Soudain, un éclat de rire retentit sur le côté. Ferdel riait en se cognant la tête contre la table, l'estomac serré entre ses mains.
« Pffft, oh mon dieu, je n'arrive pas à croire que ce soit vraiment l'unique Caitel… ! Aah, mince, elle me rend dingue ! »
Ne deviens pas dingue. Enfin, il avait l'air de l'être déjà de toute façon.
Je n'ai pas pu m'empêcher de soupirer en voyant Ferdel, incapable de se tenir à cause de son rire. Même s'il appréciait de voir Caitel se faire moquer, devait-il en profiter à ce point ?
« Arrête de rire, abruti. »
« Hein, Princesse ? »
Est-ce qu'il assumerait si mon père se mettait en colère à cause de lui ? Hein ? Caitel acquiesça à mes mots.
« Abruti, elle veut que tu arrêtes de rire. »
« Hé ! »
« Ma fille l'a dit. »
Que faire de ces adultes enfantins ? J'ai juste secoué la tête. Mon père et Ferdel, c'était kif-kif.
Une fois le biscuit fini, j'ai cherché quelque chose à boire. Caitel me tendit une tasse de thé qui était devant lui. Ce n'était pas brûlant, ça avait refroidi, mais c'était dégueulasse parce que j'avais la langue d'un gamin. Comment pouvaient-ils boire ça ?
Quand j'ai grimacé à cause du goût du thé, Caitel a esquissé un sourire. J'ai eu l'impression qu'il me l'avait donné exprès. Je ne pouvais pas refuser vu que je n'avais plus aucune confiance en mon père.
« Et Sil ? »
« Elle est occupée à élever les jumeaux. Elle a l'air bien triste que la princesse ne vienne pas souvent. Les enfants veulent te voir aussi. »
« Hein ? Mais ils ne parlent pas encore. »
Les jumeaux n'ont que six mois maintenant. Ils ne seraient pas des êtres humains normaux s'ils parlaient déjà couramment. Ferdel a détourné les yeux en entendant ma réponse, comme si ça le frustrait.
« B, bah… leurs voix intérieures ? »
Quoi ?
Ferdel a ri maladroitement, sentant que je le regardais avec des yeux froids. Comme moi, Caitel lui a jeté un regard pitoyable. Tsk tsk. Comment pouvait-il vivre comme ça ?
« Votre Majesté, les émissaires d'Esnia demandent une audience. »
Le serviteur, apparu de nulle part, parla en baissant la tête. Au même moment, le soupir de Caitel effleura ma joue. Il plissa discrètement les sourcils. Encore ? Il allait encore passer son temps à parler avec des gens pour un énième traité. C'était à cause d'un accord ou quelque chose comme ça ? Ça faisait déjà plus de six mois que la guerre était finie, mais il devait encore gérer les retombées. J'avais de la peine pour lui. Il ne pouvait même pas jouer avec moi.
« Je surveillerai la princesse, alors vas-y. »
Ferdel désigna la porte comme pour dire à Caitel de partir tout de suite.
À ce moment-là, papa me regarda.
Hein ? Hein ? Pourquoi ? Il voulait que je lui souris encore ?
« Si ce pervers te touche, exécute-le. »
« Hé, Caitel ! »
Caitel sourit. Il se moquait toujours de lui, mais maintenant, je savais faire la différence entre son sourire de bonheur et son sourire de galère. Ce sourire-là, c'était celui qu'il faisait quand il était de bonne humeur.
« D'accord ! »
Avant, je ne voulais pas venir quand Caitel m'appelait, mais maintenant, je ne voulais pas qu'il parte. J'ai serré Caitel dans mes bras, j'ai attrapé sa joue fort et j'ai embrassé papa avec un bruit de « smack ». Maintenant qu'il allait travailler, je devais au moins faire ça pour lui. Caitel a souri après avoir reçu mon baiser. Il a aussi déposé un petit baiser sur mon front.
« Au revoir ! »
Caitel s'est levé, et je me suis mise debout sur une chaise, toute seule. Je me suis penchée et j'ai fait un signe de la main à sa silhouette qui s'éloignait. En partant, Caitel s'est retourné. Je lui ai fait mon plus beau sourire, le plus beau possible. Pas de réponse, mais j'ai eu l'impression que le visage de Caitel s'était adouci. Une fois qu'il fut parti, un vide superficiel imprégna l'endroit. Ce n'est qu'une personne qui a quitté la pièce, mais pourquoi est-ce que je me sentais si vide ?
« Aah ! »
« P, Princesse ! C'est dangereux ! »
Je me suis agitée pour m'asseoir, mais la chaise a basculé en arrière. Heu, heu ! J'ai failli tomber, mais heureusement, Ferdel m'a attrapée. J'étais contente de ne pas être tombée, mais…
« Oh, tu m'as touchée ! »
À cet instant, un lourd silence s'installa entre nous.
…
Caitel avait dit que je devais l'exécuter s'il me touchait. Ferdel avait l'air de ne pas pouvoir l'ignorer non plus, vu qu'il était celui qui l'avait ordonné à Caitel quelques minutes plus tôt. Ça devait être difficile pour lui aussi. Le visage de Ferdel pâlit.
Maintenant, qu'est-ce que je fais ? Hein ?
Ferdel trembla tandis que je souriais.
« P, pitié pour cette fois. »