« Marie-san, cela fait longtemps. »
Quand je me rendis devant la boutique de Lambert-san, c'est Marie-san, l'épouse de Lambert-san, qui se trouvait à l'accueil.
« Mais, Mukouda-sama ! Cela fait longtemps. Vous êtes donc de retour à Carina ? »
« Oui, je reviens après un long moment. Il semble que les savons et les shampooings se vendent bien. »
Au coin de la boutique où étaient exposés les savons et les shampooings, des femmes s'agglutinaient.
« Grâce à vous, c'est cette affluence tous les jours. Simplement, les quantités sont limitées, et pour éviter les achats en gros, nous nous voyons contraints de limiter à un seul article de chaque type par personne, ce qui nous peine… »
Ah~, c'est bien ce que je pensais.
Je me disais qu'il ne faudrait pas longtemps avant que le stock ne devienne critique.
Cela fait un moment depuis que j'ai livré en gros à Belléan.
« Cela entre aussi dans ce dont je voulais vous parler. J'aimerais demander conseil à Lambert-san, est-il là ? »
« Un instant, je vous prie. »
Marie-san transmit à un garçon de boutique l'ordre d'appeler Lambert-san, et ce dernier apparut aussitôt depuis le fond du magasin.
« Mukouda-san, cela fait longtemps ! »
« Cela fait longtemps, Lambert-san. »
« Le manteau en wyverne que vous avez commandé est en phase de finition, et le résultat est splendide ! »
« Oh~, j'ai hâte de le voir ! »
« Il me faudra encore une vingtaine de jours environ. »
« Bien sûr, aucun problème. »
J'étais arrivé bien avant la date convenue, après tout.
« Puisqu'il y a matière à discuter, veuillez me suivre à l'arrière. »
Lambert-san me guida vers la pièce à l'arrière de la boutique.
Comme il était question de la vente en gros des savons et shampooings, Marie-san nous accompagna.
***
« Je suis désolé d'aller droit au but, mais puis-je commencer par la question de l'approvisionnement ? Marie ne tient pas en place, hahaha. »
« Mon dieu, vous n'avez pas changé. Mais les savons comme les shampooings que nous achetons à Mukouda-sama ont tous un succès fou et sont en rupture. Si nous venons à manquer de stock, nous ne pourrons pas nous excuser auprès des clients qui se déplacent pour en acheter. »
…… Comment dire, c'est un couple qui s'entend toujours aussi bien.
Voir ça sous mes yeux, ça me ronge les points de vie.
« Puisque Mukouda-sama est de retour, nous voudrions absolument nous réapprovisionner au plus vite. Si possible… »
D'après Marie-san, elle souhaitait autant de marchandises que lors de la livraison en gros à Belléan, et le plus rapidement possible.
Avec un tel volume, la revente en gros pourrait être refusée, mais la limite actuelle d'un article par type et par personne pourrait être levée.
La quantité de Belléan, hein…
Le transvasement dans les pots et les caisses en bois, c'est ce qui est pénible.
Je comprends qu'ils veulent ça au plus vite, mais j'aurais besoin d'une journée entière, si possible demain, pour m'en sortir.
J'obtins l'accord de Marie-san pour une livraison le surlendemain avant midi.
Une fois l'affaire conclue, Marie-san, visiblement soucieuse de sa boutique, repartit prestement vers la salle de vente.
« Désolé. Marie trouve son travail actuel tellement amusant. »
« Une femme qui travaille, c'est une bonne chose. »
« C'est vrai. La voir si épanouie chaque jour me ravit autant qu'elle. … Alors, Mukouda-san, il paraît que vous avez une demande à me faire ? »
« Oui. En fait… »
J'exposai à Lambert-san ce que je ruminais depuis un moment.
Ce que je voulais, c'était ni plus ni moins une maison.
À force de louer des maisons individuelles au fil de mes déplacements, j'avais fini par me dire qu'avoir un chez-soi, ce n'était pas mal.
