«Est-ce que ça va aller comme ça ? »
À la question de l'oncle Roi Démon, Tizel répond.
« Dans un simple duel magique, je ne peux pas battre Al-frère, mais pour la solidité d'un golem, je ne perds pas, donc ça va. »
En réalité, il s'en sort au bout d'une vingtaine de minutes, mais à ce moment-là, Alfred a retrouvé son calme.
« Plus important, les gens de l'armée vont bien ? »
« Ah, on dirait qu'ils ont eu droit à de la retenue. »
Ce qui inquiète Tizel, ce sont les deux mille cavaliers qui sont arrivés en avant-garde.
Tizel, qui avait obtenu l'information qu'un groupe nous visait, les avait envoyés, mais ils ont fini par attaquer Kuroichi.
« Il y avait eu une rumeur comme quoi une bête magique inconnue était apparue dans la forêt du nord, ils ont dû croire que c'était elle. »
Tizel réfléchit un peu, l'air de dire que c'était un imprévu.
En fait, l'ordre de départ avait été donné avant qu'on n'entende le hurlement de Kuroichi ; on a voulu lancer un stop dès qu'on l'a entendu, mais c'était trop tard.
Ils se sont dépêchés de rassembler dix mille soldats pour nous poursuivre.
Contre Kuroichi, rassembler dix mille soldats n'a pas de sens, non ?
« Je n'avais pas imaginé qu'Uru-sœur, Gō-frères, Rigune-san et qu'Al-frère en arrive à appeler Kuroichi.
Quand push comes to shove, le nombre fait la force. »
C'est vrai, mais…
Au fait, vous n'avez pas rejoint Gō-frères ?
Vous vous dirigiez vers la capitale royale, non ?
« J'ai demandé à Earth et aux autres d'agir séparément. »
« Il s'est passé quelque chose ? »
« Trois nobles provinciaux se sont laissé séduire par les douces paroles d'un pays étranger et se sont rebellés. »
« Ça va être okay ?
En plus, vous avez amené dix mille soldats par ici ? »
« Pour l'oncle Roi Démon, la rébellion des nobles compte moins que Al-frère ou Uru-sœur. »
« Vraiment ? »
« Vraiment.
Pour la rébellion, on avait des infos à l'avance, ça devrait aller.
Earth et Gō-frères y sont allés aussi. »
« C'est près ? »
« C'est loin, donc Bézel-oncle les a transportés. »
« Je vois. »
« D'après les infos, ils avaient prévu de provoquer un incident à la capitale royale aussi.
Du coup, l'armée régulière qui devait être en garnison dans le château à l'ouest a été mise en attente à la capitale, et on l'a fait bouger par ici. »
« Ça va vraiment ?
Cette situation elle-même pourrait être un leurre, non ? »
« Ahaha.
L'incident prévu à la capitale, c'était apparemment un truc avec un liche. »
« Liche ?
……Ah, celle qu'Earth a vaincue y a peu. »
« Exact.
Par précaution, Gratz-oncle et Asa surveillent la capitale au cas où il y aurait un autre scandale. »
« Je voudrais dire « je vois », mais… nous, on n'est pas en train de se faire absorber comme force du Royaume Démon ? »
« On dirait plutôt qu'on fait un cadeau au Royaume Démon.
Hein, oncle Roi Démon ? »
« C'est ça. »
L'oncle Roi Démon regarde les deux mille cavaliers qui sont en train d'être secourus.
Pas de morts parmi les deux mille cavaliers, mais beaucoup de blessés.
Les chevaux sont… indemnes.
Félicitons Kuroichi.
Et je convaincs que Tizel fait des cadeaux pour ce genre de situation.
« Désolé.
Je n'imaginais pas qu'il y aurait autant d'assaillants. »
L'oncle Roi Démon s'excuse à nouveau.
Pour ce qui est des assaillants, ou plutôt des assassins, on en avait été informés par l'oncle Roi Démon lui-même à l'avance.
Plusieurs organisations nous visaient.
À la base, la bonne réponse était de s'enfermer à l'académie, mais un assassin qui est apparu il y a peu s'était déjà infiltré dans l'enceinte.
Attendre est défavorable.
En plus, d'autres élèves pourraient subir des dégâts.
Ça, je veux l'éviter.
Alors, rentrer au village en sécurité ?
Ça aussi, je veux l'éviter.
Pas que je ne veuille pas rentrer au village, mais y retourner tout de suite, c'est honteux.
Papa m'accueillerait chaleureusement, mais les mères, comment réagiraient-elles ?
On m'a appris quoi faire quand ma force ne suffit pas.
Elles auraient l'air de me gronder : « Tu n'as même pas pu gérer de simples assassins ? »
Alors, quoi faire ?
Les attirer hors de leur cachette.
C'est pour ça qu'on est allés vers la forêt du nord… mais je n'imaginais pas qu'on en « pêcherait » autant.
« La majorité des assaillants sont des candidats de la compagnie Dalphon… des gens liés à Giring et Maskund. »
Tizel m'explique.
« Giring et Maskund, ce sont les deux avec qui Tizel a eu des problèmes et qui se sont fait prendre ? »
« Oui.
Ces deux-là dirigeaient chacun une force de la taille de la compagnie Goroun. »
Hein.
Je ne connais pas l'échelle de la compagnie Goroun, alors j'acquiesce vaguement.
