« Alors tu peux commencer à préparer le dîner. »
Su Yuyang donna le dernier plat à Papa Liang. Il n'avait d'autre choix que de lui demander de faire le gros du travail pour le service.
Même si la distance entre la cuisine et la table à manger n'est que quelques pas, et que la famille Liu a aussi une domestique, Papa Liang prit quand même le travail en main.
Il n'y pouvait rien. S'il ne fait même pas ça, il ne pourra rien faire d'autre.
Papa Su est trop puissant, il n'avait aucune autre occasion de se montrer.
« Beau-frère, tiens, essuie ton visage. Tu viens d'avoir du mal à cuisiner. »
Liu Bujuan était déterminée. Elle avait pris sa décision et commençait à travailler pour atteindre son objectif : conquérir Su Yuyang.
Su Yuyang ne remarqua rien d'anormal, alors il prit la serviette et la remercia. Puis, il l'apporta à Liu Zizi et lui essuya la transpiration.
« Tu viens juste de rentrer, il faisait chaud dehors ? Ne marche pas trop par ce temps à l'avenir. J'engagerai un chauffeur pour toi. »
Il vanta ensuite les mérites de Liu Bujuan : « Ta sœur a spécialement préparé cette serviette pour toi. »
« Ah ? Vraiment ? Merci Bujuan. » Liu Zizi parla avec un air surpris.
À l'origine, elle n'avait aucun sentiment pour Liu Bujuan, et la détestait même. Après tout, Tommy avait mentionné Liu Bujuan auparavant, ce qui lui faisait détester cette cousine, qui était à l'origine de la famille de leur deuxième oncle, mais adoptée légalement comme sa sœur à présent.
Cependant, après l'avoir rencontrée en personne, elle découvrit que cette demi-sœur était vraiment pitoyable.
Surtout quand son père dit que c'était toute la bêtise de la deuxième tante et que cela n'avait rien à voir avec cette sœur. Maintenant, la fille n'avait plus ni père ni mère, et qu'elles étaient les seules parentes qui lui restaient.
En plus, elle n'avait que trois ans de plus que sa fille Yanran, donc en substance, elle n'était qu'une enfant. Comment pouvait-elle prêter à un enfant des pensées fourbes d'adulte ?
La culpabilité et la pitié la poussèrent à agir avec une grande gentillesse envers Liu Bujuan.
Il se trouva que Liu Bujuan avait un tempérament timide, toujours terrifiée par la façon dont elle se présentait. Une fois, elle l'entendit parler en dormant au milieu de la nuit, criant : « Vous ne devriez pas être si gentils avec moi, et si vous mouriez comme Papa ? »
Liu Zizi confirma que l'enfant se blâmait pour toutes les tragédies familiales qu'elle avait subies.
Elle en eut encore plus de peine pour elle.
Malheureusement, l'enfant refusait toujours de prendre l'initiative de se rapprocher d'elles.
Elle n'aurais jamais cru que la fille accepterait de s'occuper d'elle aujourd'hui.
« De rien. »
Liu Bujuan était contrariée. Qui voulait préparer une serviette pour cette femme ? Pourtant, en surface, elle chuchotait encore avec un sourire timide.
« Ton père n'est pas un salaud. »
Liang Jinxuan se tenait aux côtés de Su Yanran et parla à Su Yanran à voix basse.
« Ah ? »
Su Yanran resta stupéfaite. Quel scénario incroyable Jinxuan avait-il imaginé ?
« Ta belle-sœur trame quelque chose. Elle n'a pas réussi à t'amadouer, alors maintenant elle drague ton papa. Heureusement, ton papa n'aime que ta maman, et il lui a tendu la serviette. Dommage que ta maman soit trop bête pour voir à travers cette mise en scène de lotus blanc et qu'elle la trouve si gentille ! Regarde son faux sourire, il est forcé, mais ta maman n'a même pas remarqué ! »
(Note : lotus blanc = faire semblant d'être une beauté pure, gentille et bienveillante, alors qu'on manigance en réalité.)
Ironiquement, Jinxuan avait deviné la vérité, mais pour des raisons complètement différentes.
« D'accord… Mais pourquoi ferait-elle ça, au juste ? »
Su Yanran était sans voix, c'est acceptable ? Elle trouvait en fait que ça avait un certain sens, pourrait-il être qu'après avoir passé du temps avec Jinxuan, elle allait devenir une experte en drames ?
« Pour la bouffe ! Tu ne vois pas ? Elle fixait ton papa quand il cuisinait, et elle est venue quand tu avais des biscuits dans la main. Tout ça pour avoir un bol de riz en plus au moment de manger ! Elle est vraiment trop calculatrice ! »
« … »
Tu crois que le monde entier est comme toi et ne sait que manger ?!!
