce pour cela — les méthodes de la fille pour atteindre ses objectifs étaient prudentes, bienveillantes et réfléchies.
La fille qui s'appelait Hestia essaya de me faire changer d'avis pour accomplir ses objectifs, et elle avait tenté de me comprendre et de m'accepter.
C'est pourquoi elle m'avait trouvée, encore et encore, et s'était prosternée devant moi. Je pus apprendre d'elle après avoir lu ses pensées. Que si des gens égoïstes et cupides existaient dans le monde, l'opposé — des gens si gentils qu'ils en étaient bêtes — existait aussi.
Hestia ne m'avait jamais fait de mal. Pour être honnête, aucun des gens vivant dans le monde actuellement ne m'avait fait de mal. Mais j'avais déversé ma colère sur ceux qui vivaient maintenant. Et je continuais à recevoir des excuses de quelqu'un qui n'avait rien à voir avec ce gâchis.
J'en avais déjà assez de la vengeance après l'avoir accomplie des centaines de fois, alors je décidai d'abandonner.
Le cercle DuBois commença à s'activer une fois de plus. Je fixai le monde tremblant devant moi et décidai d'essayer de comprendre quelle était la condition d'activation.
Dès que j'eus amassé assez de puissance pour me tenir debout, je me rendis au domaine DuBois pour examiner le cercle. Quand je creusai dans le cercle, je découvris que la condition d'activation était la destruction de l'empire.
Il semblait que Daniel DuBois, qui se souciait considérablement de sa famille, avait percé mes plans et avait tracé le cercle. Pour que je change d'avis. Pour que ses précieux enfants ne meurent pas de morts indignes à cause de moi. Pour que leur monde puisse être en paix. Quel égoïsme.
Les conditions de destruction étaient assez détaillées. D'abord, la famille royale devait être en sécurité, la famille DuBois devait survivre, et la population humaine ne pouvait pas être réduite à moins de 30 %. Il y avait beaucoup d'autres conditions détaillées. Au final, tout se résumait à ceci : personne ne pouvait mourir à cause de moi.
« Je suis foutue….. »
Pourquoi ma ligne temporelle devait-elle commencer vers la fin de ma vengeance….. Toutes les « conditions » que j'avais planifiées avant de m'endormir menaient les humains vers la destruction.
Pendant que j'étudiais le cercle DuBois, je tombai sur l'endroit où l'âme de Blanchielle était allée.
Sa réincarnation était devenue une magicienne occupée à me rechercher. Elle avait vécu une vie similaire à celle qu'elle avait eue comme dragon et était morte de la même façon. Le marquis DuBois actuel et elle avaient été amis, alors je pus la retrouver rapidement.
En y repensant, la raison pour laquelle le marquis DuBois n'avait pas accepté le titre de duc, même avec son rôle immense dans ma mort, était qu'il avait réalisé son erreur et avait réprimandé l'empereur. C'est pour cela qu'ils avaient aidé Blanchielle quelques fois avant, aussi. Même s'ils n'avaient pas été d'une grande aide.
Je trouvai l'âme de Blanchielle. J'étais maintenant entièrement concentrée sur l'empêchement de mon plan d'aboutir.
Si tout était normal, j'aurais balayé la population humaine, mais je me contentai de fixer le cercle DuBois depuis leur domaine. Quelqu'un s'approcha de moi. Je me demandai qui c'était — c'était Cory DuBois, me fixant les yeux vides. Le DuBois qui avait perdu toute sa famille et était maintenant seul.
« …..qui es-tu ? »
Cory DuBois, quelqu'un que j'aurais dû tuer bien, bien plus tôt, s'approcha de moi et se mit à parler.