Jusqu'ici, ce donjon avait utilisé ses conneries de déformation spatiale pour créer des labyrinthes et me perdre, m'angoisser.
Cette fois, il l'utilisait directement contre moi, en rendant mes propres attaques dangereuses pour moi si je n'étais pas assez prudente.
Le requin, toujours couvert de flammes, se remit et regagna le centre de la salle en volant en cercles avec son propre double — également en feu. Ils se tenaient au point stratégique où, si je tirais plus de feu sur eux et qu'ils l'esquivaient, les flammes fileraient droit sur moi.
Je serrai ma naginata et commençai à planifier toutes les façons possibles de combattre le double boss quand ils firent quelque chose auquel je ne m'attendais pas.
Le feu les recouvrant se retira soudain sur leurs dos, comme aspiré par quelque chose. Je remarquai une seconde plus tard que les dispositifs sur leurs dos possédaient de minuscules trappes par où le feu disparaissait. Les trappes se refermèrent une fois tout le feu absorbé.
Je clignai des yeux, surprise, et réalisai qu'aucun des deux requins n'était même pas effleuré. Pas la plus petite brûlure ne marquait leurs corps.
Mais qu'est-ce que c'était que ce bordel ? Ils étaient super résistants en plus ? Ou leur truc de science-fiction les avait soignés ou un truc du genre ?
Qu'est-ce que j'étais censée faire, moi ?! Même en ignorant le truc du miroir, ça avait déjà l'air bien trop difficile !
Bon, calme-toi. Il fallait probablement que je vise ce dispositif. Le casser d'une manière ou d'une autre.
Les deux requins se séparèrent alors et je gardai un œil attentif sur celui le plus proche pendant que je reculai. Un instant plus tard, le canon sur son dos recommença à charger et je serrai les dents, prête à esquiver.
Mais pour une raison quelconque, le canon n'était pas visé sur moi. En fait, il était visé sur… mon double !
Ma tête pivota et je vis le canon de l'autre requin braqué sur moi. Juste avant qu'il ne tire, je réajustai ma position et bondis sur le côté un instant avant que le laser ne déchire l'air avec un rugissement, ne laissant derrière lui que l'odeur d'ozone.
Un instant plus tard, le requin qui m'avait tirée dessus se mit à charger… sur mon double.
Je tournai la tête vers le requin le plus proche et, au lieu d'esquiver, je plantai ma naginata droit dans sa gueule alors qu'il fonçait sur moi.
Mais à ma surprise, la lame de mon arme claqua et fut repoussée par une sorte de barrière recouvrant le corps du requin ; je trébuchai en arrière avec un cri tandis que mon arme m'échappait des mains.
Mes yeux s'écarquillèrent alors que la rangée de dents acérées se refermait sur moi, et pendant une fraction de seconde, je fus sûre que j'allais mourir. Les mâchoires me déchiqueteraient et je ne pourrais rien y faire. Je ne pourrais pas récupérer à temps pour esquiver avec succès —
J'activai Temps de Balle, me déportai sur le côté, puis laissai le temps reprendre son cours normal alors que le requin s'écrasait sur l'endroit juste à côté de moi.
Comme la fois précédente, il ne me laissa aucune chance de contre-attaquer en battant ses ailes reptiliennes et en s'envolant à nouveau.
J'halais un souffle tandis qu'un frisson me parcourait l'échine devant ce passage si proche.
Si je n'avais pas soudainement repensé à mon bracelet…
Je me giflai mentalement pour me recentrer et pleurer plus tard.
Pendant que les requins se retrouvaient au centre, je me dépêchai de récupérer ma naginata avant de faire face aux deux requins qui tournaient l'un autour de l'autre, préparant leur prochain tir laser.
Mais ensuite, contrairement à mes attentes, au lieu de se séparer pour me tirer dessus au laser, ils passèrent lentement l'un à côté de l'autre verticalement, droit dans les bassins, et disparurent dans l'eau de la mort avec deux éclaboussures.
Je grincai des dents et reculai nerveusement loin des bassins tout en gardant un œil méfiant sur celui au plafond, m'attendant à ce que les requins refassent surface à tout moment.
Puis, à ma confusion, la surface des bassins commença à briller un peu. Elle devint de plus en plus lumineuse et je remarquai que la lueur provenait d'un endroit précis dans le bassin —
Mes yeux s'écarquillèrent en comprenant et je me projetai sur le côté un instant avant que des lasers ne jaillissent des bassins, se croisèrent, et que celui venant d'en haut ne vaporise l'endroit où je venais de me tenir.
