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He's My Real Brother, Duke

Chapitre 1 : La sauveuse du duc Anais

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Chapitre 1

Chapitre 1 : La sauveuse du duc Anais

Chapitre 1/1100%~10 min de lecture1 891 mots

L'odeur du sang, qui s'attardait dans mes narines, une peinture rouge comme du sang qui maculait le drap de lin blanc.

Un homme dont le corps était bien trop grand pour mon petit lit.

Les lèvres fendues, les bras marqués d'une profonde cicatrice d'origine inconnue.

J'abattis le couteau que je tenais vers l'homme allongé sur le lit.

« C'est fini. »

Il m'avait fallu longtemps pour en venir à bout.

Je posai mon couteau sur la table de chevet et essuyai vite la sueur froide qui me coulait du front.

Puis je l'observai avec attention. Je tremblais, l'angoisse au ventre, et mon cœur battait affreusement fort sans que je parvienne à me calmer.

Si quelqu'un avait vu cette silhouette suspecte et ce décor, il aurait cru à un enlèvement suivi d'un meurtre.

C'était évident.

... Bien sûr, je serais bien incapable d'enlever qui que ce soit.

C'est seulement que je suis une bonne guérisseuse et que j'ai voulu sauver le duc Anais, blessé devant ma maison.

J'ai porté le duc jusqu'au lit et j'ai même achevé de le soigner : me voilà donc devenue sa sauveuse.

Et ce couteau que je tenais servait lui aussi aux soins, à découper les compresses, rien de plus !

Je murmurai doucement en essuyant du dos de la main le front du duc inconscient.

« Vous ne m'entendez peut-être pas, mais... les soins sont terminés. »

Par chance, la fièvre était tombée et la plaie soignée.

Cela dit, la raison pour laquelle cet homme, dont le roman vantait la puissance écrasante, s'était retrouvé blessé à ce point restait un mystère.

Mais s'il s'était évanoui, cela semblait dû à un débordement de sa mana : je lui avais donc préparé un remède particulier et le lui avais fait avaler.

Maintenant, j'étais entièrement soulagée que les soins se soient bien passés.

Avec un soupir de soulagement, je scrutai son visage.

Il était bien le Dieu de la nuit, et il inspirait confiance.

Comme le ciel nocturne, ses cheveux noirs paraissaient ce qu'il avait de plus doux.

De longs cils qui projetaient leur ombre, un nez droit et un léger creux sous les pommettes lui composaient un air plus tranchant encore.

Même ces yeux fermés, j'avais l'impression qu'ils auraient pu tout saisir d'un seul regard.

Ses yeux, pourtant, restaient voilés par ses cils épais.

« Il faut que vous alliez mieux. D'accord ? »

Je devais terminer le traitement.

Tandis que je glissais sans encombre le somnifère entre les lèvres de cet homme, je songeai : 'Mon Dieu !'

« Parce que cela fait plus de trois ans que j'attends ce jour, rien que pour vous sauver ! »

Bien sûr, j'avais beau vouloir voir les choses du bon côté, je ne pouvais rien contre la fatigue physique.

C'était peut-être d'avoir travaillé toute la journée, ou peut-être d'avoir lutté pour traîner cet homme grand et lourd jusque dans la maison.

« ... Il ne me reste que cinq minutes de sommeil. »

C'est ce que je me dis, et je commençai à somnoler.

Devant le lit, pendant qu'il se remettait.

J'avais décidé de ne dormir que cinq minutes, mais je ne pus rien contre la fatigue accumulée dans mon corps en si peu de temps.

Je dormis profondément, et je rêvai.

Dans mon rêve, mon passé se déroula comme un panorama.

Ce n'était pas par hasard que j'avais sauvé le duc Anais ce jour-là.

Je savais d'avance qu'il tomberait dans l'herbe, à une dizaine de mètres du Premier centre de soins, hors du Château ducal du Nord.

Le duc, parti seul chasser les monstres, avait été contraint de s'écrouler devant une petite maison de rondins, dans la forêt, à cause d'une instabilité de sa mana due aux séquelles de la dernière guerre contre les monstres.

