Jusqu'ici, je n'avais regardé que ce qui s'était passé avant ma mort. Chaque fois que je sentais la fin approcher, je revoyais des scènes de ma vie d'avant, bien loin du moment où j'allais mourir.
La raison pour laquelle je ne voulais pas voir ma mort était simple. J'avais peur. La situation qui avait entraîné ma mort me mettait mal à l'aise. Personne n'a envie de se voir mourir. Mais comme j'avais lu le livre pratiquement jusqu'à ma mort, il fallait que je remonte à ce moment-là si je voulais vérifier.
« J'ai dit que je ne veux pas voir. Je ne veux pas. »
Je l'ai bougonné, tout en traçant le cercle magique sur le papier d'avant. Cette fois, j'ai placé le temps bien plus tard. Encore plus loin, jusqu'au moment de ma mort.
Vraiment, je ne voulais pas voir ça.
En y injectant ma mana, j'ai repensé à tout ça.
Sérieusement.
Puis, j'ai calé l'image devant moi sur l'instant de ma mort.
J'ai essayé de déterminer à quel moment exact j'avais trouvé le livre « Hestia et les Bâtards », mais je n'ai pas réussi à le cerner.
Je tenais ce livre depuis un certain moment. Je l'avais juste trimballé depuis que ça était arrivé. Le titre faisait penser à une romance, l'intrigue était un peu bizarre mais avait des points intéressants. Je le lisais par-ci par-là pendant le travail. Je m'autorisais les romans d'amour comme seul divertissement.
Lire des livres, c'est un passe-temps sain, et j'oubliais ma vie quand je m'immergeais dans l'histoire. J'aimais tellement le style d'écriture et la progression du récit que je grignotais sur mon temps précieux pour lire ce roman d'amour.
Pour être honnête, je n'avais fait que survoler la romance posée par-dessus l'histoire intense qui se cachait dessous. L'histoire était si sombre que je m'étais contentée de lire l'essentiel pour comprendre les bases, en sautant beaucoup de passages. C'est pour ça que je n'avais pas vraiment saisi la fin incroyablement horrible du roman.
Je me voyais en uniforme de job à temps partiel, lisant « Hestia et les Bâtards » pendant que la boutique était presque vide. J'avais une liste de vocabulaire à côté du livre et je tournais les pages, le menton sur la main, l'air incroyablement ennuyée. J'ai flotté vers mon moi du passé pour me rapprocher. Mais mince, j'avais l'air tout aussi inabordable à l'époque.
J'ai flotté à côté de mon moi d'avant, Ye-an, et j'ai lu le cœur du problème, le roman, avec elle. Je lisais toujours le roman à côté de mon moi du passé dans mes rêves, donc ça ne me mettait pas mal à l'aise.
Quand j'ai tourné la dernière page pendant que Ye-an ne regardait pas, la dernière page du roman, la page que Hylli m'avait donnée, était encore dans le livre. Mon moi présent lisait la fin du roman. Il me fallait comprendre l'arrière-plan de tout ce qui s'était passé, alors j'ai flotté à côté de moi-même et j'ai relu l'histoire. Mince, c'était une lecture plaisante après si longtemps.
[Swanhaden a dégainé l'épée circulaire à sa ceinture et l'a plantée dans le visage de la personne juste devant lui. Sous la pâle lumière de la lune, le sang a giclé sur son sourire cruel…]\nMon moi présent, qui lisait le roman avec avidité, a marqué un arrêt là. Elle a froncé les sourcils et a marmonné. J'ai moi aussi marqué une pause en lisant cette scène.
« C'est… une scène de déclaration, non… ? »
Ye-an a marmonné en levant un sourcil.
J'ai été encore plus surprise qu'elle par ses mots.
Ah oui, cette scène.
C'était la scène où Swanhaden massacrait brutalement tous ceux qui essayaient de draguer Hestia sous ses yeux. Et après, Swanhaden, ce fils de pute de dingue, lui a dit qu'il l'aimait.
À ce moment-là, je n'avais aucune idée que je vivrais dans l'histoire de ce livre, alors je me suis juste dit : « Waouh, l'auteur aime vraiment le gore. » et j'ai continué. Il y avait beaucoup de scènes où les personnages du roman semblaient moralement corrompus, au mieux, mais j'ai continué à lire.
Oui, c'était comme ça. J'ai commencé à me souvenir de certains passages flous du roman. Je faisais des rêves où je me souvenais du contenu du roman original, mais ils étaient assez flous.
« Maintenant que je le relis, ça donne une impression vraiment bizarre. »
Je n'ai pas pu m'empêcher d'être surprise, assise à côté de mon moi du passé et lisant avec elle.
