Regarde ce chien qui n'écoute pas les autres. J'ai soupiré de frustration, et Ferdel a soupiré à côté de moi.
Ouais, c'était la situation qui arrivait tout le temps. Oh, ce salaud.
« Pourquoi avoir choisi un chien, au fait ? Tu aurais pu dire un lapin, un cochon, un cheval, ou même un renard. »
Pourquoi était-il curieux de ça ?
Comme d'habitude, c'était une question inutile, je pensais que Keitel l'ignorerais, alors j'ai attrapé le jouet à côté de moi. Rond, gros, et pendu à un bâton comme de la viande.
Viande, viande !
J'étais en train de le mâcher, et Keitel a pris le jouet de ma main.
Oh, mais mes gencives me démangent, Papa !
« Ses yeux. »
« Hmm ? »
J'ai fait de mon mieux pour ne pas me le faire prendre, mais au final, mon jouet a disparu dans ses mains.
C'était un bon jouet, snif. Snif.
« Ses yeux ne regardent que moi et ne reflètent que moi-même, comme un chien. »
« Ben, tu sais. Ça sonne comme une insulte alors que ça n'en est pas une. »
Je savais. Est-ce que mes yeux ressemblaient vraiment à ceux d'un chien à ce point ?
Peu importe comment je réfléchissais, ça sonnait comme une insulte. C'était simplement parce que je n'étais pas innocente ?
« Un chien remuera la queue même si son maître essaie de le battre ou de le tuer. »
De quoi parlait-il soudainement ?
C'est toujours un homme sérieux sans humour dans sa vie, mais là, Keitel était quelque part différent d'habitude. Quelque chose comme s'il était déprimé ? J'ai pris une grande respiration. Ça ressemblait à un petit soupir.
« C'est ce que ses yeux m'ont rappelé. »
Keitel a fermé la bouche.
Papa, j'ai tendu la main vers sa joue avec un petit chuchotement.
Papa, je t'aimais vraiment, mais à des moments comme ça, je ne savais pas quoi faire.
Oh, c'était bien jusqu'alors…
Pourquoi était-ce lui qui avait l'air d'un chien abandonné… ?
J'ai touché la joue de Keitel. Je voulais lui dire qu'il n'avait pas à faire une tête comme ça. Je devinais que c'était encore impossible pour moi avec ces petites mains là, maintenant.
Quand est-ce que ces mains commenceraient à grandir ?
Je ne savais même pas combien de temps il fallait pour grandir assez pour couvrir complètement ses joues.
« C'est irritant. »
Ferdel a aussi raidit son visage.
« Quoi ? »
Keitel m'a tenue par la taille sur cette question. Le même œil cramoisi que le mien. Rouge et vif, représentant à la fois la Naissance et la Mort.
« Elle ne sait pas quel genre de personne je suis, pourtant elle compte sur moi parce que je suis son père. Même si j'essaierais de la tuer. »
« Donc tu vas la tuer ? »
Ferdel a demandé à Keitel, le menton sur sa main. Les yeux de Keitel se sont tournés vers Ferdel. Ça devait être une situation sérieuse, mais le visage de Ferdel était sec, comme un spectateur regardant un film.
« Non. »
S'il avait confirmé, je me serais enfuie loin de lui, mais heureusement, Keitel a nié. Son regard est revenu vers moi. Ses yeux confus semblaient étrangement beaux à mes yeux.
Oh, attends. Est-ce que j'étais dingue moi aussi ?
« Si tu ne vas pas la tuer, pourquoi t'inquiètes-tu autant ? Tu es vraiment bizarre parfois. »
« Je pense que ce n'est pas seulement parfois. »
« Oui, toujours. »
Il a répondu à Keitel, et s'est fait battre à nouveau.
Bref, il l'avait vraiment mérité avec ses mots.
Sans oublier de jeter un regard pathétique à Ferdel, j'ai tourné la tête vers le regard qui me tenait.
