« Hem, ah~, je suis le dieu créateur de ce monde, Demiourgos. Je suis aussi la divinité suprême de ce monde. J'ai quelques doutes depuis peu. Tout d'abord, qu'on me réponde à ces questions. Hé, toi, le soi-disant pape qui se terre dans l'église, sors d'ici. »
La voix de Demiourgos-sama, qui m'est familière, résonna dans ma tête.
Lors de notre discussion, il avait été décidé que cette voix parviendrait aux croyants de l'église de Rubanov, c'est-à-dire aux habitants du territoire du Saint Royaume de Rubanov, aux principaux ecclésiastiques des autres religions comme les quatre déesses, ainsi qu'aux familles royales et impériales de chaque pays.
Demiourgos-sama avait dit : « Je peux aussi la faire parvenir à tous les habitants de ce continent », mais on avait convenu que c'était excessif, et on s'était limité à cette portée.
Même comme ça, je pense que l'effet est plus que suffisant.
D'ailleurs, il produit déjà un effet remarquable.
Pour preuve, de nombreux visages affichaient leur stupeur, retenant leur souffle, et certains commençaient même à s'agenouiller pour prier.
Évidemment.
Puisque la voix d'un dieu résonne directement dans leur crâne.
« Vite, sors. »
Pressé par Demiourgos-sama, une dizaine de personnes vêtues de robes sacerdotales blanches brodées d'or, fort voyantes, sortirent de l'église.
Parmi eux, celui qui portait une robe encore plus luxueuse, où étaient cousus des joyaux, devait être le pape.
« Enfin. L'église de Rubanov, hein~. Au fait, c'est qui, Rubanov ? »
Pfff, De-Demiourgos-sama, vous demandez ça *ici* ?
Hé ?
Le pape et les types en robes luxueuses sont, pour une raison quelconque, d'une pâleur cadavérique, prêts à s'effondrer sur le champ. Est-ce qu'ils savent qu'aucun dieu nommé Rubanov n'existe ?
« Tu n'as pas l'intention de répondre ? »
« …… Ru, Ru, Rubanov-sama est omniscient et omnipotent, c'est le d-dieu de notre peuple humain resplendissant. »
Malgré la foule, la voix frêle du pape résonna anormalement clair sur la place silencieuse.
« Le dieu omniscient et omnipotent des humains~. Hum hum. Comme je l'ai dit, je suis le dieu créateur et la divinité suprême de ce monde. Naturellement, je connais toutes les divinités de ce monde. Eh bien, sachez-le : il n'existe aucun dieu nommé Rubanov. D'ailleurs, les dieux ne font pas de distinction de supériorité selon les races. »
Quand Demiourgos-sama trancha ainsi, un murmure s'éleva parmi les gens autour de la place.
« C-c'est impossible… »
Le pape répliqua impulsivement, mais ça ne pouvait pas atteindre Demiourgos-sama.
« Le mensonge ne trompe pas un dieu. Vous, les cadres de l'église de Rubanov présents ici, on vous l'a appris quand vous avez pris vos fonctions, non ? Que l'église de Rubanov n'est qu'une religion créée pour ramasser de l'or. Vous l'avez su avant d'accepter ces postes, donc vous n'êtes tous que des goujats avides. »
Les cadres en robes sacerdotales, dont la vraie nature et l'origine de l'église de Rubanov venaient d'être étalées par Demiourgos-sama, affichèrent un teint blême au-delà du bleu, chancelaient, prêts à s'effondrer.
« Bon, peu importe. Pour que les humains vivent à l'époque actuelle, l'or est nécessaire, après tout. Même si c'est une arnaque, tant que ça reste à ce niveau, je n'interviendrai pas. Mais… »
Demiourgos-sama, vous êtes furieux, non ?
J'ai la chair de poule, là.
« Qu'avez-vous fait ? Traiter les hommes-bêtes, elfes et nains comme des jouets va de soi, mais vous enlevez même de beaux garçons et filles parmi les humains pour en faire vos jouets. Et quand vous vous en lassez, vous les vendez comme esclaves. Les membres de l'église de Rubanov font ça sans ciller. Surtout les cadres, c'est affreux. Ils savent où ils les vendent : à l'Empire. Ceux qu'on vend à l'Empire deviennent des cibles d'entraînement au combat et meurent. Et même après la mort, un destin qu'on répugne à décrire les attend, et vous le savez… »
Même après la mort, un destin qu'on répugne à décrire ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Demiourgos-sama va jusqu'à dire ça, c'est flippant.
« Tant qu'à faire, je vais aussi dire un mot à l'Empire. L'empereur de l'Empire, tu m'entends. Vous, les gens de l'Empire, vous ne considérez pas les non-impériaux comme des humains. C'est de là qu'est née cette mauvaise coutume, mais arrêtez-la. Dorénavant, je ne tolérerai plus aucune telle pratique. Bien compris ? Je vous observe. »
Wah, l'Empire aussi est dans le collimateur de Demiourgos-sama.