Il faut qu'elle ait pété un câble pour trouver que les paroles de la gourmande avaient du sens !
Elle se sentit sans voix quand elle y pensa.
Liu Zizi, de son côté, ne connaissait pas les petites manigances de sa fille et de Liang Jinxuan, mais elle s'approcha quand elle vit Liang Jinxuan. Comparée à Liu Bujuan, elle préférait Liang Jinxuan. Il faisait toujours semblant d'être un petit adulte.
Ah, si seulement ce petit gras était son fils.
Bien que sa fille soit très mignonne, ça ne l'empêchait pas d'adorer le petit gras.
Il mangeait tout ce qu'on lui donnait. Le regarder manger lui donnait toujours envie de manger un bol de riz de plus.
De plus, son mari et sa fille sont toujours si exaspérés et impatients avec le petit gars dodu, toute la scène était juste trop mignonne.
Elle aimait particulièrement regarder son mari sérieux et sa fille devenir muets et ne pouvoir s'empêcher de gâter le petit gras.
« Petit Xuanxuan, tu viens voir notre Yanran ? »
« Oui, belle sœur. Je suis revenu encore ! »
La bouche de Liang Jinxuan était trop sucrée quand il parlait. Depuis qu'il connaissait Liu Zizi, l'objet de ses louanges outrancières avait changé.
« Belle sœur, tu es en fait la mère de Yanran ? Quand je t'ai vue pour la première fois, je n'arrivais pas à y croire. Comment aurais-tu pu donner naissance à une telle Yanran ? Tu es évidemment une fille de seize ans seulement ! »
« Belle sœur, es-tu vraiment une actrice aussi puissante ? Je dis, ce serait dommage qu'une beauté comme toi ne devienne pas actrice pour satisfaire les yeux de gens ordinaires comme nous, la lune en pleurerait !! »
(Note : quelqu'un gifle ce gamin avant que je ne le fasse… !)
« Belle sœur, Yanran est aussi classée comme la plus belle de notre école. C'est sûr, seule une maman comme Belle Sœur aurait pu donner naissance à une aussi belle Yanran ! Cependant, comparée à Belle Sœur, Yanran n'a pas encore mûri. Si j'attends que Yanran grandisse et ait un dixième de ta beauté, tous les garçons de notre ville en souffriraient ! »
« Sale gosse ! Appelle-la Tatie, c'est quoi ce délire de sœur ?! »
Papa Liang gifla Liang Jinxuan sur la tête. Merde, au lieu d'appeler Papa Su Oncle, il l'appelle Papa Su, et sa femme Belle Sœur. C'est no wonder qu'après tout ce temps à traîner chez les Su, il n'ait même pas réussi à comprendre qui il était vraiment censé flatter.
« Papa, tu as une telle bouche stupide. Tu ne sais même pas plaire à une fille, no wonder qu'une femme aussi moche que Maman veuille bien t'épouser, me faisant si peu attirant. »
Liang Jinxuan se couvrit la tête avec rancœur et regarda son propre père.
Tu ne vois pas qu'il essaie de sauver la situation ? Après avoir amadoué Belle Sœur, Papa Su posera-t-il encore problème ?
« Oh, Frère Liang, les enfants sont naturellement désobéissants. Inutile de les battre, il suffit de les affamer. »
La voix de Su Yuyang résonna, bien que très douce, mais Liang Jinxuan sentit un vent froid lui souffler dans le dos, le faisant frissonner en plein été.
Attends, qu'est-ce qu'il vient d'entendre ? L'affamer ?!
Pourquoi ?!?
Malheureusement, tous les gens présents furent amusés par son expression désespérée d'avoir été frappé par la foudre, et personne ne se souvint de parler pour lui.
Même son père, qui s'était déméné le cul pour prendre une position favorable, ne se souciait pas de lui en tant que fils.
Cette nuit-là, Liang Jinxuan crut qu'il pourrait perdre dix livres parce qu'il avait raté une table pleine de grands plats !
Ses parents, mangeant joyeusement le grand repas cuisiné par Papa Su, ne pensèrent même pas à lui en donner ne serait-ce qu'un avant-goût. Il n'était probablement pas né, il a dû être trouvé et adopté !
« Bon, ça c'est pour toi. N'essaie pas de flatter n'importe qui à l'avenir. Flatter les mauvaises personnes peut parfois se retourner contre toi. »
Après le dîner, Su Yanran vint avec la nourriture que son papa lui avait donnée pour la donner à Liang Jinxuan, et lui dit cela.
« Wouhouhou, Yanran… Tu es vraiment la seule qui me traite le mieux… Et si tu m'épousais ? Épouse-moi pour que Papa Su ne me fasse plus ça. »
« Sale gosse, tu aimes la bouffe à ce point ? »
Su Yuyang pensait à l'origine que ce garçon serait honnête et bien après un repas à jeun, mais inattendu, il pensait encore à demander sa fille en mariage.
