« Pfiou… »
En démêlant mes cheveux que j'avais laissés détachés, je soufflais.
Il était presque l'heure où le calendrier allait tourner la page, marquant la fin d'une journée.
Après avoir fini de préparer toutes les petites choses dont milady avait besoin avant d'aller dormir, j'allais moi aussi me coucher.
Bien que beaucoup de gens demandent, à demi-mots : « Tu dors vraiment ? », je suis humaine, moi aussi. Bien sûr, le sommeil est nécessaire.
D'ailleurs, cette question semblerait plus adaptée pour M. Sebastian que pour moi. Il avait l'air de ne jamais se fatiguer, toujours avec une expression douce sur son visage. C'est admirable.
Je devais le prendre pour modèle et m'améliorer continuellement dans ce but.
Alors que je ruminais une chose après l'autre, je saisis soudain le ruban sur la table. Celui qui formait un ensemble avec ceux de Merida, de milady et de Rehme.
…Quand était-ce ? Je me souviens que c'était à l'époque où je m'entraînais encore comme servante.
Lorsque le père de milady avait invité un ami marchand, et qu'on avait demandé à milady s'il y avait quelque chose qu'elle voulait, elle avait choisi ces rubans pour cheveux.
« C'est tout ? Et ces pierres précieuses ? »
Voyant milady choisir le ruban parmi une collection d'articles luxueux et chers, son père avait semblé incrédule… sa mère avait aussi essayé de la convaincre d'en prendre un autre.
« Oui, ça suffit. Puis-je en avoir quatre, s'il vous plaît ? »
Et puis, milady nous avait apporté les rubans, à nous trois.
« Tout le monde est pareil. »
En disant cela, elle avait souri.
Bien que ce fût un artefact assez cher pour nous… mais pour milady, qui était la fille d'une famille ducale, cela aurait dû être quelque chose de bon marché.
Mais pour elle, c'étaient des trésors.
« Si vous ne les aimez pas, je suis désolée. Mais je pensais que ce serait bien si on pouvait les avoir tous en ensemble. Si vous acceptez de les prendre, je serai très heureuse. »
J'ai senti qu'en ce jour, j'étais si heureuse. Heureuse d'avoir été ramassée en cet endroit, ce jour-là, par milady.
Si elle ne l'avait pas fait, j'aurais probablement fini par mourir quelque part.
Je ne me souviens pas quand j'ai commencé à vivre là-bas. Mais j'ai probablement été abandonnée par mes parents.
Ce dont je me souviens, c'est que j'étais là, seule – dans les bas-fonds de la capitale.
Jeune et ignorante que j'étais, j'avais faim chaque jour et je me laissais aller progressivement.
Chaque jour, j'étais assise dans la ruelle, et je fixais le ciel.
Parfois, je voyais des enfants main dans la main avec leurs parents. Je ne savais pas pourquoi, mais cela me faisait pleurer.
Alors c'était ça, mon destin : mourir seule… oui, avant longtemps, même moi, j'ai perdu la volonté de vivre. En fait, je voulais disparaître le plus vite possible.
Et puis un jour, deux hommes que je ne connaissais pas m'ont adressé la parole.
Ce qu'ils disaient n'était pas clair. Je ne m'en souviens plus.
Mais leurs sales sourires m'ont fait comprendre instinctivement que ce n'étaient pas de bonnes personnes.
Bien que j'aie déjà abandonné tout espoir de survie, mon corps a réagi au danger par instinct. Je voulais m'enfuir, alors j'ai commencé à courir.
Courir, courir… mais un enfant sans endurance ne pouvait pas espérer s'enfuir face à ces hommes. J'allais me faire attraper.
C'est milady qui était intervenue à ce moment-là et m'a sauvée.
J'avais couru de toutes mes forces. Heureusement pour moi, la route que je prenais menait vers la grande rue – je me suis jetée devant sa voiture.
« Tu n'es pas blessée ? »
La première fois que je l'ai vue, je me souviens avoir pensé – pourquoi est-ce que le monde dans lequel elle et moi existons est si différent ? J'ai secoué la tête.
« C'est bien… dis, tu as un endroit où aller ? »
À cette question, j'ai secoué la tête à nouveau.
« C'est ça… alors, tu veux venir avec nous ? »
Après ça, bien que ses serviteurs aient essayé de l'en empêcher, elle m'a quand même emmenée… et ainsi j'ai été sauvée.
