Que Ferdel rie ou non, j'ai levé les yeux vers mon père que je n'avais pas vu depuis longtemps. Il ne se montrait même pas aux repas, prétextant qu'il était occupé avec les émissaires. Il ne daignait apparaître que lorsqu'il allait dormir. D'où vient cette mine mécontente ?
« On dirait que ma fille a un sacré caractère en ce moment. »
'C'est vrai. Je savais qu'il ne me tuerait pas même si je ne me tenais pas sage, alors je testais juste les limites. C'est la première fois que j'allais aussi loin. Tout ça parce que j'étais douée pour l'apprivoiser. Ceci dit, ce comportement passait encore pour de la mignonnerie.'
« Peut-être qu'elle est contrariée parce que tu ne passes pas de temps avec elle ces temps-ci. »
'Ce n'est pas ça. Est-ce que j'étais une gamine ? Je ne m'énerverais pas pour une chose pareille.'
'Enfin, j'étais actuellement une gamine. Bref, ce n'était pas à cause de ça.'
Alors que j'étais dans les bras de mon père, Keitel a attrapé le chocolat servi en dessert. Qu'est-ce qui lui prenait à ce type qui détestait le chocolat ? Je l'ai regardé en boudeur et il a bientôt posé le chocolat devant mes lèvres.
« Tu en veux ? »
« Oui. »
« Je t'en donne pas. »
'... ce salaud.'
Keitel a ri bas, sachant que ma réaction était glaciale. Pourquoi faisait-il le gamin... c'était drôle ? Il trouvait ça drôle ?!
'J'avais pitié de la vie future que je devais mener avec cet homme pour père. Enfin, j'avais été pathétique depuis ma naissance. Je pensais pouvoir prétendre à la première place pour avoir vécu une vie aussi pathétique.'
Il avait dit qu'il m'en donnerait pas, mais il m'a quand même mis le chocolat droit dans la bouche. Est-ce qu'il se foutait de ma gueule ? J'aurais bien voulu lui mordre le doigt, mais je me suis retenue cette fois. Il m'aurait vraiment tuée si je l'avais fait.
« C'est bon ! »
Keitel a ri à ma réponse. C'est ce sourire fourbe qu'il faisait toujours. Un long moment s'est écoulé avant que Ferdel ne se mette à faire un scandale à côté de nous.
« Moi aussi je veux lui donner à manger, moi aussi je veux lui donner à manger, moi aussi je veux lui donner à manger ! »
'Tu ferais mieux de nourrir ton propre fils.'
Quand je me suis détournée de lui, Ferdel a poussé un cri. Je pouvais sentir son fort désir d'avoir une fille dans ce cri. Oh, mais ce chocolat est fantastique. Je le mangeais tous les jours, mais je ne m'en lassais pas. Notre chef devrait être désigné comme un véritable trésor culturel immatériel.
« Souris. »
« J'veux pas. »
'Je n'étais plus la gamine d'un an qui souriait sur commande. Maintenant, c'était très différent ! Je défendrais ma fierté et ma valeur ! Je ne sourirais jamais sur son ordre ! Je ne sourirais plus sur son ordre comme avant ! Même si le ciel s'effondrait !'
« Souris. »
« Non ! »
« Je te donne un biscuit si tu souris. »
'T-tu crois que je vais tomber dans un truc pareil ? Ce mec me sous-estimait !'
'... ou pas.'
'Héhéhé, biscuit !'
'... merde... je le détestais... il me connaissait trop bien. Aah, il ne me restait plus d'espoir dans la vie... j'imagine qu'aujourd'hui, le ciel allait s'effondrer...'