Est-ce pour pouvoir se battre quand l'heure sera venue ?
On nous a remis des armes et des équipements.
Au début, on nous a donné des armures en fer, mais une fois équipées, je ne pouvais pas bouger correctement, alors on me les a échangées contre des armures en cuir.
L'armure en cuir est elle aussi un équipement de qualité.
Je pense qu'elle n'a rien à envier à ce que portent les aventuriers qu'on croise en ville.
Enfin, je n'en suis pas bien sûr.
Pour les armes, il y avait du choix.
D'abord, j'ai choisi une épée, rien qu'à l'apparence.
Les autres ont fait pareil.
Mais en faisant quelques essais, j'ai compris.
Manier une épée demande une certaine technique.
Sans rechigner, j'ai demandé au lézard-homme qui gérait les armes de me donner quelque chose de facile à manier.
Il m'a tendu une lance.
Il m'a conseillé de ne pas la faire tournoyer, mais de me concentrer sur l'estoc.
L'ancien moi aurait riposté, mais cette fois, j'ai accepté le conseil docilement.
J'ai essayé deux ou trois fois le mouvement de l'estoc.
Oui, pas mal.
C'est peut-être simple, mais j'ai l'impression d'être devenu plusieurs fois plus fort, et ça me met de bonne humeur.
Les voyous armés qui traînaient en ville ressentaient peut-être la même chose.
Mais je ne suis pas comme eux.
Avec cette arme, je vais protéger le village, protéger tout le monde.
On nous a fait combattre un lapin à crocs.
Le lapin à crocs, c'est ça, non ?
Le killer rabbit.
Le lapin qui annonce la mort.
Un monstre célèbre pour faire trembler les aventuriers aguerris.
Je regarde les visages des gars autour de moi.
Ils sont pâles.
Oui, c'est bien ça.
On n'a pas gagné, mais je pense qu'on s'est bien battus.
La preuve, on est encore en vie.
On s'est réjouis mutuellement de notre survie.
J'ai l'impression que nos liens se sont resserrés.
Et puis, on a découvert la force des loups.
Abattre ce lapin d'un seul coup...
Mieux vaudra ne jamais leur désobéir.
Ensuite, on nous a fait faire tout un tas de travaux.
Pour voir nos aptitudes, sans doute.
C'est cent fois mieux que de se voir confier un travail qui ne nous convient pas.
Pour l'instant, j'ai tout donné.
Vraiment tout donné.
Vraiment, vraiment tout donné.
C'est la première fois de ma vie que je m'investis autant.
Mais les résultats ne sont pas brillants.
La cabane qu'on a construite s'est effondrée tout de suite.
Pour la fabrication de l'alcool, je me suis enivré rien qu'à l'odeur.
Le travail de pressage du sucre et de l'huile... je manquais de force.
C'est triste.
Le chef du village a construit un bain et un entrepôt en un clin d'œil, ce qui rend la chose encore plus douloureuse.
C'est frustrant.
Je me suis accroché à la fabrication de petits objets.
On m'a félicité.
Ça m'a fait un petit plaisir.
La fabrication d'aliments fermentés.
L'odeur est forte, mais supportable.
En plus, même si ça pue maintenant, ça devient un truc incroyablement bon.
On m'a fait goûter un prototype, c'était délicieux.
Je n'ai pas d'autre choix que de m'accrocher.
Quand je sens que je vais m'évanouir, je repense à ce killer rabbit.
Comparé à l'idée de devoir affronter un killer rabbit, l'odeur, c'est rien du tout.
La forge.
C'est trop chaud.
Et c'est un travail harassant.
J'ai tenu jusqu'à ma limite, mais je me suis effondré.
Quand je me suis réveillé, on m'a engueulé.
Pas parce que j'étais tombé, mais pour me dire de ne pas forcer.
On m'a aussi dit qu'il n'y avait pas lieu de se presser.
...
Est-ce que je me pressais ?
Un peu de réflexion.
C'est vrai.