C'est spacieux, donc Fel et les autres peuvent y vivre sans se gêner, et moi non plus je n'ai pas à faire attention.
Avoir une cuisine, un bain et tout l'équipement qui va bien, c'est appréciable aussi.
Bien sûr, c'est parce que les maisons que je louais étaient de luxueuses demeures, mais maintenant, grâce à Fel et aux autres, j'ai pas mal mis de côté.
Je pense pouvoir m'offrir une belle demeure sans problème.
Et puis, avant tout, avoir une maison où rentrer, c'est quand même quelque chose de bien.
Je continuerai bien sûr à voyager, mais avoir un port d'attache ou non change complètement l'état d'esprit, je trouve.
Alors, en cherchant où acheter, la première ville qui m'est venue à l'esprit, c'est Carina.
Dolan n'était pas exclu, mais si j'achetais là-bas, Erland-san risquait de squatter, donc j'ai écarté l'idée.
Dora-chan risquait de déprimer, en plus.
Bref, pour une maison, c'était Carina, sans hésiter.
« Ho~, vous comptez vous installer dans cette ville. C'est une excellente chose ! »
« Cette ville a l'avantage de compter Lambert-san, auprès de qui je peux tout demander. »
« Entendre cela me fait plaisir. »
« C'est pour cela que je voulais vous consulter : pour acheter une maison ici, passer par la Guilde des Marchands est-il la meilleure option ? »
« C'est selon le type de maison recherché, mais passer par la Guilde des Marchands reste la voie la plus sûre. D'ailleurs, quel genre de maison visez-vous, Mukouda-san ? »
Si j'achète, je veux au moins la taille des demeures que j'ai louées jusqu'ici.
Il faut que Fel puisse aller et venir à l'aise, des pièces vastes, une cuisine et un bain bien équipés, et si possible un grand jardin.
Quand j'expliquai mes critères à Lambert-san, celui-ci frappa dans ses mains.
« Il y a une pile qui correspond exactement à vos souhaits ! Et en plus, les meubles restent en l'état, vous pourriez y emménager tout de suite ! »
Cette maison était à l'origine la villa d'un haut noble. Sans être en plein centre, elle n'en est pas trop éloignée, ce qui la rend pratique pour les courses, et le terrain est vaste.
Le bâtiment lui-même est immense : pas moins de 14 pièces — salon, salle à manger, cuisine comprises.
Sans compter la maison principale de 14 pièces, trois petites maisons pour le personnel de service sont également bâties sur le terrain.
« Pour certaines raisons, le propriétaire doit s'en séparer, et la Guilde des Marchands en a la charge. Mais vu l'envergure du bien, le prix est forcément élevé, et il est difficile de trouver acheteur. »
Lambert-san a d'ailleurs reçu de la Guilde des Marchands la consigne de leur signaler tout acquéreur potentiel.
« J'ai appris que vous étiez devenu aventurier de rang S, Mukouda-san, alors je me suis dit que vous pourriez être la bonne personne. »
Oh, il était au courant.
Mais « une somme considérable », ça veut dire combien ?
Si mes fonds suffisent, jeter un œil ne coûte rien.
« Et… à combien s'élève le prix ? »
« 12 000 pièces d'or. Rien qu'à l'entendre, cela peut sembler cher, mais compte tenu de l'emplacement, de la superficie du terrain et de la demeure elle-même, c'est presque donné. Et avec les meubles en prime, c'est une affaire. »
12 000 pièces d'or.
C'est une grosse somme, mais ce n'est pas hors de portée.
En fait, je peux payer sans même serrer les dents.
Puisque Lambert-san la juge avantageuse, ça vaut le coup d'aller voir.
« Hmm, je ne sais pas encore si j'achète, mais puis-je la visiter ? »
« Bien sûr. Je vais demander à la Guilde des Marchands de nous recevoir, allons-y sans tarder. »
Je me laissai un peu mener, mais comme je préfère aller vite si je dois acheter, je suivis Lambert-san jusqu'à la Guilde des Marchands.