« Grrr... Et maintenant, comment je les retrouve ? »
Le dieu démon, qui venait bel et bien d'arriver dans le monde des humains, serrait les dents en contemplant les plaines de la lande désolée.
En temps normal, elle disposait de renseignements sur tout ce qui touchait à l'espèce démoniaque, du plus infime sbire jusqu'à l'empereur démon. Mais depuis que le roi démon avait renoncé à sa bénédiction pour en accepter une autre, elle ne pouvait plus le suivre à la trace.
« De toutes les années sans nombre que j'ai passées comme divinité, une absurdité pareille, c'est bien la première fois... »
À la pensée de ce roi démon, une rage sans fin la submergea de nouveau, mais sa colère se mua vite en curiosité.
« S'amuser avec un héros... Est-ce que cela arrive, quand un héros rencontre un roi démon ? »
Des milliers d'années ? Des dizaines de milliers ?
Elle ne se rappelait même plus depuis combien de temps elle vivait.
La seule chose vraiment remarquable de son existence, après tout, c'étaient les guerres du Ciel et des Démons. Mais même à travers ces guerres successives, jamais elle n'avait été secouée comme aujourd'hui.
« C'était la capitale d'un empire quelconque... Rrrgh... »
Comme sa bénédiction lui permettait de voir n'importe qui, il était rare qu'elle se souvienne de quoi que ce soit avec exactitude.
C'est alors que.
« Hé, espèce de folle ! »
Dans un éclat de lumière, la déesse de la Lumière, Raelle, apparut et se mit à lui crier dessus.
« Hmph. Je savais bien que tu rappliquerais si je faisais ça. »
Devant cette adversaire hors d'elle, le dieu démon garda un visage parfaitement neutre, comme si rien n'était.
« Tu as perdu la tête ? Le dieu démon qui débarque dans le monde des humains ? »
À peine Raelle eut-elle craché ces mots que, d'une lumière identique à celle dont elle était sortie, apparut Sermir, déesse de l'Amour et de la Bienveillance.
« Parfait, tu tombes bien ! »
Le dieu démon, qui ne se souciait pas le moins du monde des paroles de Raelle, se précipita vers Sermir dès qu'elle la vit.
« Oh, bonjour... Kyak ! »
Notre innocente Sermir avait poliment salué le dieu démon, sachant son rang supérieur... et le dieu démon lui avait aussitôt empoigné la tête pour la secouer en tous sens.
« Sale garce ! Tu oses porter la main sur mon roi démon ! »
« Kyak ! Aïe, aïe ! »
Cela ressemblait à un simple crêpage de chignon dont l'une des parties se faisait secouer par les cheveux, mais il importe de noter que l'une des deux protagonistes était le dieu démon.
« Hé, qu'est-ce que tu fais à ma fille ! »
« Ta fille ! Si c'est comme ça que tu le prends, alors c'est ta fille qui a remué la queue devant mon fils ! »
Voyant Sermir se faire malmener, Raelle empoigna à son tour une pleine poignée de cheveux du dieu démon ; celui-ci lâcha alors Sermir pour se consacrer à sa nouvelle adversaire et agrippa les cheveux de Raelle en retour.
« Lâche-moi ! »
« C'est celle qui a attrapé la première qui parle ! »
« Iiiiit ?! »
« Bats-toi ! »
Tandis que les deux plus hautes déesses de ce monde engageaient leur incroyable combat, Sermir parvint à placer un mot en se tenant le crâne encore douloureux.
« Euh, euh... »
« Tais-toi ! Il faut d'abord que j'écrase cette chose ! »
« Hmph ! C'est ton enterrement ! »
Et alors, Sermir vit.
Les ondes de choc prodigieuses que dégageait le combat des deux déesses.
Et le monde sur le point d'être détruit.
Et le Dieu Suprême qui descendait.
Masculin, et pourtant féminin.
Enfantin, mais aussi mûr.
Noble, et pourtant simple.
Devant cette figure, Sermir resta émerveillée.
'C'est... c'est le Dieu Suprême !'
Et quand il ouvrit la bouche, Sermir comprit.
« Vous voulez mourir ? »
D'où venait l'épouvantable caractère des deux soeurs.
« Non. »
« Pardon... »
En voyant les deux déesses contraintes de s'asseoir sur leurs talons sous la pression prodigieuse qu'exerçait le Dieu Suprême, Sermir ne put s'empêcher de penser :
'Ce monde... est-ce qu'il va bien comme ça ?'
Après avoir entendu la raison de leur querelle, le Dieu Suprême songea de son côté :
« Mais qu'est-ce que c'est que cette situation grotesque ? »
Le roi démon avait conclu un pacte. Et pas même avec la déesse de la Lumière : avec sa fille.
« C'est un peu fort, tout de même ! Un roi démon est mon serviteur direct, et quelqu'un comme mon propre fils ! Et cette petite renarde me l'a volé !!! »
« Haouuuuuu... »
Sous le regard chargé de rage du dieu démon, Sermir ne put que se taire et prendre un air de petite fille au bord des larmes.
« Et ne va pas jouer les mignonnes ! »
Mais apparemment, même cette position pitoyable était de nature à attiser le courroux du dieu démon.
« Oui, c'est pathétique ! »
« Snif... »
Sermir était sincèrement triste. Elle comprenait bien pourquoi le dieu démon était en colère, mais que la déesse de la Lumière, Raelle, qui l'appelait sa fille, le fût aussi !
« Snif... Dame Raelle... Dame Raelle aussi... Quand on est une mère, on aide sa fille ! »
À ces mots, Raelle détourna très légèrement le regard et marmonna :
« Ne m'appelle pas mère... »
« Pourquoi ?! »
« Je ne suis pas ta mère... »
« Si ! C'est vous-même qui m'avez dit de vous appeler ainsi ! »
« Non, tu es... un peu embarrassante. Plus mûre que moi. »
« Hnnnng ! »
Devant Sermir au bord des larmes et Raelle qui cherchait à l'éviter, le Dieu Suprême songea :
'Comment les dieux ont-ils pu devenir une famille aussi décousue ?'
Le plus ancien des dieux selon la généalogie déclara qu'il ne comprenait pas d'où venait un pareil délitement, et claqua la langue.
« Enfin bref. Il te suffit de suivre ce roi démon, non ? »
« Mais ma bénédiction a été défaite, je ne peux plus le trouver ! »
« En ce cas, cette enfant ne le saurait-elle pas ? »
Voyant que le Dieu Suprême désignait Sermir, le dieu démon hurla :
« Trouve-les immédiatement ! »
Résultat des courses.
« HEEEEEEIIIIIIIIIIIIIIIIN ? »
L'effondrement mental de Yuria venait de commencer.