« Du coup, elles avaient des organisations armées de taille respectable, et celles-ci ont dérapé, ou plutôt… »
« Ils n'acceptent pas que Giring et Maskund se soient fait prendre ? »
« Nous aussi, si papa se faisait prendre, on ferait une crise, non ? »
Si papa se faisait prendre ?
« Uru-sœur, c'est une image, alors ne dégage pas de killing intent.
Ça fait peur. »
……Désolé.
« Euh, disons qu'ils ont dérapé, ou qu'on les a fait déraper.
À la place du liche. »
« Et ce sont eux qui nous ont attaqués ? »
« Oui.
Bon, maintenant, on fait quoi ? »
« On fait quoi ? »
« Puisqu'on a été visés, il faut contre-attaquer. »
« C'est vrai, mais est-ce qu'Alfred le souhaite vraiment ? »
Alfred, qui est sorti du golem, a retrouvé sa taille habituelle.
Ah, il cache son visage avec ses deux mains et s'accroupit.
« Je veux disparaître… »
Alfred garde le souvenir intégral de sa période de暴走.
Autrement dit, il se souvient de toutes ses paroles et actes douloureux.
Heureusement, ou disons qu'Alfred a la sensibilité pour trouver ce genre de comportement honteux, donc après une暴走, c'à peu près toujours comme ça.
Il lui faudra une dizaine de jours pour se remettre.
« Al-frère, c'est okay.
Le Progéniteur a dit que les jeunes vampires font ce genre de truc.
Ah, tiens, le bandeau que Zabuton a fait, tu le mets ? »
Tizel, arrête d'enfoncer le clou.
Alfred, le bandeau, ça se met sur un œil ; si tu le mets sur les deux, c'est juste un cache-yeux.
Ne fuis pas la réalité.
Bon, Alfred.
Tu te lamenteras plus tard, décide de la ligne de conduite maintenant.
« La ligne de conduite ? »
« Oui, quoi faire des gens qui nous ont attaqués. »
« La ligne de conduite, hein… »
« N'importe quoi va.
On suit la décision d'Alfred. »
« Vraiment ? »
« Est-ce que j'ai déjà menti à Alfred ? »
« Non. »
« Voilà. »
« Alors… faire comme si de rien n'était. »
« Comme si de rien n'était ? »
« Oui.
Cette affaire, on la traite comme si elle n'avait jamais existé.
Ah, sauf celui qui a lancé un couteau dans le ventre d'Uru-sœur.
Peine de mort pour lui. »
« Ahahaha.
Là, au contraire, il faut féliciter l'adversaire.
Camouflage et timing du lancer, c'était parfait.
J'en suis restée bouche bée. »
« Moi aussi, j'ai eu un choc.
Le ventre, ça va ? »
« C'est déjà soigné.
Donc, pas de peine de mort. »
« Si Uru-sœur dit que c'est okay, c'est okay, mais… »
« Alors c'est décidé. »
Je demande à Tizel de me prêter son intelligence pour que tout se passe selon la ligne décidée par Alfred.
« Pour le Royaume Démon et l'oncle Roi Démon, faire comme si de rien n'était arrange bien les choses… mais est-ce qu'on peut vraiment s'aligner sur leur convenance ? »
« Leur convenance ? »
« Les blessures des deux mille cavaliers.
……On va dire que c'est à cause de la bête magique inconnue apparue dans la forêt du nord.
Uru-sœur, tu vas capturer cette bête. »
« Capture, elle est en train de montrer son ventre devant Kuroichi, mais ? »
« Ah, c'est vrai. »
Deadly Wolf.
Le général qui commandait l'armée de l'oncle Roi Démon me l'a appris.
Une bête magique qui ne devrait pas être dans le coin.
Probablement apportée de l'extérieur, comme le liche.
Force… visiblement plus faible que Kuroichi.
Est-ce qu'elle peut faire office de remplaçante pour Kuroichi ?
Ça ira.
Du coup, les deux mille cavaliers ont été blessés en subjuguant le Deadly Wolf.
Kuroichi, on fait comme s'il n'avait jamais été là dès le début.
Reste le sort des gens qui nous ont attaqués.
Pour faire comme si de rien n'était, les exécuter tous serait le plus simple, mais…
Je pense qu'il est encore trop tôt pour verser le sang sur la décision d'Alfred.
Alors, j'ai décidé.
Le lendemain.
Je rassemble tous les assaillants dans un certain endroit.
Il y a un grand marchand à l'allure élancée, et aussi celui qui m'a lancé le couteau.
Bonjour.
Ah, il me fusille du regard.
Pas seulement ceux de la route vers la forêt du nord, mais aussi ceux qui ont attaqué à l'académie sont réunis.
Y compris les soutiens arrière, cent cinquante-sept personnes.
Tous ont les deux bras liés dans le dos et ont l'air épuisés.
Ils ont dû subir un interrogatoire intense pour cracher le morceau.
Bah, c'est la peine pour nous avoir attaqués.
Je me tiens devant les cent cinquante-sept personnes et les parcours du regard.
Puis, je déclare.
« Vous choisissez : mourir comme ça, ou devenir mes amis. »
……
Pas la peine de faire ces têtes bizarres.
Si vous devenez mes amis, l'attaque sera classée « exercice », donc acquittement.
Je prépare même du travail comme il faut.
Des subordonnés ?
Pas du tout.
Des amis, des amis.
« Uru-sœur ?
Tu te soucies de ce que j'ai dit quand je me suis vantée d'avoir réussi à me faire des amis ? »
« Pas du tout. »