La pièce où Keitel m'avait emmenée était sa chambre. Puis il me déposa dans le berceau.
Ça faisait deux mois que je dormais à côté de lui. On pourrait dire que ce n'était que pour un moment. Un moment mon cul ! On dirait bien que ce salaud a l'intention de me faire dormir à ses côtés pour le restant de ses jours.
« Attends un peu. »
On aurait dit qu'il allait se laver, parce qu'il m'avait posée dans le berceau et avait mis un jouet dans ma main. Puis il disparut.
'Si c'est pour faire ça, appelle-moi une fois que tu auras fini de te laver.'
« C'est parce qu'il trouve ça amusant de t'observer, ces temps-ci. Il dit que tu es mystérieuse. »
Qu'y avait-il de mystérieux ? Si on regardait sous un certain angle, c'était une forme d'intérêt, mais j'avais l'impression que c'était blatant : il m'accordait le même intérêt qu'à un jouet, alors je trouvais sa fascination malvenue. S'il arrivait un jour où il m'approcherait en être humain, j'envisagerais alors de l'accueillir ou non. 'Au fait, Papa ne te voit toujours pas ?'
« Il n'entend même pas ma voix. »
'Bah, on dirait bien que c'est ça.'
On papotait toutes les deux dans la même pièce, mais pas la moindre réaction. Surtout de la part de ce père fantôme. Maintenant que j'y repensais, je me souvenais de ce capitaine de la garde.
'J'avais oublié, mais je me demande s'il a retrouvé ceux qui ont tenté de m'assassiner ? A-t-il découvert qui c'était ?' Je suppose qu'Elaine et Cerera voulaient oublier cet incident parce qu'elles n'avaient pas grand-chose à en dire. Même Keitel n'avait rien dit sur le sujet, donc il n'y avait nulle part où aller pour satisfaire ma curiosité.
'Ah, je suis encore curieuse aujourd'hui.'
Pendant que je me creusais la tête, je me couvris la tête des deux mains, puis je sentis une grande main me tapoter. Sans lever les yeux, je sus que c'était Dranste, qui s'était mystérieusement approché et me caressait maintenant la tête.
'Tu ne peux pas disparaître de mon champ de vision ?'
« Non, je t'ai dit que tu étais mystérieusement intéressante. »
'Qui a dit quoi ? Ah, je me demande vraiment d'où je tiens ce sang. Maintenant que j'y pense, il y a plein de choses qui m'intriguent.'
Je m'affalai et commençai à rouler de tous côtés, forçant Dranste à me lâcher sans qu'il ait le choix.
'C'est quand que mon papa revient ? Papa, reviens.'
Ah. Maintenant que j'y pensais, c'était le moment le plus confortable pour moi. Tout allait bien avec Papa, mais c'était quelqu'un avec qui je ne me sentais pas à l'aise. Il me manquait, ces jours où je dormais seule.
« Pourquoi ? Tu as peur que Keitel te tue ? »
'Est-ce que ce ne serait pas encore plus bizarre si je n'avais pas peur ?'
Je demandai en enfouissant mon visage dans les couvertures du berceau. Dranste me regarda simplement avec une expression insondable en tenant son menton. Ses yeux bleus brillaient encore aujourd'hui.
'Tchi ! Je dois admettre que cette partie de lui est aussi belle qu'un joyau.'
« Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça. »
'Pourquoi ?'
Je demandai en baissant ma couverture. Dranste me regardait avec une expression vide que je lui voyais rarement. Bien sûr, tout ce que ce type disait était à 90 % des blagues, mais il ne mentait pas. C'est pour ça que j'étais si prise au dépourvu.
'Pourquoi ? Pourquoi tu dis que je n'ai pas à m'inquiéter ?'
« Il a le cœur large quand il s'agit de ce qui lui appartient. »
Dranste ricana en répondant. Puis soudain, son regard se durcit, glacial.
« Mais il est cent fois plus impitoyable avec les autres. »
Ah… Euh.
