Cette attaque éclair n'avait duré que trois secondes à peine.
La blonde qui ne cessait de lécher les bottes, le grand maigre qui brandissait son téléphone pour filmer vulgairement le spectacle, et le pervers costaud... Tous les subordonnés autour d'eux, matériel à la main, restaient pétrifiés comme des statues de Méduse !
Après avoir fourré le minuscule engin dans l'estomac de l'homme, Ning Xi n'en fit plus cas et le repoussa comme un déchet. Elle alla ensuite, d'un pas tranquille, vers le siège en fourrure de tigre où le chef tatoué était assis peu avant. Elle yposa négligemment les jambes et passa tout le monde au crible d'un regard paresseux.
« Mon dieu ! »
« Cette salope ! »
« Attrapez-la ! »
...
À cet instant, les subordonnés stupéfaits reprirent enfin leurs esprits et tous hurlaient en se ruant vers elle.
Ning Xi les regarda venir avec une décontraction insultante. Au milieu des clameurs meurtrières de la foule, elle leva sa main pâle, et entre ses doigts brillait un petit dispositif rouge qui ressemblait à un interrupteur.
« Tous, revenez ! Revenez ! » Derrière eux, le chef tatoué hurlait de toutes ses forces, puis s'effondra aux pieds de Ning Xi, terrifié à en perdre la raison. « Non ! Non, non, non ! Ne touchez pas ! C'est dangereux... Dangereux... »
Le chef pleurnichait et beuglait, les doigts enfoncés dans sa gorge dans une tentative désespérée de vomir ce qu'il avait avalé. Peine perdue : l'objet semblait avoir pris racine dès son entrée, il ne parvenait pas à le déloger, quoi qu'il fasse...
À cette seconde, tous les autres furent saisis de terreur en apercevant l'interrupteur dans la main de Ning Xi. Ils reculent instinctivement de quelques pas.
L'homme avait avalé une micro-bombe. Une fois dans l'estomac, elle se fixait automatiquement à la paroi gastrique. minuscule, elle n'en avait pas moins une puissance capable de pulvériser un être humain sitôt l'interrupteur actionné.
Et maintenant, cet interrupteur qui tenait sa vie entre ses doigts était dans la main de la femme.
Elle portait une petite robe mignonne et jolie. C'était visiblement la même personne, pourtant l'aura qu'elle dégageait maintenant n'avait plus rien à voir. Son expression n'avait rien de glacial. Elle esquissait même un sourire moqueur, à peine perceptible, et pourtant il eut l'impression de faire face au diable en personne.
Même s'il n'était qu'un chef de sous-section, il conservait assez de lucidité pour juger. A posteriori, toute la séquence — lui arracher son pistolet et le forcer à avaler la bombe — relevait de compétences qu'aucun individu lambda ne possède. Même si elle avait fait de la cascade et possédait des bases en combat, elle n'aurait jamais pu aller aussi loin...
Surtout, sa façon de tenir l'arme... Un seul coup d'œil montrait qu'elle était rodée !
Elle connaissait même le maniement de ces armes dernières générations comme sa poche. Comment une personne normale aurait-elle su que c'était une bombe ?
Bordel de merde ! Sur quel genre de personnage étaient-ils tombés ?
Le chef n'eut pas le temps de trop réfléchir. Tétanisé, il fixait le détonateur dans la main de la femme et se mit à supplier, sans le moindre souci de sa dignité. « Grande sœur... »
Les yeux de Ning Xi se plissèrent. « Hein ? Qu'est-ce que tu m'as appelée ? »
« Grande... Non, non, non ! Grande tante ! J'ai eu les yeux fermés sur votre importance et votre grand talent. Soyez magnanime ! Cet engin, on ne peut pas en jouer n'importe comment ! »
Un éclat passa dans le coin de l'œil de Ning Xi. Elle se leva et envoya un coup de pied dans la blonde qui tentait de s'emparer du dispositif. « Tsk, chef, on dirait que quelqu'un veut que tu crèves plus vite ! »
« Salaud ! Tu cherches la mort ?! Personne ne bouge ! » Le chef grogna, puis donna à son tour un coup de pied à la blonde, déjà sonnée par celui de Ning Xi.
Puis il examina à nouveau Ning Xi avec circonspection. « Grande tante, j'ai tort... Je sais vraiment que c'est ma faute... Je vais vous raccompagner maintenant. Ça vous va ? »
Ning Xi fit tournoyer le détonateur sous le regard apeuré du chef et pouffa. « Me raccompagner ? »
« Oui, oui, oui... »