C'est ainsi que la responsable de l'antenne voisine avait fini par le sauver.

Le duc Anais emmène alors cette responsable au château et lui accorde ce qu'elle demande.

La raison pour laquelle je savais tout cela était simple et limpide.

Ceci était un roman de fantasy, « Vengeance sanglante ».

J'avais été réincarnée en Astel, la petite sœur de Cassian, le héros du roman.

Malheureusement, dans ce roman, le destin d'Astel et de Cassian s'achevait sur une fin tragique et sombre.

Nous étions nés dans la famille du comte Vietry, la plus prestigieuse lignée de mages de l'Empire, mais notre famille avait été accusée à tort et anéantie.

Nos parents avaient tristement sacrifié leur vie pour nous, en usant d'une magie de dissimulation interdite que nul ne pouvait remonter.

Grâce à cela, nous avions survécu de justesse au bain de sang.

Mais que pouvaient faire de petits enfants qui ne savaient rien ?

Notre enfance fut difficile, triste et sans recours.

La faim était notre ordinaire, et il m'est arrivé de mendier, de prier pour un peu de chance et de recevoir des coups.

Heureusement, comme mon frère avait trouvé une place de palefrenier, nous pouvions manger, ne fût-ce que des carottes souillées, un repas par jour.

Nous étions tout de même heureux d'être en vie. Après tout, chacun connaît ses épreuves.

Mais, à mes dix ans, l'ennui commença le jour où je compris que j'étais la réincarnation d'un personnage de ce roman.

« Le genre, c'était la vengeance, et même la fin était triste ? »

D'après l'histoire d'origine, Cassian, qui grandissait avec sa petite sœur, cherchait à venger nos parents.

Il finissait par démasquer l'identité de quelques-uns des espions qui avaient anéanti le comte Vietry, et l'accusation était levée.

Mais, alors qu'il croyait tenir sa fin heureuse...

Cassian mourait au bout du compte de la main du Vilain final, dont il n'avait même pas soupçonné l'existence.

Quant à Astel, elle se faisait attaquer et tuer alors qu'elle élevait le neveu que son frère lui avait laissé.

Le roman s'achevait dans l'amertume, sans qu'on sache jamais qui était ce Vilain final.

Voilà le destin qui nous attendait.

Quand je compris que je venais d'être réincarnée, l'avenir me fit si peur que je pleurais en marchant et en mendiant.

« Astel ! Nous sommes des mendiants, alors il faut travailler. Tu ne peux pas pleurer sans arrêt. »

« Grand frère, et si nous étions condamnés à mourir ? »

Cassian répondit calmement à ma question désespérée.

« Cassian, espèce d'idiot. Tu ne sais rien du tout ! Va-t'en ! »

Il riait sans savoir qu'il était voué à mourir, ni que je vivrais ensuite une vie misérable, seule avec mon neveu !

Alors qu'il avait l'air tendu, ses paroles me valurent une révélation extraordinaire.

« Malgré tout... j'aime bien l'idée que si la fin est mauvaise, il faut la changer. »

Si j'attrapais et tuais le Vilain final que Cassian n'avait pas su prendre...

Je lui ferais manger de la soupe de carottes empoisonnée jusqu'à ce qu'il en meure. Je lui en ferais avaler jusqu'à ce que son ventre éclate et qu'il crève dans d'atroces souffrances !

Après quoi, je préparerais notre vengeance. Et il en allait de même pour mon frère, bien sûr.

« Je veux passer l'examen d'entrée des Chevaliers du Temple. »

« ... »

'Attends seulement dix ans. J'arracherai ces accusations qui pèsent sur notre famille et nous vivrons dans une belle maison, avec de jolis vêtements.'

Mon frère ne me disait pas grand-chose de sa vengeance.

Il renaquit pourtant en héros de l'Empire.

Cassian reçut un titre de noblesse et des relations bien informées. Je savais déjà qu'il chercherait la vérité en rencontrant des gens d'une guilde clandestine.

Il me laissa dans un village reculé et s'engagea sur un chemin d'avenir tout hérissé d'épines.

