Je m'appelle Giscarl.
Giscarl Clockhock.
En tant que l'un des généraux du Royaume Démon, je me targue d'être passablement connu.
Voilà, j'ai raccompagné le chef de village et sa suite jusqu'à la porte principale.
……
Après avoir confirmé que leurs silhouettes avaient disparu…
J'appelle mes subordonnés qui attendent en retrait.
Comment c'était ?
« Manque d'entraînement. »
« Avec un peu plus de temps, je pense qu'on pourrait former des caractères humains plus fluidement. »
« Heureusement que le chef de village a une bonne compréhension de lecture. »
« Les chevaux ont fait de leur mieux. »
… Non.
Ce n'est pas ça que je voulais entendre. Vous me l'aviez dit à l'avance, non ?
Que vous vouliez connaître la vraie valeur du chef de village.
« Hein ?
On a dit ça, nous ? »
« Ai-je dit ça ? »
« C'était : "La guerre n'engendre rien. La paix, c'est ce qu'il y a de mieux", ou un truc dans le genre… »
« C'est ça ! »
Pas « c'est ça » !
Je n'ai aucun souvenir de ça !
Vous ne faites que répéter « qu'on se batte, qu'on se batte » à longueur de temps !
Et tout à l'heure encore, vous avez tenu des propos d'une ardeur incroyable, non ?
« J'en ai aucun souvenir. »
« De quand date cette histoire ? »
« Y a-t-il une trace écrite quelque part ? »
« Le général Giscarl doit sûrement être fatigué. »
… Alignez-vous.
Je vous flanque une volée.
Ah, pas question de fuir !
Nuit.
Dans une pièce du manoir du commandant, situé dans la ville arrière du fort, j'enlève mon armure et me laisse aller dans le canapé.
On m'avait prévenu à l'avance, et pas seulement par le marquis de Britoa et le comte Chrom : le Roi Démon en personne s'était déplacé pour me dire qu'on ne me couvrirait pas si j'entrais en conflit avec le chef de village.
En d'autres termes, ne pas m'en mêler est la meilleure option.
Pourtant, comme mes subordonnés tenaient absolument à le voir ne serait-ce qu'une fois, on m'avait arrangé une occasion de le saluer…
« Mais le général Giscarl aussi voulait le voir, non ? »
Ma lieutenante me tient compagnie.
Elle n'était pas sur le terrain.
Même en sachant qu'aucun ennemi ne viendrait, on ne peut pas laisser le poste de commandant du fort vacant.
Je lui avais demandé de rester.
« Et alors, comment était le chef de village ? »
Disons… quelqu'un qui a l'air conciliant.
« Ah, c'est pour ça qu'il n'y a pas eu d'histoire.
Moi, j'étais sûre qu'il y en aurait. »
C'est ce que je pensais aussi.
Cette fois, je n'avais emmené à la rencontre que des gens susceptibles de provoquer des incidents.
Le comte Chrom s'en est rendu compte.
Il était en colère.
Je regrette vis-à-vis du comte Chrom.
Pourtant, je n'avais pas l'intention de créer du désordre, ni de porter préjudice au chef de village.
Je me suis dit qu'en lui montrant le chef de village, je calmerais les ardeurs futures des fauteurs de trouble.
La déclaration de victoire du Roi Démon est bien accueillie par beaucoup, mais elle déplaît à une partie des soldats.
Ils veulent plus de combats.
Si c'étaient de simples soldats de base, ce serait rassurant, mais ce sont des chefs d'unité qui le disent. C'est dangereux.
C'est pour ça que j'ai profité de la venue du chef de village.
Un chef de village qui mérite les égards du Roi Démon, du marquis de Britoa et du comte Chrom.
Si possible, je demanderais un échange de coups pour qu'on voie sa force.
De quoi faire taire les agitateurs.
Et s'ils ne se taisaient pas ?
Je n'aurais qu'à les mater moi-même.
Mais ça ira.
J'avais appris du marquis de Britoa que le chef de village a une épouse issue de la race des dragons de l'ère divine.
Que ce soit un conte de fées, j'en ai douté un temps, c'est un bon souvenir.
J'ai sondé discrètement le Roi Démon et le comte Chrom, mais ils ont juste ri en confirmant.
En plus, il parait qu'il en a deux pour épouses.
Donc c'est vrai.
Penser qu'il faille risquer sa vie pour demander un échange de coups à un tel personnage… ayez une pensée pour mes sentiments.
C'est avec cet état d'esprit que je suis allé l'accueillir, et j'ai trouvé la princesse vampire Rurushi et l'ange d'extermination Tia.
J'ai su après que ces deux-là sont aussi ses épouses.