Dranste hocha la tête comme si c'était naturel, puis rit. Pourquoi est-ce que je trouvais son sourire si cruel, aujourd'hui ? Peut-être que c'est vrai, qui se ressemble s'assemble. C'était un cinglé après l'autre.
Alors que je secouais la tête de gauche à droite, le sourire de Dranste s'élargit. Une fois de plus, il tendit la main vers moi.
« Tant que tu ne te mets pas en travers de son chemin, il ne te tuera pas. Tant que tu restes sage, la plupart des choses seront probablement permises ? »
Je repoussai sa main et demandai.
'Et si je l'insulte en pleine face ?'
« Tu seras tuée. »
'Merde, je ferais mieux de ne pas faire ça. Tchi !'
Alors je dois l'insulter autant que je veux, pour l'instant. Idiot. Plus tard, quand ma prononciation sera meilleure, je ferai semblant de ne pas bien parler et je le ferai aussi. Si je survis, j'arrêterai. Maintenant que j'y pense sous cet angle, mon handicap de communication est plutôt pas mal.
'Euh. Ouais. C'est un bon plan.'
Dans ma couverture toute douce, je pouvais sentir l'odeur des bébés. Une odeur de bébé. 'C'est vrai, je suis un bébé.' En poussant un soupir et en tournant la tête, je vis Dranste en train de rire.
'Au fait… Tu fais toujours ça ?'
« Quoi ? »
'Tu te promènes d'habitude en invisible ?'
« Ah, parfois. »
Il répondit si naturellement que j'en fus surprise.
'Quoi ? Donc tu te promènes d'habitude en invisible ? Donc Papa ne peut pas te voir ?'
Alors que mon regard se glaçait, Dranste rit et tenta de s'excuser.
« Puisque Keitel me déteste tant… »
Maintenant que j'y pense, Dranste s'introduit dans la chambre quand on dort. 'Sérieusement, est-ce que tu…'
Finalement, mon regard devint encore plus glacial.
'Oh maman, y a un pervers ici !'
Je me réveillai. Ça faisait un moment que je n'avais pas aussi bien dormi, et c'était déjà le matin.
Dès que j'ouvris les yeux, la lumière blanche du soleil me perça les yeux. Ce ne fut qu'un instant, parce qu'une ombre noire couvrit la majeure partie de ma vue.
'C'est quoi ça ?'
Je venais de me réveiller et mon esprit était trop embrumé pour identifier ça du premier coup d'œil. C'était dur d'habituer mes yeux à la lumière…
Bientôt, ma patience fut récompensée : mes yeux s'adaptèrent vite à la lumière et la silhouette derrière cette ombre mystérieuse se révéla être mon Papa, Keitel.
'Ah, c'est vrai. Ce lit, c'est celui de mon père. J'avais oublié.'
Un instant, nos regards se croisèrent. La douce lumière du soleil venant de la fenêtre éclairait vivement le lit.
Dès que nos yeux se rencontrèrent, il tordit les lèvres. C'était difficile de décrire ça comme un sourire.
« Tu as bien dormi ? »
Une voix grave. Je ne savais pas si c'était parce que c'était le matin, mais elle semblait encore plus grave que d'habitude. Si j'avais l'impression de pouvoir fondre, c'était sûrement parce que la voix de ce salaud était trop belle.
Hah. Je me rappelai les mots de quelqu'un qui disait pouvoir tomber enceinte rien qu'en entendant la voix d'un homme.
À cet instant, je souriis immédiatement. Ça avait l'air un peu bête puisque je venais de me lever, mais c'était la meilleure expression que je pouvais faire pour l'accueillir.
À cet instant, il toucha ma joue.
« Pa-pa. » (Papa)
J'aurais dû m'y habituer, mais la personne, c'était Keitel, alors je n'arrivais juste pas.
'Cette sensation, c'est…'
Je dois dire que Keitel était plus sexy le matin que la nuit ou à l'aube.