« Tu sais quel genre d'homme je suis ? »
C'est toi qui es dingue, non ?
« Et si j'essaie de te tuer ? »
Keitel me le demandait très sérieusement. Je ne pouvais pas comprendre et j'acquiesçais à ces questions, mais je devinais qu'il s'en fichait vraiment. Me tenant dans ses bras, il a marmonné.
« Elle est trop naïve et sans défense. »
C'est parce que je suis encore un bébé…
Bon, je pouvais dire que j'étais sans défense parce qu'il était mon père. C'était en fait une question difficile pour nous deux.
Ferdel a soupiré. Il semblait ne pas savoir quoi dire à ces questions difficiles.
« Vous êtes père et fille. Est-ce qu'il n'est pas ok de baisser un peu la garde devant sa famille ? »
« Je n'ai jamais appris rien de tel. »
J'ai réalisé quel genre de vie cet homme avait vécu. Il y avait une noirceur dans son sourire froid. J'ai gigoté dans ses bras.
« Tu as peur que ces yeux te trahissent ? »
« Non. »
'Alors qu'est-ce qui ne va pas chez toi, hein ?'
Je ne voulais pas rester ignorante de ce chaos. Je voulais le connaître, répondre à ses questions, et le résoudre pour lui.
Cependant, je ne pouvais faire ça que quand je connaîtrais la réponse. Je ne savais pas ce qu'il demandait, ce qu'il craignait, ou ce qu'il aimait. Plus je savais, plus il était difficile.
« Je me souviens d'Assisi. »
Pour une raison quelconque, j'ai senti ses bras trembler.
C'était subtil. Quelque chose comme un tressaillement.
Ouais, je pensais qu'il y avait encore un peu de distance entre lui et moi. Pas aussi loin que le soleil et la terre, mais la distance entre Séoul et Busan ?
Bien sûr, c'était loin, mais comparé au soleil et à la terre, c'était beaucoup plus court. Je me demande. Quand viendrait le jour où je connaîtrais tout le passé de Keitel, ses pensées, et ce qu'il pense, qu'est-ce que je penserais de lui alors ? Est-ce que je l'aimerais ? Peut-être que je le haïrais ?
Cependant, le fait important restait, Keitel était toujours mon père quoi qu'il arrive.
« Tu sais, tu peux avoir un peu plus confiance en les gens. »
La voix de Ferdel m'a sortie de ma propre contemplation. Le regard de Keitel était à couper le souffle.
« C'est ta fille, après tout. »
Ouais, il n'y a rien de plus évident que ça. Je l'ai accepté tout de suite, mais Keitel a froncé les sourcils au début.
« Essaie pas de me donner des conseils. »
« J'essaie juste de t'aider ! »
Ferdel s'est reculé comme s'il était triste. J'étais un peu contente que maintenant, Keitel semblait redevenir mon père. J'ai ouvert les bras tout de suite et j'ai enlacé son cou.
« Papa ! »
Cependant, papa, il devrait arrêter de s'inquiéter pour des trucs inutiles comme ça. S'il essayait de me tuer, je m'enfuirais sans me retourner. Je sais ramper maintenant ! Arrête de me sous-estimer !
« Au fait. Si j'ai un fils, pourquoi tu ne me donnes pas ta fille ? »
« Rêve même pas. »
C'était aussi mon jouet qui a volé vers le Ferdel souriant.
Mes jouets encore ! Ce trou du cul, mes jouets n'étaient pas ses outils pour frapper ! Il n'avait pas à le jeter comme ça !
« Pourquoi !? Est-ce que je ne suis pas assez bien pour être ton gendre ? »
« Oui, à beaucoup près. »
Le visage de Ferdel s'est crispé à cette réponse sans réserve.
« C'est pas assez. »
Avec ce mot laissé là, Keitel est sorti avec moi. Ferdel, resté seul, a crié depuis derrière.
« T'es radin ! »