« Qu'est-ce que c'est que cette tête ! »

« C'est juste que... »

« Parce que je ne suis pas assez bon ? »

« Oui. Tu n'es pas assez bon... »

Mon frère eut l'air abasourdi, mais je n'y pouvais rien.

Après tout, s'il échouait, nous mourions tous.

Il n'y avait donc qu'un seul moyen de renverser cette fin tragique.

À l'insu de mon frère, je l'aiderais à découvrir qui était le Vilain final !

C'était à cette seule condition que nous pourrions vraiment survivre.

Je me remémorai plusieurs indices semés dans le roman, où le Vilain n'était jamais dévoilé jusqu'au bout.

D'abord, il n'était pas impossible de savoir exactement quels espions s'étaient infiltrés dans notre famille.

Car quelques-uns des indices les plus importants étaient donnés.

Des trois espions qui avaient fabriqué de fausses preuves faisant du comte Vietry un traître, l'un était un humain et les deux autres des Métamorphes.

Et il était établi qu'après avoir anéanti notre famille, ils s'étaient réfugiés chez le duc Anais.

Si je les attrapais tout de suite, que je découvrais l'identité du Vilain final et que je réglais son compte sur-le-champ...

Alors nous atteindrions une fin heureuse.

Le problème, c'est qu'il n'était pas facile d'entrer au Château ducal d'Anais.

Il y avait à cela des raisons politiques complexes. Dans le nord de l'Empire, tout le duché d'Anais était la terre des Métamorphes.

Les Métamorphes haïssaient les humains, qui les avaient jadis réduits en esclavage, et ils menaçaient les étrangers qui posaient le pied sur leurs terres.

Quelques humains y avaient d'ailleurs trouvé la mort.

Bien sûr, il fallait bien que certains humains puissent entrer au Château ducal du Nord.

D'abord, je devais obtenir une place au centre de soins du duc, au terme d'un long chemin.

Mais les choses se présentaient différemment pour le duc, pour les familles vassales et pour le Château ducal, où résident les Métamorphes.

C'était un château dangereux, où les personnes non autorisées ne pouvaient ni entrer ni sortir, fussent-elles gardes.

Le Château ducal du Nord était un lieu où un humain qui tentait de se glisser à l'intérieur se faisait aussitôt trancher la gorge par la magie qui entourait les murs.

Comment une humaine comme moi pourrait-elle entrer au château sans mourir et les espionner sans éveiller les soupçons ?

Après avoir longtemps travaillé au centre de soins, j'avais fini par trouver un bon moyen.

Devenir celle qui a sauvé la vie du duc Anais !

Être sa sauveuse et entrer là-bas sans verser une goutte de sang dans le duché, ce sont peut-être deux choses différentes.

Au moment où je pris conscience du contenu de mes rêves, j'ouvris les yeux comme si je sortais d'une partie.

Je regardai aussitôt autour de moi, affolée : le duc, que j'avais soigneusement couché sur le lit, avait disparu.

Peut-être que tout n'était pas vrai dans mon rêve ?

Ou alors, contrairement à l'original, le duc Anais était parti sans rien accorder à celle qui l'avait sauvé... !

J'étirai les épaules et me pressai les yeux, et j'entendis alors une voix douce derrière moi.

« C'est vous qui m'avez sauvé ? »

Le ton était d'une raideur effrayante pour prononcer les mots « qui m'avez sauvé », mais cette voix grave était si suave que j'en fus troublée.

Je tournai la tête et regardai derrière moi comme envoûtée.

Nos regards finirent par se croiser.

Cheveux noirs, yeux bleutés.

C'était le duc Anais, celui que j'avais sauvé.

Le maître de tous les Métamorphes du Nord.

Pourtant, hormis le titre de duc Anais, la vérité sur sa race restait inconnue : c'était une figure mystérieuse du Nord, que l'on disait bête dangereuse.

Et maintenant, il était mon unique moyen d'entrer au Château ducal !

Vous êtes à jour !

C'était le dernier chapitre disponible pour He's My Real Brother, Duke.

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