D'avoir instantanément changé mon plan « échange de coups » en « pétition », c'est, si je le dis moi-même, une décision sage.
À la tête d'une armée, peut-être, mais en duel singulier, je ne me vois pas battre la princesse vampire Rurushi ni l'ange d'extermination Tia.
Et le chef de village qui a de telles épouses.
C'est bien pour ça que le Roi Démon fait attention.
Les agitateurs que j'avais emmenés ont aussi réagi parfaitement à mon changement de plan.
Pourtant, ils avaient tenu des propos d'une arrogance incroyable avant, et ils se sont retournés comme des crêpes.
Sans aucune concertation préalable, ils ont formulé leurs doléances proprement. J'en ai été surpris moi-même.
Surtout le cheval.
Oui, c'était impressionnant.
Y compris le cheval, ils n'ont pas dû jauger la puissance du chef de village, mais ils ont senti qu'il se passait quelque chose.
Ceux qui en sont incapables, les simples soldats, ont provoqué des duels de leur propre chef et se sont fait renverser par les gardes…
« J'ai entendu dire que le dieu de la guerre Gulf faisait partie de la garde ? »
Oui, il était fort, comme le disent les rumeurs.
Le dieu de la guerre Gulf, et le farouche Daga qui lui est égal, voire supérieur.
Sans compter l'ange Reginleif.
C'est un effectif de garde franchement excessif.
« Le chef de village est impossible, mais rien que eux, on ne pourrait pas les recruter dans l'armée ? »
Impossible.
Et puis, contre qui on les ferait combattre ?
« Ah, c'est vrai… y a pas d'adversaire. »
Autre chose, vous vous en doutez peut-être, mais l'armée va être réduite à l'avenir.
Diminuer les effectifs en garnison ici, c'est la première étape.
« On les envoie partout et ils y restent ? »
On ne les abandonne pas, hein.
Y a des gens qui ne savent vivre que dans l'armée.
La réduction sera lente, progressive.
« Moi aussi, je ferais bien de penser à ma reconversion ? »
Ni vous ni moi on ne peut partir.
C'est décidé comme ça.
« C'est vrai.
Bah, l'armée me convient mieux que de rentrer chez mes parents, alors tant mieux.
Au fait, qu'est-ce que vous avez demandé au chef de village ? »
L'installation d'une porte de transfert entre la ville arrière du fort et la capitale royale.
Et j'ai dit qu'on voulait un magasin du Cinquième Village dans la ville arrière du fort.
« Ça a des chances d'aboutir ? »
Je sais pas.
J'ai mis le comte Chrom en rogne, donc je peux pas compter sur son appui…
Je vais essayer de demander au marquis de Britoa de pousser le dossier.
« Si ça marche pas, je pose un long congé.
Moi, contrairement au général, depuis ma mutation ici, je n'ai même pas pu aller à la capitale. »
Moi non plus, je suis tout le temps ici.
La seule fois où j'ai pu aller à la capitale, c'est quand le marquis de Britoa m'a appelé pour participer au duel.
L'an dernier, on ne m'a même pas invité au défilé.
J'ai seulement entendu dire que c'était amusant.
« Tiens, à propos de ce duel.
Vous êtes rentré tout de suite, mais vous avez mis un moment à revenir ici, non ? »
Ça ne pouvait pas être évité.
À l'aller, la magie de transfert du comte Chrom m'y a emmené en un instant, mais au retour, on ne m'a pas raccompagné.
« On ne vous a pas raccompagné ?
Vous n'aviez pas refusé la magie de transfert du comte Chrom ? »
……
« Vous avez refusé le cheval et la carriole aussi, non ? »
Euh… pour ce qui est de cette affaire, je croyais que c'était réglé depuis mes excuses.
« Oui, vous vous êtes excusé. »
Alors…
« Mais vous avez dit : "La prochaine fois, c'est mon tour d'y aller"… et vous n'y êtes toujours pas allé. »
Ah, ahaha.
C'est encore plus une raison d'espérer la porte de transfert.
Prions pour que la pétition passe.
« Si ça rate, je compte sur votre promesse de long congé.
Au moins six mois. »
Si vous partez six mois, ça va me poser pas mal de problèmes.
Pardon.
« Alors, poussez fort le marquis de Britoa, s'il vous plaît. »
Je, je ferai de mon mieux.
Je m'appelle Giscarl.
Je suis l'un des généraux du Royaume Démon.
Même si on m'encense « général, général », ce qu'un général peut faire tout seul est limité.
Surtout, je suis sauvé par ma lieutenante.
……
Marquis de Britoa !
Aidez-moi !
J'ai une faveur à vous demander !