Heureusement, je savais mieux à quoi m'attendre maintenant et j'étais prête quand ils refirent surface des bassins et chargèrent sur moi. Les gouttes d'eau de la mort éclaboussées sur ma peau brûlaient, mais je serrai les dents et esquivai expertement le requin, avant d'alimenter manuellement ma naginata en Éther — sans Artisan ! — et de la planter dans le dispositif sur le dos du requin.
J'y fis une belle bosse et le requin grogna d'agacement en regagnant le centre pour retrouver son jumeau.
Je plissai les yeux devant les petites étincelles que produisaient leurs dispositifs cabossés.
C'était leur point faible, non ? Ou plutôt, il fallait probablement que je détruise ce truc avant de pouvoir attaquer les requins. Ces dispositifs devaient être ce qui les rendait immunisés contre mes attaques.
Les requins se séparèrent et celui le plus proche de moi recommença à charger ses lasers dans ma direction. J'inspirai et crachai une petite Balle de Feu sur son canon plutôt que sur le requin lui-même, puis sprintai rapidement sur le côté pour éviter le tir qui arrivait.
Malheureusement, la boule de feu ne l'atteignit pas avant que le canon ne tire et ne l'efface purement et simplement des airs.
Heureusement pour moi, par contre, je savais maintenant comment esquiver les lasers, et j'évitai aisément le rayon brûlant de la mort. Il me suffisait d'arrêter brutalement de courir et de sauter en arrière juste avant qu'il ne tire.
L'odeur d'ozone et la chaleur juste devant moi n'avaient rien de particulièrement apaisant, ceci dit.
Le requin piqua sur moi une fois de plus et je fis rapidement deux pas sur le côté avant d'exécuter le plan que j'avais imaginé.
J'activai Temps de Balle à nouveau. Juste assez longtemps pour me donner le temps d'électrifier et d'enflammer la lame de ma naginata, de sauter sur son aile en plein battement, puis d'abattre mon arme sur le dispositif attaché à son dos avec toute la force dont j'étais capable.
Je relâchai Temps de Balle au moment où je frappai le dispositif et tombai immédiatement de son aile ; mon cul heurta le sol alors que la chose explosait et que le requin rugissait de colère. Je me relevai aussi vite que possible.
Il s'envola vers le centre pour retrouver son propre double une fois de plus et je ne pus m'empêcher de sourire en coin devant les deux traînées de fumée s'échappant de leurs dos.
Les traînées de fumée se croisaient aussi joyeusement, chacune suivant apparemment sa propre gravité. Parce que pourquoi pas ?
Selon son schéma, c'était maintenant le moment où il rechargerait son laser pour me tirer dessus à nouveau, mais son dispositif avait été pulvérisé, donc je m'attendais pleinement à ce qu'il fasse autre chose.
Il ne me déçut pas.
Le duo de requins rugit à nouveau, me faisant serrer les dents, puis replongea dans l'eau de la mort.
Je fronçai les sourcils, me demandant s'ils pouvaient encore tirer leurs lasers même si leurs canons étaient à moitié détruits. Peut-être devais-je leur infliger encore plus de dégâts pour les désactiver complètement ?
Mais non, au lieu de lasers jaillissant à nouveau des bassins, autre chose se produisit.
La salle entière trembla, comme si l'espace lui-même frémissait, puis la réalité ondula.
J'halais un souffle et reculai en titubant sous le coup du vertige et je ne parvins qu'à peine à garder ma naginata.
Mes yeux s'écarquillèrent en voyant la salle changer comme un mirage.
Deux des murs entourant les bassins disparurent et furent remplacés par une autre paire de bassins identiques.
Il y avait aussi deux autres de mes doubles qui regardaient le spectacle, bouche bée.
« Oh non… » marmonnai-je juste au moment où quatre requins émergèrent des bassins et se mirent à voler les uns autour des autres au milieu de la salle selon un motif hypnotique.
Je les fixai avec horreur et ne pus m'empêcher de penser hystériquement : « Oh, tiens, c'est la phase deux du combat de boss. »
Puis je remarquai que leurs dos ne fumaient plus. En fait, un dispositif complètement différent y était attaché. Au lieu d'un seul canon, il y en avait une batterie entière.
Je compris ce que c'était probablement et ne pus m'empêcher de pâlir.
Le quatuor de requins se sépara finalement, chacun vola sur le côté, de telle manière que si j'essayais de tirer sur l'un d'eux, cela risquait de toucher l'un de mes clones, puis rugirent vers moi.
Je me raidis, me préparant à sauter hors de la salve inévitable juste au moment où les premiers bruits de *swoosh* retentirent et qu'une roquette jaillit de l'un des trous de la batterie de roquettes du requin.
Je sautai immédiatement en arrière et la roquette percuta le sol et explosa.
