Pendant que je m’en demandais le sens, Ferrel retira sa main. Ce qui s’y trouvait, c’était un portrait de ses jumeaux, grand comme une paume, et qu’il emportait au quotidien pour se vanter à quel point ses enfants étaient adorables.
Pourquoi s’avisait-il de les sortir maintenant ?
« Bon, tu peux en choisir un. Puisque tu es une princesse, tu vas pouvoir prendre celui ou celle que tu préfères. »
« … »
« Ou bien je te les donne tous les deux du coup ? »
Je n’en voulais ni de l’un ni de l’autre ! Je refusais catégoriquement !
Pourquoi diable autant de gens s’obstinaient-ils à m’offrir aujourd’hui des trucs dont je n’avais que faire ? À peine avais-je failli réussir le tour de force de recevoir un pays entier comme cadeau d’anniversaire, et voilà qu’on me proposait désormais en présent un fils de chancelier. Mon Dieu, pourquoi ces folies ne concernaient-elles que moi ?
Heureusement, Assisi attrapa bientôt Ferrel discrètement et le fit disparaître hors de ma vue. Putain, j’avais mal au crâne.
« Félicitations pour cette nouvelle année, Altesse. »
« Joyeux anniversaire, Altesse. »
« Je vous remercie, Dame Iliyad. »
Elle approchait déjà la quarantaine, mais Dame Iliyad conservait encore un sourire gracieux et doux. Je n’avais pas mémorisé le visage de tous les nobles de l’Empire, mais je finissais par les reconnaître tous maintenant, puisqu’ils croisaient régulièrement nos chemins au palais. Enfin, je n’étais tout de même pas assez idiote pour rester aveugle devant eux, vu la fréquence à laquelle je les voyais passer.
Une fois que Dame Iliyad eut reculé, un autre noble vint se placer devant moi. J’étais agacée, mais je devais malgré tout afficher un large sourire. Ils venaient me féliciter pour mon anniversaire, impossible de refuser leur bonne volonté. C'était toujours contrariant de devoir haranguer toute la noblesse, mais passons, cela ne se produisait qu'une seule fois par an.
Tenez bon. Tiens bon. Heureux ceux qui endurent.
« Oh, regardez donc comment la princesse remercie chacun. Quelle gentillesse. »
« Ma foi. Notre princesse est si intelligente et charmante. »
« Vous croyez ? Qui dirait qu’elle n’a que huit ans ? »
Non, c’est sûr ? Qui aurait pu imaginer que je n’avais encore que huit ans ? Moi, par contre.
Je ne savais pas s’ils voulaient que j’entende leurs remarques ou non, mais je pouvais aisément les écouter discuter et rire autour de moi.
« Bien sûr. Elle excelle dans ses études, et apparemment, elle apprend très vite aussi en musique et en arts. Il n’y a rien auquel elle ne soit douée. »
« C’est incroyable. Je suis tellement fière d’elle. »
« Vraiment ? Quel miracle. Si la princesse était ma fille, je la porterais sur mon dos en permanence. »
… D’où sortaient toutes ces rumeurs ?
J’aurais tant voulu leur poser la question. Quand ai-je appris la musique ou les arts ? Mis à part les textes par cœur, que savais-je vraiment ? Je venais de devenir une génie sans prévenir.
Voilà. Le monde était vaste, et les rumeurs prenaient des formes infinies.