Après que l'un des quatre généraux, Gi Ga Rax, eut écrasé la dernière résistance du royaume de Germion menée par Sivara, il prit la tête de l'Armée du Tigre et de la Lance (Aransain) qui s'était rassemblée sous ses ordres et marcha pour soumettre l'est.
S'étaient ralliés à lui les demi-humains menés par le chef Tianos, les gobelins de Paradua conduits par le grand chef Hal, et la cavalerie humaine dirigée par Zaurosh du Clan Fier (Leon Heart Clan). S'y ajoutait l'unité prélevée sur la cavalerie du roi, une unité de cavalerie composée uniquement de gobelins de classe rare. Ces gobelins avaient également été placés sous le commandement direct de Gi Ga.
Bien que l'échelle et l'organisation différaient, l'Aransain mené par Gi Ga partageait la même idéologie que les gardes impériaux du roi.
Ils privilégiaient la vitesse et l'offensive.
Dans une guerre entre pays, on pouvait le formuler ainsi : quelle que soit la rapidité de leur invasion des territoires ennemis, ils frapperaient toujours là où la garde était la plus faible.
La cavalerie du roi est peu nombreuse mais puissante, tandis qu'Aransain mise sur le nombre et la vitesse. S'ils devaient céder le titre de plus forts à l'Armée de la Hache et de l'Épée (Felduk), personne au sein de l'armée gobeline ne pouvait contester la rapidité de leur marche.
C'est pour cela que la décision de continuer vers l'est après que Gi Ga eut écrasé Sivara n'était pas erronée.
D'ailleurs, le camp attaquant détenait l'initiative. La question du « où frapper » n'appartient pas au camp qui défend.
Gi Ga, à qui l'honneur de mener l'avant-garde avait été confié, se retrouvait désormais face au dilemme de savoir s'il devait continuer vers l'est pour conquérir les différentes villes ou balayer la terre d'une lance impitoyable.
Malheureusement, il n'avait pas anticipé que quelqu'un vienne réellement entraver sa route.
C'était la cavalerie de sorciers (Garde de Mana) du Saint Royaume de Shushunu. Celle qui les menait n'était autre que Blanche la Princesse de Guerre.
L'apparition d'une armée commandée par une cheffe se tenant au sommet d'une grande puissance aurait contraint Gi Ga à porter un regard sombre sur leurs perspectives. Mais Gi Ga ne connaissait pas la situation à ce point.
Il était possible qu'il les ait simplement prises pour des survivants du royaume de Germion et ait immédiatement donné l'ordre d'attaquer.
Quand Gi Ga brandit sa lance, les soldats qu'on pouvait qualifier de vétérans formèrent naturellement leur disposition. Alors que la Formation en Pointe de Flèche se mettait en place, Gi Ga se positionna à la pointe.
Alors que Gi Ga sentait les soldats se rassembler derrière lui, il eut la certitude de sa victoire.
Avec les forces gobelines approchant face à elle, Blanche la Princesse de Guerre sourit avec élégance.
« Une telle cavalerie, on n'en trouve même pas dans notre pays. »
Elle loua naturellement la force de l'ennemi, puis, avec un sourire qu'elle ne pouvait cacher, ordonna à son adjoint : « C'est précisément pour ça qu'il y a du sens à les écraser. Toutes forces, Formation en Pointe de Flèche ! »
Il y avait encore de la distance entre elles et l'ennemi. Blanche jugea qu'elle était suffisante pour prendre de la vitesse, aussi choisit-elle la même formation que les forces gobelines.
« C'est justement parce qu'on peut croiser le fer en se croisant au galop que le combat est amusant. »
Elle plissa les yeux et confia l'avant-garde à ses subordonnés, puis tira son épée depuis le centre de l'armée.
« Apprenons à ces sauvages comment combattent les Gardes de Mana. »
Alors que les Gardes de Mana se regroupaient en une masse compacte et s'élançaient, elles brandirent des lances fines. Leurs lances n'étaient pas longues, loin de là. Pour comparer, celles qu'utilisait Aransain étaient considérablement plus longues.
Alors que les deux pointes s'élançaient pour se croiser, une pluie de flèches s'abattit du ciel sur les Gardes de Mana.
« Pas mal… Formation Tomoe », dit Blanche avec allégresse.
« Défense ! » commanda l'adjoint.
Les mages du vent positionnés à l'arrière déversèrent un vent au-dessus de leurs têtes, déviant la trajectoire des flèches et en amortissant la force. Quand Blanche vit cela, elle leva l'une de ses mains.
« Lances, jetez ! »
À la voix de l'adjoint frêle, la cavalerie chevauchant en tête changea sa prise sur ses lances et les lança sur les gobelins. Lorsqu'elles firent demi-tour et quittèrent le champ de bataille, ce qui suivit fut la cavalerie lanceuse de sorts.
Elles exécutaient un demi-tour rapide juste devant l'ennemi.
C'est facile à dire, mais un tel acte exige en réalité une telle précision qu'on ne peut le décrire comme simplement « difficile ». Un arrêt mal dosé et elles percutent l'ennemi. Trop vite et leurs attaques n'atteindront pas. Chaque cavalière devait être capable de manier sa monture avec une telle maîtrise qu'on parlerait d'art.
Si l'on observait la scène depuis le ciel, on verrait qu'un instant avant que les deux pointes ne s'entrechoquent, l'une d'elles tordait sa forme rapidement pour adopter une forme proche du cercle. Les forces de Gi Ga étaient venues en pensant que le cœur de cette bataille serait de se croiser, aussi ne purent-elles suivre quand ce revirement soudain se produisit.
Après tout, l'ennemi leur jetait ses armes à la figure et fuyait depuis juste devant elles.