Caitel ne donna aucune réponse. Assisi avala un sourire amer.
« Je sais que ma demande… trahit le serment que j'ai prononcé en devenant votre chevalier. Je le sais fin bien. Si vous exigez ma vie, je la donnerai avec joie. Si vous m'ordonnez de repartir vers d'interminables batailles, j'obéirai. En revanche, je ne pourrai jamais réfréner le vœu de rester à ses côtés jusqu'à mon dernier souffle. »
Soudain, des pensées du passé me revinrent en tête. Je me croyais souillé, méprisable. Il a été la première personne à… tendre la main à quelqu'un qui croupissait dans le désespoir sans raison de vivre.
« Te souviens-tu du jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois ? »
Une voix dénuée d'émotion prononça ces mots, sur un ton d'une déconcertante banalité. Assisi songea que Caitel n'avait pas changé. Son maître était un homme replié sur lui-même depuis l'enfance.
« Tu étais à genoux, tout comme aujourd'hui, et je te regardais de haut sans la moindre once d'intérêt. »
Le lieu était aussi identique. Chaque fois que je me rendais au palais, je venais toujours ici. Assisi baissa la tête. Les enfants avaient déjà grandi à ce point.
« Assisi. »
Assisi releva la tête au son de la voix qui l'appelait.
« Tu n'as jamais été souillé. »
Assisi resta ferme, les lèvres serrées. Il ne savait que dire face à ces yeux rougis. À cet instant, Caitel sourit. Un sourire faible, inédit, qui disparut presque aussitôt.
« J'accède à ta requête. »
Une voix sévère donna l'ordre.
« Tu seras nommé chevalier royal de la princesse Ariadna. »
Je ne parvins même pas à le remercier. Je n'avais pas cru qu'il accepterait vraiment ma demande.
Assisi mordit ses lèvres, submergé par l'émotion.
« Mais tu restes mon seigneur. »
Caitel rit d'un large sourire, différent du précédent. Un sourire franc, lumineux.
« Quel honneur. »
ArcaI
Le temps était clair ce 1er juillet, an 511 du calendrier Hardéiun.
Cerera est trop douce avec la princesse ! Elle devrait être plus stricte.
Aujourd'hui, la princesse a mangé du pudding et du gâteau au chocolat en collation. C'est une friandise spéciale préparée par le chef, mais je m'inquiète quand même pour son apport calorique.
Et si elle prenait du poids ?
… mais même si elle en prenait un peu, ma princesse resterait jolie.
Pour une raison que j'ignore, la princesse a l'air d'aimer jouer des tours ces temps-ci, mais je suppose que je me fais des idées. En fait, il y a une raison pour laquelle j'ai consigné cela…
Aujourd'hui, c'était la première fois que la princesse venait dans mes bras. Oh, comme un enfant est petit et chaud. Oh, j'ai eu envie de l'exhiber quelque part.
Oh, ma princesse était si mignonne.
- Extraits du journal d'une femme de chambre de la cour. -