Bien sûr.
Il lui était impossible de tenir une telle promesse à une femme, d'ailleurs ce grand moine ne daignait même pas jeter un œil aux temples parfumés d'encens, comment aurait-il pu s'émouvoir pour une simple femme ?
Par la suite.
Yi Feng proposa encore bien d'autres conditions alléchantes, mais ce moine demeura de marbre.
Yi finit par renoncer.
C'était sans doute là l'attitude d'un vrai grand moine !
Errant dans le monde des mortels, sans s'y enliser. Tous les objets du monde et les futilités de la poussière ne pénétraient pas son regard.
Laisse tomber, laisse tomber.
Yi Feng abandonna aussi complètement l'idée de faire fléchir la pensée de ce grand moine capable de sortir des eaux boueuses sans s'y souiller.
S'il insistait, ne ferait-il qu'augmenter ses péchés ?
Amitabha.
Yi Feng conduisit Kun Peng à la cantine de l'île, où il restait encore quelques restes de repas.
Puis Yi Feng pria Kun Peng de s'asseoir et fit apporter un simple repas végétarien.
« Merci, bienfaiteur. »
Kun Peng sourit et dit.
« Ce n'est rien, mange », fit Yi Feng d'un geste désinvolte.
« En fait c'est pas mal ici, bienfaiteur. C'est juste que moi... »
Jettant un œil au plateau dans ses mains, Kun Peng s'expliqua doucement : « Je n'ai vraiment aucune motivation pour rester. »
« N'en dis pas plus, je comprends », dit Yi Feng avec indifférence.
Après, il y repensa aussi. Quand il avait fait ces promesses tout à l'heure, il s'était un peu laissé emporter. Combien de pièces faudrait-il pour bâtir vraiment ces temples et ces statues de Bouddha ?
C'était tant mieux que Kun Peng n'ait pas accepté, sinon Yi Feng en aurait eu les tripes vertes de regret.
Déjà qu'avoir un disciple c'était comme ça, s'il en avait cent, Yi Feng n'aurait vraiment plus aucun bon moment.
Un moment plus tard, Kun Peng se leva.
« Bienfaiteur, ce pauvre moine prend congé », dit Kun Peng en joignant les paumes, d'une voix douce.
« Bon voyage », Yi Feng se leva, prêt à le raccompagner.
« Restez, bienfaiteur. Je peux partir seul », dit Kun Peng doucement.
« Alors bon, je ne te raccompagne pas. Vas-y, il y a des bateaux au rivage », Yi Feng ne se fit pas prier non plus et parla légèrement.
Kun Peng fit un signe de tête à Yi Feng, puis se leva et partit.
« Ce moine... »
« Tout à l'heure il disait avoir l'estomac vide, pourtant il n'a pas touché une bouchée du repas. Quel bizarre », Yi Feng ne put s'empêcher de marmonner en voyant le bol et les baguettes que Kun Peng avait posés.
Mais il n'y prêta pas plus d'attention que ça, et continua d'arpenter l'île pour chercher encore la bourse qu'il avait perdue quelques jours plus tôt.
Les pas de Kun Peng étaient légers, et son visage portait toujours un faible sourire bienveillant.
Son regard doux balaya légèrement les alentours, et ne voyant personne aux environs, sa paume glissa lentement vers sa taille.
Un instant plus tard, une cuisse de poulet fut tirée de là.
« J'ai eu de la chance de mettre la main sur cette cuisse de poulet », marmonna Kun Peng, y croquant à pleines dents.
Un moment plus tard.
Il eut fini de ronger l'os jusqu'à le laisser blanc.
Après avoir jeté l'os nu, son regard balaya à nouveau les lieux.
Beaucoup de gens entrèrent dans son champ de vision.
Mais au premier coup d'œil, son attention se porta sur Madame Chen.
Ah...
Il secoua la tête.
Au second regard, son attention se porta sur une femme au bord de la rivière qui puisait de l'eau ; voyant ses deux cents jin, Kun Peng rota.
Puis il porta son regard sur les quelques autres femmes de l'île, et ne put s'empêcher de secouer à nouveau la tête.
« Amitabha. »
« Excellent, excellent. »
« Je pensais qu'il y aurait quelque chose de maléfique ici qui me permettrait d'exécuter la justice sur-le-champ. Il semble que j'en ai trop demandé après tout. Il n'y a rien pour moi ici, rien pour moi... »
Il soupira, désemparé, puis se tourna pour partir.
Mais après à peine deux pas, son corps s'arrêta net.
« Hmm ? »
Il écarquilla les yeux, surpris, regardant Zhong Qing qui était assis là, hébété, sous un arbre devant lui.
« Phew... »
« Maître, ce livre illustré est vraiment divin ! »
« Si cette position était faite avec Meng Tian... »
L'esprit de Zhong Qing était complètement absorbé par le livre illustré dans ses mains. Son petit visage rougeoyait, tantôt relevant la tête avec convoitise, tantôt la baissant pour jeter un œil à son pantalon.
Sans qu'il s'en aperçoive, un moine se tenait derrière lui, fixant intensément le livre dans ses mains.
« Quel trésor, quel trésor ! »
« Je n'aurais pas cru qu'il existe encore de si bonnes choses en ce monde. Surtout cette position, ça ouvre les yeux, et ça suscite une irrésistible envie d'essayer... »
Dévorant cette page illustrée des yeux, Kun Peng était au comble de l'excitation.
Alors, une voix digne sortit de sa bouche.
« Bienfaiteur, pourquoi vous adonner à de telles choses nuisibles à votre jeune âge ? » dit-il avec une droiture affichée.
Zhong Qing eut une frayeur terrible.
Il se leva immédiatement dans la panique, se retourna pour voir Kun Peng qui était apparu de nulle part.
« Je, je, je... »
Zhong Qing bégaya, le visage rouge de honte.
« Hélas, tu es encore jeune. Te vautrer là-dedans ne fera que ruiner ton corps et ton esprit. De telles choses nuisibles ne sauraient entrer dans mon regard, elles doivent être détruites... »
La voix droite et majestueuse sortit de la bouche de Kun Peng.
Sur ces mots, il arracha le livre des mains de Zhong Qing.
« Je vais le détruire. Va-t'en maintenant ! »
Il fit un signe de la main et dit.
« Oh... »
« D'accord... »
Trop gêné par l'affaire pour trop réfléchir, Zhong Qing sut qu'il ne pourrait plus montrer son visage après s'être fait prendre comme ça. Le visage écarlate, il s'enfuit en courant.
« Détruire ! »
Le coin de l'œil de Kun Peng suivit Zhong Qing qui s'enfuyait, tandis que sa bouche disait.
Sur ces mots, le livre s'ouvrit instantanément.
« Tsst ! »
« Quelle chose maléfique, terrrifiante ! Elle dépasse de loin mes attentes ! »
« Il semble que je doive trouver un endroit pour la raffiner et la détruire avec soin... »
Ayant dit cela, il referma le livre et sa silhouette disparut.
Peu de temps après, il s'affala paresseusement dans un coin ombragé de l'île. Mouillant son doigt de salive, il rouvrit le livre illustré...