C'est ça, à l'exception des fois où il se réveillait à l'aube trempé de sueur, il était à son plus sexy quand il se réveillait le matin, tout décoiffé.
Hah… Penser qu'une fille appréciait l'aspect sensuel de son propre père, c'était un problème. Un gros problème.
Pourtant, ce qui était sérieusement bizarre, c'est que même si on ne dormait pas ensemble et qu'on ne faisait rien de provocant, quand le matin arrive et qu'il se réveille juste…
« … »
Keitel devenait si sexy dans cet état qu'il en devenait un danger pour lui-même.
'Papa, ne vois pas de filles le matin. C'est pas bon pour toi, et je pense que c'est un peu dangereux pour les hommes aussi. Ah, je suis sérieuse ! Sérieusement ! Pourquoi ! Vraiment, pourquoi es-tu si sensuel !? T'es un papa avec un gamin ! Ça a l'air injuste. C'est ça. C'est injuste.'
Non seulement sa beauté était hors du commun, mais chaque matin ou à l'aube, sans exception de temps ou de lieu, il attirait et captivait les gens. C'était un gros problème.
'Si seulement il partageait sa beauté avec les autres hommes, comme le monde serait beau et généreux, tu ne trouves pas ? Puisqu'il la garde pour lui, comment le monde peut-il être généreux ? Merde ! Hah ! Je suis triste que tu sois mon père. Au moins, si tu partageais ta beauté avec les autres hommes, j'arrêterais de me plaindre. Qu'est-ce que t'en dis ? Bien ?'
« Pa-pa. » (Papa)
'Bien ? Qu'est-ce que je raconte ? Je devrais juste être reconnaissante de pouvoir voir Keitel se réveiller le matin. J'ai l'impression que mes yeux se nettoient, et bien sûr mon cœur aussi.
Ah, je pourrai pas me marier. Tous les jours, à regarder cette figure… Comment je pourrais m'habituer à quelqu'un d'autre dont le visage n'atteint pas ce niveau ? Ce salaud de papa bloque le mariage de sa propre fille avec sa gueule.'
« Pa-pa. » (Papa)
Keitel me souleva.
Je dois faire à peu près 7 kilos, pourtant il me leva comme si j'étais un oiseau. J'avais l'habitude d'être serrée dans les bras de mon père après m'être réveillée le matin, pourtant je n'arrivais pas à m'habituer à sa beauté…
'Ah. Qu'est-ce que je suis censée faire de ce type rayonnant ? En quoi ça ressemble à un papa avec son gamin ? Le monde est sérieusement injuste !'
« Tu grandis vraiment vite. »
'… Huit mois se sont passés. Est-ce que c'est si rapide, comme croissance, après huit mois ?'
Un instant, j'eus l'impression d'être un cobaye qu'on avait bourré de je ne sais quel produit de croissance et qui faisait une poussée anormale.
Cochon. Groin, groin.
Ah, ce n'était pas un problème, pour une raison quelconque, Keitel était toujours sur le fil le matin. Si je riais, il riait aussi, mais comparé à la journée ou à la nuit, il était silencieux. C'était toujours à moi de briser le silence.
'Tu ordonnes vraiment à un gamin de faire n'importe quoi. Hah~ Je finis par faire n'importe quoi pour survivre, sérieusement.'
« Pa-pa ! »
« Oui. »
« Pa-pa ! »
« Ah. »
'Renvoie-moi chez Cerira, maintenant. C'était pas assez à ce stade ? T'es toujours pas satisfait de mon spectacle ?'
Je riais brillamment maintenant, mais mes muscles faciaux étaient raides et sur le point de s'effondrer d'épuisement. Si mon visage vieillissait et se ridait précocement, ce serait de ta faute. D'accord ?
Comme s'il comprenait mon cœur ardent, Keitel inclina la tête sur le côté.
« Pourquoi est-ce qu'elle m'appelle tout le temps ? »
« Pa-pa… »
'… Laisse-moi partir. Papa, les manières, s'il te plaît…'