Sa fille était si jeune, et tu veux déjà la piquer ? Rêve !
« Non non ! Papa Su ! Tu as mal entendu. J'ai dit que la nourriture cuisinée par Papa Su était si délicieuse que j'irais au ciel joyeusement rien qu'en la sentant, même si ce n'étaient que des restes ! Si je pouvais en manger des frais avec vous la prochaine fois, je deviendrais peut-être un immortel. »
Le fort instinct de survie enfantin de Liang Jinxuan le poussait à flatter les gens par instinct.
Su Yuyang l'interrompit précipitamment quand il vit que le gamin allait recommencer à flatter sans arrêt.
« Oublie, mange juste. »
Quels restes, c'est évidemment ce qu'il lui avait spécialement réservé avant, ne deviendrait-il pas l'Empereur de Jade s'il le mangeait ?
Oublie, puisqu'il a décidé de laisser sa fille se développer librement avec ce petit gras, il ne l'abusera pas. Et si sa fille protégeait ce gamin et se battait contre lui à l'avenir ?
C'est juste que parfois il ne peut s'empêcher de vouloir le taquiner quand il le voit agir avec tant de gourmandise.
Eh bien, en tant que futur beau-père, il faut que ton gendre ait peur de toi, pour qu'il n'embête pas ta fille.
Ce n'est pas comme s'il ne pouvait pas résister à le taquiner juste parce qu'il était mignon.
« Toi, arrête d'embêter le gamin tout le temps. Regarde Petit Gras, il a maigri. »
Liu Zizi vit à travers les petites pensées de son mari et ne put s'empêcher de le piquer à la taille pour parler en faveur de Liang Jinxuan.
« Maigrir est mieux pour lui de toute façon. Tu n'as pas vu ses parents dire qu'il a meilleure allure après avoir jeûné deux ou trois repas ? »
Su Yuyang avait l'excellent bouclier du couple Liang, donc il était sans culpabilité.
« Pfft, je suis sans voix face à eux deux. No wonder que Gras soit si drôle, ses traits ont tous été transmis dans ses gènes. Comment pouvez-vous vendre votre propre fils aussi décisivement pour de la bouffe ? Petit Gras est vraiment pitoyable. En tant que Tatie et Belle Sœur, je devrai m'occuper de lui comme il faut à l'avenir. »
Liu Zizi se couvrit la bouche et rit.
« Pas question ! Je m'en fiche si ma fille me vole ma femme, mais c'est quoi ce gamin gras en plus ? Je dois redorer mon statut de mari ce soir et te faire savoir où réside mon charme ! »
Su Yuyang tendit la main et attrapa la taille de Liu Zizi.
« Ah ! Je n'ai rien vu !! »
Crac, le bol se brisa.
À l'origine, Liang Jinxuan avait fini le grand bol de nourriture rapidement. Il tenait le bol et voulait aller dans la cuisine voir s'il y avait d'autres restes.
Au final, il y eut la scène de Su Yuyang enlacant Liu Zizi dans la cuisine et essayant de l'embrasser.
Il étendit les mains pour se couvrir les yeux, et le bol qui était dans ses mains se brisa naturellement.
Liu Zizi ne put s'empêcher de rire.
Su Yanran : « … »
Su Yuyang : « … »
Pourquoi y a-t-il un gras aussi stupide dans ce monde ?
Liang Jinxuan, le petit gras, se couvrit réellement les yeux et s'éloigna lentement le long du coin. Tout à l'heure, le bruit du bol était si fort. Ce serait mauvais si Grand-père et Grand-mère Liu descendaient.
Seulement à mi-chemin de la fuite, il remarqua que Su Yanran était toujours là, sans intention de partir, et revint en courant pour la tirer.
« Tu comptes rester une ampoule ici jusqu'à quand si tu ne pars pas ? »
(Note : être une ampoule = être la troisième roue / quelqu'un qui traîne inutilement / distrait les autres sans raison.)
Après avoir dit ça, il tira Su Yanran et s'enfuit, n'oubliant pas de lancer une phrase à Su Yuyang.
« Continue, continue ! »
« Pfft… hahahaha… »
Liu Zizi éclata de rire jusqu'à se plier en deux, c'était si drôle que son mari en fut réduit au silence.
Comment peut-il y avoir un enfant aussi mignon et drôle que Liang Jinxuan dans ce monde ?
Su Yuyang attrapa la main de Liu Zizi et la prit dans ses bras.
« Tu ris encore ? Tu n'as pas assez mangé de côtes de porc braisées aujourd'hui ? »
« Eh bien… »
Les mots que Liu Zizi voulait dire furent tout simplement avalés…