« J'avais l'impression qu'elle était poursuivée par quelqu'un. Je le dirai à mon père, pour les gens qui étaient après elle. »
Plus tard, j'ai appris que ces hommes étaient là pour attraper des enfants orphelins et les vendre au marché à bas prix.
Parce qu'ils m'ont vue être ramassée par milady et ses serviteurs, ils ont décidé de renoncer à moi.
Et puis, selon ses suggestions et les rapports des serviteurs, ils ont tous été arrêtés.
« À partir d'aujourd'hui, vivons ici ensemble. Comment t'appelles-tu ? »
« …Je ne sais pas. »
« C'est ça. Et si on t'appelait Tanya ? C'est un nom qui apparaît dans un conte de fées, le nom d'une princesse intelligente. »
En prenant ma main sous la lumière du soleil, c'est ce qu'elle a dit avec un sourire sur son visage.
Cette main chaude m'a rappelé les familles que j'avais vues dans la ruée… des larmes ont coulé sur mon visage.
« Tu… tu n'aimes pas ? Et si on en choisissait un autre… »
Me voyant réagir comme ça, ma maîtresse s'est redressée en hâte, l'air inquiet. C'était un spectacle très drôle, mais mes larmes refusaient toujours de s'arrêter.
J'avais été sauvée – de deux façons différentes.
Je n'avais pas seulement été tirée d'une situation dangereuse ; ma nouvelle maîtresse m'avait donné un but pour survivre, à moi qui avais déjà abandonné la survie.
Alors je ne voulais pas qu'elle soit troublée ou peinée. Je veux la protéger de tous les ennuis et de toute la douleur que je peux.
Depuis qu'elle est arrivée à la capitale, elle n'a pas vraiment souri une seule fois. Quoi qu'il arrive, elle a toujours l'air fatiguée.
Bien sûr, nous sommes venues à la capitale initialement pour apaiser l'émeute, mais ce n'était pas que ça. Parce qu'il y avait tant de choses à gérer dans les suites, des négociations à mener, il était naturel d'être tendue en permanence.
Même si c'était tout à fait naturel… mais même dans le temps qui devrait n'appartenir qu'à elle seule, l'expression de milady était toujours sombre.
« Milady, y a-t-il quelque chose qui ne va pas ? »
Quand nous raccompagnions Dean et sa sœur, il lui a posé cette question.
Même un homme qui n'apparaissait qu'occasionnellement dans sa vie l'avait remarqué. Bien sûr, moi et tous les autres qui la servions au manoir ducal l'avions remarqué aussi.
Mais même après l'avoir remarqué, il n'y avait rien que nous puissions faire. C'était vraiment frustrant. C'était parce que nous ne pouvions même pas comprendre quelle était la raison de cette humeur morose.
Mais, ne serait-ce qu'un peu… je sentais que ce qui corrompait le cœur de milady, c'était probablement cet endroit.
Pour elle, c'était l'endroit où cette chose abominable s'était produite. Cette fois encore, quelque chose s'était produit qui la torturait à l'intérieur… c'était inévitable qu'elle déteste cet endroit.
Même ainsi, fondamentalement… je ne sais pas pourquoi, mais dans cet endroit, elle ne semblait pas être elle-même.
Je ne savais pas comment l'expliquer, mais elle semblait se déguiser en méchante.
En tant que fille d'une famille ducale, toutes ses actions ne brillaient pas comme quand elle était plus jeune.
Elle a grandi… c'est inévitable.
Même en tant que servante, je le sentais. Vivant dans la haute société, où tout est pièges et complots, elle ne pouvait pas rester comme elle était avant. Si elle le faisait, les vils qui voulaient profiter d'elle ne feraient que se rassembler et l'encercler.
Garder son sang-froid, réprimer ses émotions pour prendre des décisions difficiles était une façade nécessaire pour milady.
Mais je n'arrivais pas à comprendre pourquoi, à la capitale, cet aspect d'elle semblait plus proéminent.
Son sourire radieux avait disparu, remplacé par un sourire froid qui cachait ses véritables émotions.
On dirait qu'elle essayait de jouer la méchante dans chacun de ses gestes.
Peut-être l'avait-elle réalisé aussi, dans son subconscient.
J'aspirais au jour où elle pourrait retourner dans le fief, mais il y avait encore du travail à faire… il semblait.
Vouloir y retourner le plus vite possible, cette urgence de ce désir – peut-être que milady, qui priait pour que ce jour arrive elle aussi, était épuisée par tout, n'importe quoi.
Tout ce que je pouvais faire, c'était prier, moi aussi, pour le jour où nous retournerions dans notre fief.