D'abord, je savais que tous les personnages masculins étaient pratiquement fous, mais toutes les scènes de romance du roman semblaient incroyablement forcées.
Quand l'histoire avançait comme elle devait, toutes les répliques des personnages masculins collaient parfaitement à leurs personnalités. Mais pourquoi ça paraissait si différent dès qu'il y avait de la romance ? C'était faux, comme s'ils fourraient la romance de force dans la scène.
Le sang gicle partout, et puis « Je t'aime » ! On dirait qu'une bataille va éclater, mais il y a un baiser de nulle part ! Un truc dans le genre ?
En plus, cet auteur semblait détester Shuraina à mort.
Shuraina était écrite avec une telle méchanceté chaque fois qu'elle apparaissait. Bien sûr, ses répliques collait à la personnalité décalée de Shuraina, mais c'était juste bien plus méchant que nécessaire.
Elle était agaçante, mais c'était aussi un personnage pitoyable. Elle avait une confiance en elle démesurée et sans fondement, et si un homme montrait le moindre intérêt pour elle, elle pensait automatiquement qu'il l'aimait. Elle était remplie à ras bord de vantardise et de vanité, et elle agissait et parlait sans réfléchir.
…… L'auteur a vraiment écrit Shuraina comme une amibe. Quel culot.
Il y avait beaucoup de passages bizarres, étranges dans l'histoire, mais l'histoire en elle-même restait passionnante.
« Pourquoi, pourquoi la fin est comme ça ? Pourquoi tout le monde est mort ? Et qu'est-ce qui est arrivé à Hestia ? »
Mon moi du passé a sauté les passages où le sang giclait. Quand j'ai atteint la dernière page du roman, j'ai grogné et j'ai fait une petite crise.
Comme je m'en souvenais, Hestia ne finissait avec personne.
Hestia ne semblait pas plus intéressée que ça par l'idée de tomber amoureuse de l'un des personnages masculins. Vu comment Hestia et Cory étaient amis vers la fin, j'avais cru qu'elle avait une chance avec Cory, mais même Cory est devenu bizarre à la fin du roman.
Tous s'accrochaient à Hestia et l'aimaient, mais elle en a eu marre et elle est partie.
Et l'endroit où elle est allée, c'était la montagne derrière l'école ? Pourquoi la montagne derrière l'académie, Hestia ? Ça ne fait pas un peu nul ? L'histoire montait littéralement à la montagne.*
…… Enfin, même si la romance était un désastre et que l'histoire montait à la montagne, c'était incroyablement intéressant.
Mon moi du passé semblait misérable d'agacement après avoir fini le roman.
Ye-an a touché la couverture rigide et raide du livre avant de relire la fin une fois encore. Puis, elle a jeté légèrement le livre sur le comptoir de la caisse.
« Argh, c'est trop agaçant. Ça ne va pas. »
Quand j'ai fini de lire le roman, mon job à temps partiel s'est fini aussi. Le roman, c'était quelque chose que je lisais pour tuer le temps pendant qu'il n'y avait pas de clients, donc j'ai immédiatement tourné la page du roman quand l'heure de rentrer est arrivée.
Après avoir vérifié l'heure une fois, Ye-an a attrapé l'un des *onigiri* qu'elle avait mis de côté pour les jeter et en a mangé un pendant qu'elle se changeait. Elle a attaché ses cheveux touffus en queue de cheval et a relevé sa frange avec une pince avant de se lever, probablement pour aller aux toilettes.
Pendant que mon ancien moi allait aux toilettes, j'ai sorti le livre qu'elle avait mis dans son sac.
« Hestia et les Bâtards » avait un titre incroyablement enfantin, mais la couverture était magnifiquement, élaborément décorée. Il y avait un motif doré sophistiqué sur chaque tranche du livre. Un cercle doré tourbillonnait vers l'intérieur avant de s'épanouir comme des branches de vigne.
Peut-être à cause du motif élaboré. Peut-être à cause de sa couverture incroyablement épaisse, contrairement aux livres modernes. Mais on dirait un vieux livre. J'ai touché le papier légèrement jauni du bout des doigts avant de vérifier le recto et le verso du roman.
« Pas de nom d'auteur ni d'éditeur. » « Si tu achètes des billets pour un film d'horreur sans me le dire, je te tue. »
Mon moi du passé fixait misérablement un couple d'étudiants qui avaient les bras enlacés, encore en uniforme.
Puis, mon ancien moi a tourné la tête et s'est dépêchée de rentrer chez elle.
« Je ne suis pas jalouse. »
Ye-an a marmonné tout bas, les lèvres en avant, en fronçant les sourcils. Ses pas lents se sont accélérés. Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire amère en regardant mon ancien moi.