L'Empire, paraît-il, a fermé ses frontières depuis quelques décennies, et je ne sais que c'est un État militaire à fond. Sinon, j'entends qu'ils ont des escarmouches constantes avec les pays frontaliers.
Juste ça suffit pour se dire qu'il ne faut pas s'en approcher, mais s'en plus Demiourgos-sama l'a à l'œil, d'autant plus.
« Revenons à l'église de Rubanov. Vous avez commis une myriade d'autres méfaits innombrables, en plus de ce que je viens de dire. Pour des gens qui usurpent le nom d'un dieu inexistant et commettent tous les crimes imaginables, même moi je ne peux plus fermer les yeux. »
Se faire dire par Demiourgos-sama qu'ils commettent tous les crimes imaginables, quand même.
L'église de Rubanov, c'est vraiment irrécupérable.
« C'est pour ça que je vous punis. Hem, Fel, et le dragon ancestral, faites le travail. ……… Fohhfo~, je voulais dire cette réplique une fois dans ma vie~. »
…… Demiourgos-sama, votre voix intérieure s'entend parfaitement.
C'est pas *Mito Kōmon*, ça ?
Vous l'avez regardé, hein.
« « Oui, mon seigneur » »
À cause de Demiourgos-sama, Fel et Gon-jii ont le visage crispé.
« Hé, vous autres. Si vous ne voulez pas être pris dedans, éloignez-vous des bâtiments. »
« Cet avertissement aussi est par la miséricorde de Demiourgos-sama. Que vous partiez ou non, nous le ferons de toute façon. »
Quand Fel et Gon-jii annoncèrent ça, les chevaliers auto-proclamés « sainte chevalerie » et le pape en robe s'enfuirent comme des lapins.
Ils sont rapides, rien que pour la fuite.
« Bon, on y va. »
« Ouais. »
« Moi aussi j'y vais ! »
« Sui aussi~ »
Fel et Gon-jii bien sûr, mais Dora-chan et Sui aussi sont prêts.
Au moment où tous s'apprêtaient à attaquer l'église.
« Mentez pas ! L'église de Rubanov est la doctrine suprême ! Moi, de cette épée maudite, je vais châtiér ces démons impurs ! »
Celui qui jaillit par la porte de l'église, hurlant ça, l'épée à la main, était un chevalier revêtu d'une armure luxueuse de la soi-disant sainte chevalerie.
« M-maudite ?! »
Je me souvins qu'Erland-san m'avait dit que l'« épée maudite Joyeuse » était conservée dans l'église mère de l'église de Rubanov.
Et je sentis le danger.
Peut-être que tout le monde allait se faire trancher.
Dès que je pensai ça, mon corps bougea tout seul.
Je glissai le long du corps de Gon-jii pour sauter à terre, et attrapai l'épée maudite Gram, celle qui me tenait le mieux dans la main, dans ma Boîte à objets.
Et―――.
« Uooooooh ! »
*Clang.*
La lame de l'épée maudite du chevalier en armure luxueuse et celle de mon épée maudite Gram s'entrechoquèrent.
« Hmph. De ce niveau, vous ne pouvez pas nous blesser. »
« C'est exact. D'ailleurs, cette épée… je ne sens pas la puissance magique d'une épée maudite. C'est un faux, sans doute. La preuve… »
« Hein ? »
L'épée maudite du chevalier se brisa net à la base.
« Pourquoiiiiii ! »
Le hurlement du chevalier résonna.
« Ah, ce n'est pas une épée maudite. Il y a cent ans ? Non, deux cents ans ? J'ai oublié, mais les cadres de l'époque de l'église de Rubanov l'ont joyeusement vendue pour de l'or. »
Demiourgos-sama…
Avec ce coup de grâce, le chevalier s'effondra sur les genoux, la tête basse, abattu.
Le chevalier, affaissé sur ses genoux, fut emmené par ses collègues de la sainte chevalerie.
« Ma foi, pour un peureux comme toi, c'était un bon mouvement. »
Fel, si tu veux complimenter, fais-le normalement.
« Bon, reprenons. On y va. »
Sur ces mots de Fel―――.
*DOGOOON*, *BARIBARIBARIBARI*―――.
*DOGAAAAN*―――.
*DOSHU, DOSHU, DOSHUDOSHUDOSHU*―――.
*BYU, BYU, BYU*―――.
La foudre de la magie de vent de Fel, les gros rochers de la magie de terre de Gon-jii, les piliers de glace pointus de la magie de glace de Dora-chan, les projectiles acides de Sui, tout ça s'abattit d'un coup sur l'église mère de l'église de Rubanov, grande comme un château.
Quand la lumière éclatante et la poussière retombèrent, il ne restait que des débris pulvérisés éparpillés çà et là.