… Puis, j'arrivai sur le territoire du comte Monroe.
L'instant où j'y mis les pieds, je perdis mes mots.
Ce n'était pas vivant… c'était loin de l'être.
C'était un boulevard où les taudis du royaume sembleraient presque accueillants.
Une route fraîchement tracée, à moitié finie, jonchée de tas d'ordures et de corps étendus sur les bas-côtés.
Les gens gisant là n'étaient plus que peau sur os… des êtres dont on ne savait plus s'ils étaient encore en vie ou déjà morts.
Une odeur de pourriture flottait partout.
« Qu'est-ce que c'est que ça… »
Mes mots murmurés ne trouvèrent aucune réponse.
L'élan provoqué par la scène devant moi me fit prendre la fuite.
« Monsieur Berne, s'il vous plaît, attendez ! »
Les paroles des hommes d'escorte n'atteignirent jamais mes oreilles.
…… Ma tête était remplie par le spectacle qui s'offrait à moi.
Je courais sur la route en hurlant en moi-même que c'était un mensonge.
Pourtant, un spectacle similaire s'étendait devant moi, où que je coure.
Non… des visions encore plus terribles apparaissaient à mesure que j'avançais.
S'il existe un enfer, c'est ici… et le désespoir est tout ce qui remplit mon cœur à présent.
« Vous… êtes-vous un seigneur ? »
Une femme qui fixait le vide, les yeux vides et sans vie, m'interpella.
« Mon seigneur… je n'ai bu que de l'eau boueuse depuis trois jours. »
Elle s'approcha de moi, rampant lentement jusqu'à mes pieds.
Un corps maigre aux yeux morts et vides.
La peur me saisit face à ces yeux où ne se reflétait rien.
… C'est pour ça que je ne m'en aperçus pas.
« Reculer ! »
La présence d'un homme qui s'approchait d'elle et de moi.
Il la repoussa violemment de toute sa force et se planta devant moi.
« Votre Grâce… je ferai n'importe quoi. Si vous me bénissez de quelque nourriture, je serai votre esclave à jamais. »
Cherchant à m'atteindre tandis que je recule à l'approche des gens, la foule se bouscule.
La femme qui m'avait abordée en premier s'était effondrée au sol.
Les gens marchent sur elle et tendent les mains vers moi.
« …ah ah ah ah ah ! »
C'est immonde ! pensai-je.
L'horreur de ces innombrables mains qui s'agrippent ressemble à une invitation à la mort.
… Je hurlais en moi-même pour refuser ce spectacle.
Deux gardes qui semblèrent répondre à ma voix intérieure… l'un d'eux, galopant à bride abattue, cria…
« Vous là, protégez le seigneur ! »
Regardant l'escorte, il dégaina son épée…
C'est à ce moment que je revins à moi.
« Ne les tuez pas ! »
Je criai. Mes mots, cette fois, déconcertèrent l'escorte.
« Monsieur Berne… mais… »
« Bien !… vous là, vous voulez de la nourriture ?! »
À mes mots, une lueur ranima les regards de la foule.
« Pheng ! »
L'escorte, dont le nom avait été appelé, resta perplexe.
« Mais Monsieur Berne ! »
« Allez, jetez-leur toute notre nourriture ! »
Il lança le paquet qu'il portait sur le dos aussi loin qu'il put.
« Les gens, c'est toute la nourriture qu'on a. »
Au moment où je le leur dis, ceux qui me suppliaient se ruèrent sur les paquets jetés.
Et nous trois, les deux escorts et moi, courûmes dans la direction opposée.
Loin de la route, trois personnes dont Berne s'assirent sur un espace vide après s'être assurés qu'il n'y avait personne aux alentours.
« Désolé de demander ça, mais il nous reste de la nourriture et de l'eau ? » Pour qu'ils soient si désespérés…
« On a de quoi manger pour un jour. Comme la ration de campagne est dans la besace, il faudra la partager entre nous quatre, désolé de vous faire boire avec nous, Monsieur Berne. »
« C'est bon, mais ça… » En désignant l'endroit où la foule se battait désespérément pour les paquets.
Les visages des escorts s'assombrirent d'un même mouvement.
Tous, comme moi, avaient vu la scène de cet enfer.
… La catastrophe et la pénurie alimentaire dans le royaume sont probablement la cause principale de ce cas, mais ce n'est pas la seule, ce n'est pas seulement depuis la survenue de la catastrophe que cela s'est produit, peut-être que la nourriture du territoire du comte Monroe a été vidée depuis longtemps.
Je m'efforce de rester à peine calme.
« Une chose pareille ! Comment la nourriture de ce territoire a-t-elle pu être vidée ! »
« Selon qui est le seigneur, ne comprenez-vous pas à quel point un territoire change en fonction de ça… ? »
Je serrais les lèvres.
La colère couve en moi.
Le comte Monroe qui a produit cet enfer, plus que tout… ma colère contre lui ne sert à rien pour résoudre quoi que ce soit, mais même ainsi…
Plus je suis en colère, plus ma poitrine brûle.