Leone guidait Inglis et Rafinha jusqu'à un manoir à la grille d'entrée majestueuse. Cependant, pas le moindre brin de végétation n'ornait la cour devant la façade, ce qui lui conférait, franchement, un air désolé.
« Je me sens mal de le dire, mais ça a l'air désert, non ? » « Tu as raison, Rani, c'est le cas. » « Une foule en colère de citoyens est venue un jour. Ils n'ont pas endommagé le bâtiment, mais ils ont réduit le jardin en cendres. Je ne l'ai pas refait, ils risquaient de recommencer. Excusez l'état des lieux. L'intérieur est propre. J'ai aussi donné congé au personnel, il n'y a donc que nous. » « C'est bon, c'est bon. Je t'ai dit de ne pas te mettre en quatre pour nous. » « Je suis heureuse que vous le pensiez. »
Alors que Leone prononçait ces mots en ouvrant la grille —
VOoooommmm
Un objet bourdonnant passa au-dessus de leurs têtes. Elles levèrent les yeux et aperçurent un engin qu'on ne pouvait décrire autrement que comme un petit bateau de fer muni d'ailes.
Construit de machines complexes, il était naturellement impossible qu'il ait été fabriqué par qui que ce soit en surface ; c'était sans doute un autre cadeau du Highland.
Un vaisseau appelé Flygear.
Fondamentalement, c'était un véhicule sur lequel on se tenait 1 pour chevaucher, avec des ailes dépassant de part et d'autre de la coque. La coque elle-même était composée d'une boîte de fer et d'une barre de commande avec garde-corps pour faciliter la montée. Pour ce qui est de la taille de la coque, c'était un modèle deux places ; un pilote et un passager.
C'était un nouvel équipement qui n'avait été fourni au Midland que récemment, le rendant rare et précieux. Du moins, dans la zone relativement rurale d'Ymir, Inglis n'en avait vu qu'une poignée.
Ce qui rendait les Flygears si révolutionnaires, c'était que, si un Chevalier devait le nourrir de sa Rune, nul besoin de Rune pour le piloter. Même ceux qui n'en avaient pas, comme un Écuyer — Apprenti Chevalier, pouvaient en prendre les commandes.
Le mot « Chevalier » désignait à l'origine des soldats honorés montés à cheval, mais pour les Chevaliers qui sillonnaient le ciel, ce qu'ils chevauchaient n'était pas un cheval, mais un Flygear piloté par l'écuyer. Cela leur permettrait d'abattre plus aisément les Bêtes de Pierre Magique volantes, et de manœuvrer leurs forces avec plus d'aisance qu'auparavant.
Pouvoir déployer sur une zone plus large en moins de temps aiderait sans conteste à protéger les gens des Bêtes de Pierre Magique. C'était une évolution bienvenue.
L'Académie Militaire de la capitale, à la pointe des tactiques et stratégies des Chevaliers, avait récemment ouvert un cursus explicitement dédié aux écuyers, dans le but de les former à la manipulation et au pilotage du Flygear.
Les Chevaliers dotés de Runes maniaient leurs Artefacts et combattaient, tandis que les Apprentis Chevaliers dépourvus de Runes pilotaient le Flygear pour eux, afin que les Chevaliers puissent exploiter pleinement leur potentiel.
Puisque le cursus qu'Inglis allait suivre était le programme Écuyer, elle manipulerait souvent cet équipement Flygear.
La tactique de base consistait à faire monter le Chevalier muni d'une Rune à l'arrière pendant que l'écuyer contrôlait le Flygear à l'avant, si bien qu'à terme, elle le chevaucherait avec Rafinha.
« Il descend… »
Le Flygear descendit lentement dans la cour de Leone. Deux personnes étaient à son bord. L'une était une fille aux cheveux châtains, au physique plutôt menu mais tonique. Un regard brillant, curieux, pétillait dans ses yeux, rappelant presque celui de Rafinha. Des oreilles et une queue d'animal ornaient sa tête et son arrière-train, indiquant qu'elle était une bête-humaine. Une minorité. Des oreilles et une queue de chien ?
L'autre était un grand jeune homme aux cheveux sombres, dans la vingtaine. Il affichait une expression douce, mais perçante et imperturbable, sur un visage aux traits extrêmement réguliers. Il a vraiment grandi en un bel homme. pensa Inglis. C'était le frère de Rafinha et le cousin d'Inglis Eux, Raphael.
« C-c'est… ! Grand frère Rafa ! Grand frère ! »
Reconnaissant l'apparence de Raphael, Rafinha se précipita vers lui qui venait de descendre du Flygear, puis sauta dans ses bras.
« Wah…!? Hein…!? Rani ! C'est bien toi, Rani ! Je suis surpris de te voir ! Tu vas bien !? » « Ouais, je vais super bien, grand frère ! On est venues par ici sur le chemin de la capitale pour voir le cadavre de Prisma ! Glis voulait le voir ! » « Je vois… alors, Glis est avec toi ? » « Je suis là, grand frère. Cela fait un moment. »
Inglis, qui suivait Rafinha par derrière, salua Raphael d'une révérence.
« …! V-, vous avez grandi, vous êtes devenue encore plus belle… Vraiment, je ne vous avais pas reconnue. »
Inglis avait 15 ans, mais son apparence suggérait 17-18 ans. 2 L'âge où une femme est appelée demoiselle. Raphael ne put s'empêcher d'être conscient d'Inglis en tant que personne du sexe opposé, ce qui le rendit nerveux en lui parlant. Apparemment, son innocence pure n'avait pas changé.
« Wah, c'est rare ! Dire que Raphael ferait un compliment à une fille… ! L'introverti le plus populaire du monde, ce Raphael… ! »
La femme accompagnant Raphael dit les yeux écarquillés.
« A-, arrêtez s'il vous plaît, Dame Ripple… ! » « Merci beaucoup, grand frère Rafa. »
S'il était vrai qu'Inglis avait grandi pour devenir une beauté sans pareille, si bien qu'elle ne détestait pas vraiment être complimentée, mais… Plutôt que cela, elle aurait été plus heureuse si Raphael avait dit « Cela fait un moment, battons-nous »3 et s'était jeté sur elle l'épée au poing. Tandis qu'Inglis lui souriait avec cette pensée en tête, Raphael lui rendit son sourire.
« Ouais. Ça fait un moment. Je suis content de pouvoir te revoir, Glis. » « Quand vous parlez de Mademoiselle Ripple, vous voulez dire la Hyrule Menace ? » « Oui, c'est moi. Je m'appelle Ripple. Enchantée. »
Ripple sourit avec charme.
« Grand frère Rafa, tu es là aujourd'hui pour voir Leone ? » « Ouais. J'ai une mission par ici, alors j'ai pensé passer te voir. » « Ooooh ? De quelle mission parles-tu ? » « À propos de ça… Voyons, vous avez faim ? Pourquoi ne pas en parler autour d'un repas ? » « On meurt de faim ! Hein, Glis ? » « Ouais. » « Ah, alors entrez s'il vous plaît. Je vais préparer quelque chose de rapide — »
Raphael secoua la tête face à Leone qui proposait.
« Non. » « Je suis sûre —— non, c'est sûrement… » « Pas assez pour nous, hein ? »
Rafinha et Inglis enchaînèrent.
« Tu peux te joindre à nous, Leone. On ne se fera pas trop remarquer si on réserve une salle privée pour nous seuls. »
Menés par Raphael, le groupe se dirigea vers un restaurant. 4