« Oh, princesse. »
« Hmm ? »
« Graecito dit qu'il t'aime vraiment, Princesse. »
« Vraiment ? »
'Pourquoi n'étais-je pas surprise ? Il était si évident. Bien sûr, ça ne me plaît pas, mais tant pis.'
« Oui, il a dit que c'est un secret qu'il ne confie qu'à moi. »
Cerera chuchota en clignant de l'œil ; quelque chose dans son comportement me parut un peu suspect, si bien que je ne pus la croire sur parole.
« Je n'y crois pas ! Dis-lui de me dire ce genre de choses en face. »
« Oh, princesse. Ce serait trop embarrassant. »
« Pourquoi ? Je suis si jolie ! »
Elles deux rirent à ma réplique. Quoi, pourquoi se moquaient-elles de moi ? Je fronçai les sourcils et les regardai tour à tour.
« Pourquoi riez-vous ? Suis-je drôle ? »
'Je me sentis offensée quand elles se mirent à rire de ma réponse sérieuse. Pourquoi diable riaient-elles ? Croyaient-elles que j'étais une comique ? On ne rit pas d'une princesse comme ça ! Pourtant, quoi que je fasse, elles ne s'arrêtaient pas de rire.'
'… Oui, qu'elles fassent comme bon leur semble. J'imagine que je sers de punching-ball !'
« Princesse ! »
J'étais dubitative sur ma vie, me demandant si je pouvais continuer à faire confiance à ces gens, mais la porta s'ouvrit brutalement et la servante déboula dans la pièce. Qu'est-ce qui lui prend ? Qu'elle se calme un peu. De toute façon, je ne m'enfuyais pas.
« L'Empereur est de retour ! »
Ce fut moi qui devins impatiente l'instant d'après, quand la servante cria. Je quittai la pièce en un éclair et me mis à courir ; je ne prêtai aucune attention aux voix de Cerera et d'Elaine qui m'appelaient.
'Où était-il ? D'où arrivait-il ?'
Je courus sans réfléchir. Il était parti du palais Estella, donc il devait y retourner. Non ? Les servantes et les domestiques qui me repérèrent me suivirent en appelant mon nom, mais maintenant je n'avais pas le temps de penser. Mon cerveau était vide.
« Papa ! »
C'était bien au palais Estella. C'était le même endroit d'où il était parti auparavant. Les aristocrates présents furent surpris de me voir. Je savais à quel point j'étais malpolie, mais je n'avais pas le loisir d'y songer.
Maintenant, je pouvais le voir de loin. Le visage que je voyais chaque jour depuis ma naissance apparut dans mon champ de vision. Je sentis quelque chose se répandre en moi. Était-ce ce qu'on appelle le soulagement ? Toute ma peur fondit instantanément.
'Je l'avais nié tout ce temps. Je n'avais jamais pu l'accepter. Pourtant, je ne pouvais plus le nier maintenant, plus du tout. Je sus, dès que je vis son visage, à quel point je l'avais attendu.'
Dès qu'il me vit, Keitel sourit. Ce sourire m'était familier, comme toujours. Je bougeai sans m'en rendre compte quand je vis son geste m'invitant à descendre. Je compris quand ses deux bras vigoureux me serrèrent si fort…
'Ce n'est qu'alors que j'ai réalisé…'
'À quel point il m'avait manqué.'
« Tu m'as manqué. »
Keitel raidit son visage à ma voix menue. En regardant son expression, je sentis des larmes me monter aux yeux pour une raison quelconque. Il avait dit qu'il serait de retour dans trois mois. C'était plutôt tôt, mais quand même… oh, je ne savais plus.
Keitel rit tandis que je me jetais dans ses bras, embarrassée. Il tendit la main vers moi et releva mon visage. Ses longs doigts essuyèrent les larmes au coin de mes yeux. Enfin, j'entendis la voix de Keitel qui m'avait tant manquée.
« Ça fait un moment. »