Puis il en tira une autre et une autre, de plus en plus vite, finissant par faire pleuvoir l'enfer sur moi.
À la troisième roquette, je ne pus plus suivre et décidai plutôt de créer un écran de flammes avec Souffle de Feu devant moi, espérant faire exploser les roquettes en avance. Ça marcha heureusement exactement comme prévu, et dès que la première roqua explosa en plein vol, elle créa une réaction en chaîne et en attrapa la plupart des autres.
Juste au moment où la salve s'arrêta, je me retrouvai face à un projectile bien plus gros — le requin lui-même — et malheureusement, à cause de toute la fumée des explosions, il s'approcha bien trop près de moi et je n'étais pas dans une assez bonne position pour esquiver correctement.
J'activai temps de balle une fois de plus et sautai par-dessus son aile en claquant la batterie de roquettes avec ma naginata enflammée.
Le temps reprit et je me dépêchai de sortir le seau de mon sac à dos pour recharger un peu mon Éther, parce que je ne voulais vraiment pas en manquer maintenant.
Tandis que je dévorais la gelée de vie, les quatre requins se retrouvèrent au centre une fois de plus, me donnant le temps de récupérer. Je remarquai aussi que j'avais réussi à détruire l'un des trous de roquettes dans leurs batteries.
Il fallait probablement que je les détruise tous à nouveau, par contre. Ce serait vraiment difficile, puisque je n'avais une vraie chance d'infliger des dégâts que lorsqu'ils chargeaient sur moi. Les attaques à distance n'étaient pas très faisables non plus, puisqu'elles risquaient de me toucher et que les Balles de Feu n'étaient ni assez rapides ni assez précises de toute façon.
D'accord, ça allait être incroyablement risqué, mais prolonger ce combat était potentiellement encore plus risqué puisqu ça signifiait plus de chances pour le requin de me croquer avec succès, donc…
Je remis vite le seau, posai ma naginata par terre, et sorti mon pistolet à eau du sac à dos.
« C'est la saison des requins, chat », marmonnai-je dans un brouillard, ignorant toujours le chat qui partait en vrille. Je n'avais pas le temps pour les distractions.
Les requins se séparèrent et l'un d'eux — pas le plus proche de moi — me fit face.
Avant qu'il ne commence à me tirer dessus, je choisissais l'un des requins qui n'était pas exactement entre moi et l'un de mes doubles, me décalai légèrement sur le côté histoire d'être extra sûre de ne pas me tirer dessus moi-même, me calai, visai, et pressai la gâchette.
Le quatuor de *boums* résonna dans la salle et je frottai mes pieds contre le sol pour empêcher le recul de me projeter en arrière comme une poupée de chiffon à nouveau.
Une fraction de seconde plus tard, il y eut un rugissement de douleur et une autre explosion alors que les batteries de roquettes sur tous les requins explosaient, projetant les requins dans quatre directions différentes en répandant des débris métalliques partout.
Heureusement, aucun ne me toucha et à part la vidange d'Éther, j'allais toujours bien.
Mes yeux s'écarquillèrent face à ça.
Ça avait été bien plus facile qu'essayer de faire du corps-à-corps avec le truc. Pourquoi je n'avais pas fait ça plus tôt ? Juste un ou deux coups de plus et je pouvais peut-être même les finir maintenant !
Je fouillai vite dans mon sac à dos, dans le seau, et attrapai une poignée de gelée pour la fourrer dans ma bouche avant de me préparer pour le coup de grâce.
Mais avant que je ne puisse, les requins replongèrent dans les bassins une fois de plus.
Je grognai mais gardai ma position, prête à snipper les requins dès qu'ils réapparaîtraient.
Malheureusement, autre chose se produisit.
L'espace ondula une fois de plus et la réalité bascula, me forçant à fermer les yeux et serrer les dents. Quand je les rouvris, les deux murs restants de la salle avaient été transformés en copies du rez-de-chaussée également.
Deux bassins de plus et deux doubles de plus. C'était comme si j'étais à l'intérieur d'un cube de miroirs. Sauf que tous les reflets étaient bien réels et que n'importe lequel qui se ferait tirer dessus signifierait que je me ferais tirer dessus aussi.
Je fixai le spectacle avec horreur.
Suivre deux c'était chiant, j'en gérerais quatre seulement parce que je l'avais plié en un cycle, mais maintenant —
« Putain. Putain de — » je commençai à jurer un instant avant que six requins n'émergent des bassins et ne se mettent à tournoyer autour du centre.
Je visai immédiatement, mais hésitai quand je vis l'un de mes doubles à travers la masse de nageoires et d'ailes de requin de l'autre côté.