La nuit était avancée, au Palais Platine.
Après avoir raccompagné Ning Xi jusqu'à son appartement, Lu Tingxiao reçut l'appel de Mo Lingtian dès qu'il fut rentré chez lui.
On entendait à sa voix qu'il avait beaucoup bu. Il bredouillait même, hurlant pour qu'il vienne boire chez lui. Au milieu de la phrase, un « bam » retentissant se fit entendre. Puis plus rien ; il avait dû s'effondrer.
Lu Tingxiao fronça les sourcils. Il n'eut d'autre choix que de saisir ses clés de voiture et de foncer chez Mo Lingtian.
Hélas, à peine arrivé devant la porte de ce dernier, il aperçut l'homme étalé dans la neige, sur le pas de la porte...
S'il n'était pas venu, il y serait probablement resté la nuit entière.
Lu Tingxiao se pinça le front et souleva le gaillard.
Au moment où Mo Lingtian fut hissé, cette bouche qui empestait l'alcool se rapprocha du corps de Lu Tingxiao. « Ziyao... Ziyao... »
Avant que Mo Lingtian ne puisse l'embrasser, Lu Tingxiao dit vite : « Tu veux crever ? »
Entendant cette menace glaciale, Mo Lingtian reprit instantanément conscience. « Putain ! Pourquoi c'est toi ?! »
Puis il fit la moue en marmonnant : « C'est juste un baiser. Faut faire une tête d'enterrement ? Je suis pas une femme, moi... »
Lu Tingxiao lui déboutonna le col et, l'air impatient, l'aida à entrer dans la maison.
Mo Lingtian s'affala sur le canapé comme une poisson mort, les yeux fixés sans vie sur le lustre au-dessus de lui. « Lu Tingxiao, tu sais... j'aime Ziyao... »
Lu Tingxiao le regarda, sans dire un mot.
« Ha, c'est n'importe quoi... cette année-là, j'ai quitté l'armée plus tôt pour elle, de peur qu'en mon absence, tu te la fasses. Résultat, même si je n'ai pas quitté son côté une seconde, même si je l'ai poursuivie jusqu'à l'étranger, elle n'a jamais été à moi... »
Cette année-là, quand Guan Ziyao était partie à l'étranger avec sa famille, il avait immédiatement obtenu une mutation et y était resté trois ans entiers. Il n'était rentré que sur la pression de sa famille et, pendant toute cette période, il lui rendait fréquemment visite à l'étranger, sans jamais couper le contact.
Elle était enfin revenue au pays, et ce qu'il récoltait, c'était un désespoir total.
Mo Lingtian divagua longuement, puis il se tourna enfin vers Lu Tingxiao et demanda : « T'as déjà aimé Ziyao ? S'il n'y avait pas eu le petit lapin, tu te serais mis avec elle ? »
L'expression de Mo Lingtian trahissait sa nervosité.
« Non. » Lu Tingxiao ne sembla pas hésiter une seconde.
Mo Lingtian serra le poing. « Vraiment ? Tu oses dire que t'as jamais aimé Ziyao ? Vous êtes compatibles sur tous les plans ! »
« Avant de la rencontrer, je n'ai jamais aimé qui que ce soit. »
Quant aux sentiments de Guan Ziyao pour lui et aux siens pour Mo Lingtian, il n'y avait aucune différence.
« Salaud, t'es vraiment cruel... »
L'attention de Ziyao était toujours portée sur lui, donc il l'avait considéré comme son plus grand rival, alors que ce type était resté un étranger du début à la fin...
Pourtant, l'attitude de Lu Tingxiao fit naître un espoir en lui.
Tandis que Mo Lingtian restait hébété, Lu Tingxiao sortit un petit carnet de cuir noir de la taille d'une paume et le lui lança. Puis il fit demi-tour et partit.
« C'est quoi, ça ? » Mo Lingtian ramassa le carnet et l'ouvrit pour regarder.
La seconde d'après, ses yeux s'écarquillèrent et il serra ce carnet comme s'il tenait la Bible...
À l'intérieur, une écriture familière, griffonnée à la va-vite par Lu Tingxiao.
Et le contenu recensait toutes les grosses erreurs commises par Mo Lingtian toutes ces années dans sa quête pour conquérir Guan Ziyao.
Merde, ce salaud n'avait jamais soufflé mot. Depuis quand il avait préparé ça ? »
Bien sûr, il ne pensait pas que ce mec l'avait fait juste par fraternité...
Il avait même lui-même éliminé les rivaux amoureux du petit lapin...
C'était trop sauvage...
« Putain ! Espèce de con, pourquoi tu me l'as pas donné plus tôt ??!! » Depuis le pavillon, on entendit Mo Lingtian hurler de toutes ses forces...