C'est étrange de voir un homme agenouillé devant Keitel depuis le bas de l'estrade. J'aurais dû être contente d'avoir vu juste, mais il y a cette sensation bizarre en moi, pour une raison quelconque. Oh, merde.
« C'est bon. »
Une voix sèche résonna dans la salle d'audience royale. Elle différait grandement de celle que j'avais entendue plus tôt, aussi tournai-je la tête vers lui. Keitel arborait une expression faciale étrange, quelque part. On aurait dit que son visage avait fondu un peu plus que d'habitude. C'est quoi, ça ? Est-ce que j'ai mal vu ? Je me frottai les yeux et le regardai à nouveau, mais Keitel était le même.
Qu'était-ce que ça ? Je ne pensais pas que c'était le même Keitel que je connaissais.
« Comment te sens-tu ? »
« Je vais bien, et bien mieux maintenant. Merci pour votre inquiétude. »
L'ambiance dans cette salle était lourde.
Une atmosphère sèche et froide. Il y avait une atmosphère dans laquelle on ne pouvait pas facilement intervenir. Je retenais mon souffle, et maintenant j'ai l'impression que j'allais m'étouffer sous cette tension glaciale. Je pouvais dire que ces deux-là avaient une dynamique de maître et serviteur, mais j'avais l'impression qu'ils n'étaient pas juste un seigneur et un chevalier ordinaires. Keitel se comportait différemment de quand il est avec moi. Son comportement était bien différent de quand il était avec Ferdel ou Dranste.
Qui était-il ? Qu'est-ce qui se passait entre eux deux ?
Je roulai des yeux ; c'était si difficile à dire.
« Qu'en est-il de la tâche que je t'ai envoyée accomplir ? »
Ce n'est pas le même Keitel que quand il est avec moi. Cette façade différait de celle qu'il montrait à Ferdel aussi.
Je me souvins d'une façon ou d'une autre du premier jour où j'ai rencontré Keitel. Ce jour-là, il m'a attrapé le cou, il avait la même expression. Il était si sec, et froid.
« Je les ai tous décapités et envoyé les restes au roi de Langres. »
Qu'est-ce que c'était que ce lourd silence ? Je ne faisais que les regarder, pourtant j'avais l'impression que j'allais suffoquer.
« C'est vrai ? Bien. »
C'était si silencieux, on aurait dit que leur conversation pouvait gêner ma respiration. Je pensais que mes doux souffles pouvaient leur parvenir aux oreilles tant le silence environnant était total. Un silence profond retomba à nouveau. Une atmosphère profonde et lourde, ressemblant à celle des abysses.
Ce fut Keitel qui rompit le silence. L'Empereur ouvrit la bouche.
« Quoi ? Tu as encore quelque chose à dire ? »
Maintenant que le rapport était fini, Keitel semblait se demander pourquoi son chevalier était toujours agenouillé à sa place sans un mot. Non, on aurait dit qu'il le pressait de finir son rapport plus qu'il ne le questionnait. À la voix de Keitel, le chevalier agenouillé se releva de sa position.
À cet instant, j'eus ma deuxième occasion de plonger dans ses yeux.