Le chef du village et Mam, qui s'occupe de nous, nous avaient dit de d'abord nous habituer à la vie ici.
...
J'ai fait plein de choses et pas mal de jours ont passé, mais je ne peux pas dire que je m'y suis habitué.
Non, je m'y habitue pas.
Les repas, c'est trois fois par jour, matin, midi, soir, et en quantité plus que suffisante.
Selon les jours, on peut même en redemander.
La nuit, pas besoin de craindre les bandits, on peut dormir tranquillement.
Les toilettes sont propres.
L'eau est juste à côté.
En plus, c'est gratuit.
J'avais trouvé la vie incroyable quand j'ai appris l'écriture et les bonnes manières chez Fushu, mais ici, c'est encore mieux.
La différence avec ma vie d'avant est telle que je ne sais plus quoi penser.
Je vois, d'abord m'habituer, c'est ça.
Bon, je vais m'habituer à cette vie.
Ah, le dîner de ce soir, c'est du ragoût ?
Du killer rabbit ?
C'est bon, hein.
Je vais bosser dur, me creuser le ventre, et rentrer.
Bon.
Je fais plein de choses, mais... il m'arrive parfois de ne pas pouvoir m'empêcher de me souvenir.
Pas de ce village, mais de la nuit où on est arrivés au village où Fushu nous avait menés.
Une fête de bienvenue a eu lieu, et après que chacun soit rentré dans sa chambre, on nous a appelés.
Je suis allé docilement, et tous les migrants étaient réunis là où se tenait la fête.
J'ai eu l'angoisse de savoir ce qui allait se passer.
D'autant qu'il y avait plus de monde qui nous attendait que de participants à la fête.
Il y avait des araignées énormes, des loups d'une pression incroyable.
Et pourtant, le chef du village n'était pas là.
C'est ça qui était bizarrement angoissant.
À la place du chef absent, c'est sa femme qui a pris les choses en main.
Jeune, et d'une beauté surprenante.
Son nom est Rurushi.
Le même nom que la légendaire princesse vampire, j'ai failli rire.
C'était pour nous détendre, peut-être ?
Bon, le sujet principal n'est pas là.
La femme du chef a fait une tête très sérieuse et nous a donné les consignes à respecter.
Ce qu'il faut pour vivre dans ce village.
Il y en a trois.
Un, ne pas jouer dans les champs.
Gâcher les récoltes est absolument interdit.
Un, utiliser les toilettes proprement.
Surtout, ne pas oublier de se laver les mains après usage.
Un, ne pas s'opposer au chef du village.
Se faire dorloter, c'est pas grave.
Être traité sévèrement, c'est pas grave.
Être une gêne... mieux vaut éviter, mais c'est pas grave.
Mais les actions hostiles, évitez-les.
Tout a été dit avec force.
Ce sont des choses qu'on peut comprendre.
Ne pas jouer dans les champs, c'est évident.
Ceux qui gaspillent la bouffe ne sont pas des gens bien.
Garder les toilettes propres, je connais.
C'est une mesure contre les maladies.
Choper une maladie parce qu'on a zappé le lavage des mains aux toilettes, c'est bête.
L'eau est apparemment en quantité suffisante, alors je me jure de me les laver à coup sûr.
La dernière... bon, c'est de la discipline, quoi.
Partout c'est pareil.
Y a rien de bon à désobéir au chef.
Des actions hostiles ?
Y a pas de raison.
« Le dîner ce soir, c'est moi qui le fais ! »
Le chef du village traîne un sanglier sans tête, de la taille d'une petite maison.
« Ça, c'est le chef qui... ? »
« Ouais.
Ils me l'ont amené jusqu'ici.
Ils font les malins pour que je l'achève.
Vraiment... »
Le chef caresse la tête de plusieurs loups.
En d'autres termes, c'est un sanglier qu'il faut une meute entière pour abattre.
...
Devant nous, le chef a saigné le sanglier sans tête, l'a découpé, cuisiné...
La cuisine du chef était délicieuse.
...
Des actions hostiles ?
Y a pas de raison.