L'instant où il aperçut la jeune fille, le visage figé de Lu Tingxiao se fissura net. « Ning Xi... »
Quelques heures seulement s'étaient écoulées depuis l'appel de Jiang Muye, mais cela lui parut durer plusieurs vies.
Il l'avait enfin retrouvée !
Quand il entendit les mots de Ning Xi, l'homme aux cheveux argentés ne put plus garder son calme. Exaspéré, il se tourna immédiatement pour l'engueuler : « "Moi", mon cul ! Remonte ! Tang Ye, emmène-la ! »
Il fut instantanément agacé par elle.
Comment osait-elle le tromper sous son nez ?! Elle allait vraiment à l'encontre de ses souhaits, maintenant !
Feng Jin toussota légèrement, Feng Xiaoxiao se frotta le nez, interdite, et leva les yeux au ciel d'un air innocent. Tang Ye avait l'air d'avoir tout prévu : sur l'ordre de Satan, il alla démarrer le moteur.
En regardant le décor défiler à toute vitesse par la vitre et sa distance d'avec Lu Tingxiao augmenter, Ning Xi se pencha anxieusement par la portière et s'écria d'une voix déchirante : « Je ne veux pas partir... Je ne veux pas... »
Patron, sauve-moi... sauve-moi...
Devant le petit minois misérable de la jeune fille, Lu Tingxiao sentit son cœur se serrer et une joie indicible l'envahir.
N'était-ce pas cet homme aux cheveux argentés celui qu'elle aimait ?
Pourquoi avait-elle reconnu alors... qu'il était son mari ?
Se disputaient-ils ? Ou...
L'homme aux cheveux argentés lutta pour contenir sa colère qui menaçait de lui échapper et répondit sur le ton le plus désinvolte possible : « Hein ! Quand mon bébé était en danger, où étiez-vous ? Je l'ai sauvée et maintenant vous arrivez pour récolter tous les lauriers ? »
« Mon bébé ? » À ces mots, Lu Tingxiao coupa court à toute la tendresse qu'il éprouvait et dit d'une voix impassible : « Qui ma femme doit-elle remercier pour le danger ? »
« Toi... » L'homme resta sans voix.
C'était vrai : Augustine ne s'en était pris à Ning Xi que pour l'atteindre lui, et s'il n'avait pas prévu de la rencontrer ici, elle n'aurait couru aucun danger.
On ne sut pas ce qui lui passa par la tête, mais il devint suspicieux et se tourna vers Feng Xiaoxiao : « Depuis quand la gamine a-t-elle changé son nom en Nei Ren [1] ? »
Feng Xiaoxiao sentit un filet de sueur froide lui couler le long du front en répondant : « Euh, Patron, "Nei Ren" n'est pas un nom. C'est une façon de s'adresser à votre femme, en gros... en gros, ça veut dire "ma femme"... »
L'homme aux cheveux argentés rugit aussitôt : « Quoi ?! Mon cul ! C'est officiel maintenant ? Tu es "Nei Ren" ! »
Voyant que Madame Lu était saine et sauve, le Capitaine put enfin souffler un peu et continua d'exhorter Satan : « Laissez partir Madame Lu. Tout peut se négocier, c'est tout ce que je peux dire. Si vous continuez à ne pas écouter, ne nous en voulez pas d'user de la force ! »
« Hah, c'est mon vœu le plus cher. » Non seulement l'homme aux cheveux argentés ne recula pas, mais il parut même plus excité. Ses yeux brun clair restaient rivés sur Lu Tingxiao comme ceux d'une bête.
Feng Xi fronça les sourcils et dit : « Satan, tu ne peux pas ! Le bateau arrive bientôt. Nous pouvons partir immédiatement, il n'y a pas besoin de conflit avec eux à un moment comme celui-ci ! »
Il était évidemment farouchement opposé à l'idée de compromettre les plans pour la femme. Il avait déjà désapprouvé le plan précédent d'aller au clash avec Augustine en déployant une telle force, craignant qu'un grain de sable ne vienne gripper la machine. Hélas, la situation s'était révélée bien pire que ses pires prévisions !
« Satan, fais un pas en arrière et le vent se calmera, les vagues s'apaiseront. Laisse-leur la avoir d'abord. Nous pourrons toujours... »
« Ferme-la ! »
Impuissant, Feng Jin se tourna vers Feng Xiaoxiao pour quémander de l'aide.
Feng Xiaoxiao haussa les épaules, d'un air voulant bien faire mais incapable d'agir. Elle ne comprenait pas pourquoi, chaque fois que ce type tombait sur quelque chose liée à Lu Tingxiao, il ne rêvait que d'en venir aux mains. Et cette fois, c'était la Petite Sœur cadette qui était en jeu, donc c'était peine perdue, quel que soit l'intervenant.
Note : [1] 内人 (Nei Ren) : Terme pour s'adresser à quelqu'un comme sa femme.