« Bon, et puis… À propos de la liste que je vous ai donnée tout à l'heure, il y a quelque chose qui n'y figurait pas, mais vu la nature de l'objet, je ne sais pas trop comment m'en débarrasser… »
J'ai décidé de lui demander au sujet de « ça ».
« En fait… Heave-ho ! »
Je sors du Coffre à objets la lourde épée, la «魔剣カラドボルグ».
« Après avoir vaincu le Béhémoth, le boss du donjon, un truc comme ça est apparu. La magic sword Caladbolg. »
« Buhah ! »
Le bel elfe Erland-san vient de recracher sa boisson.
Buhah, ouais, buhah.
« M-m-m-magic sword ?! »
Pour qu'Erland-san soit aussi surpris, c'est vraiment un objet dangereux, apparemment.
« Cela dit, une magic sword… Puisque la difficulté de ce donjon est élevée, si vous l'avez conquis, je me disais que peut-être… »
D'après ce qu'il me raconte, il n'y a que quatre magic swords dont l'existence a été confirmée physiquement.
La première, c'est la « magic sword Joyeuse », que le héros choisi par les dieux il y a 700 ans aurait ramenée d'un donjon. Elle est conservée sous haute surveillance dans l'église du temple principal de la religion de Rubanov, au Saint Royaume de Rubanov.
La deuxième, c'est la « magic sword Balmung », que possède l'Empire de Gaiser.
Cette épée serait sortie d'un donjon de l'Empire de Gaiser il y a environ 400 ans. Pour mettre la main sur cette magic sword, l'Empire aurait envoyé 30 000 soldats dans le donjon.
La troisième, c'est la « magic sword Durandal », que possède le Royaume de Marbelle.
On dit qu'un aventurier de rang S originaire de Marbelle l'aurait ramenée d'on ne sait quel donjon il y a 300 ans. Le royaume l'aurait achetée, mais le prix d'achat équivaudrait au budget national de Marbelle à l'époque, selon la rumeur.
La quatrième, c'est la « magic sword Arondight », que possède le Royaume de Leonhart.
Le premier roi de ce pays l'aurait ramenée d'un donjon de ce royaume (pas celui de Dolan, ceci dit). Je me demande quel genre de personnage était ce premier roi pour avoir la force de ramener une magic sword d'un donjon, mais je poserai la question quand j'aurai du temps libre.
Et la « magic sword Caladbolg » que j'ai ramenée deviendrait la cinquième. Mais il y a un truc qui me chagrine.
« Euh, les quatre magic swords dont vous venez de parler, elles sont toutes en possession de pays, non… ? »
L'explication d'Erland-san, c'est à chaque fois « tel pays la possède », donc ça m'inquiète.
« Bien sûr. Une magic sword, qu'on appelle aussi symbole de pouvoir, finit par être conservée sous haute surveillance par un État. »
Hein ? Je me trimballerais un truc que l'État met sous clef ?
« Ah, ça, pour le rachat… »
Trop lourd pour que je m'en serve, et je n'ai pas envie de garder un truc que l'État surveille comme le lait sur le feu.
À ce rythme, il va dormir éternellement dans mon Coffre à objets.
« Ne dites pas de bêtises. Une magic sword qui rivalise avec un budget national, on ne peut pas la racheter. »
Erland-san me le dit avec un air ahuri.
Oui, c'est bien fait pour moi.
Désolé d'avoir demandé l'impossible.
« Au lieu de parler rachat, vous feriez bien d'essayer de vous en servir vous-même. Devenir manieur de magic sword, c'est le rêve inaccessible de n'importe quel épéiste. »
Ahaha, je ne suis pas épéiste, moi.
Et avant ça, rien que la tenir, c'est la galère.
« Euh, cette épée est trop lourde, je ne peux vraiment pas la manier. »
« Ah, c'est comme ça ? Je peux essayer de la prendre ? »
Comme Erland-san le propose, je réponds « Allez-y » et il tire Caladbolg de son fourreau pour la mettre en garde.
« Elle a effectivement un poids solide. Ce n'est pas qu'on ne puisse pas la brandir, mais… »
Erland-san se lève et donne un coup léger avec Caladbolg.
Erland-san, t'arrives à la brandir, toi !
C'est ça, un ancien aventurier de rang S.
Moi, rien que la tenir, c'est déjà la galère.
« D'après l'Évaluation, elle serait en adamantite. »
« Buhah ! »
Ouh, Erland-san recrache encore.
Voilà le deuxième buhah de la journée.
« A-a-a-adamantite ?! »
« L'Évaluation dit ça. »
L'adamantite, c'est si surprenant que ça ?
La mithril est courante, alors je pensais que l'adamantite était juste un métal précieux plus rare, mais qui circulait quand même.
« L'adamantite, c'est le métal légendaire qu'on dit incapable d'être entamé par qui que ce soit… »
Ah, dans ce monde, c'est ce setting-là.
Ah mince, ça sent vraiment le stockage éternel dans le Coffre à objets.
« B-bon, bah, moi je peux pas m'en servir, alors je la remets dans le Coffre à objets pour l'instant. »
« Ce serait plus sage. »
Je la reprends d'Erland-san et la range dans le Coffre à objets.
Oui, « magic sword Caladbolg » : stockage permanent dans le Coffre à objets, acte officiel.
Bon, bah, peut-être qu'un jour son sort sera décidé.
On ne sait pas quand, par contre.
« Ah, tiens, il y a un truc que je dois vous dire. Mukouda-san, vous êtes promu au rang A. »
………… Hein ?
Euh, j'étais rang C, moi ?
Pourquoi je passe direct au rang A ?
« Euh, rang A ? »
« Oui. On ne peut pas vous laisser au rang C après que vous ayez conquis ce donjon. »
C'est ce qu'il dit.
Du coup, ma carte argentée de rang C est confisquée par Erland-san sans discussion, et on me fourgue de force une carte dorée qui brille, rang A.
Il dit « conquis », mais je me suis à peine battu, on a tout laissé faire aux autres, c'était presque un portage.
« Du coup, pour les objets à racheter, vous saurez quand environ ? »
« Il faut que je consulte le vice-maître de guilde, mais je pense qu'on aura tranché d'ici après-demain. Il faut qu'on aille expliquer d'urgence au siège de la Guilde des aventuriers de la capitale et au palais royal. Franchement, quelle corvée… »
Erland-san laisse filtrer son vrai fond.
Apparemment, il doit aller donner les détails de la conquête du donjon.
« En principe, il serait préférable que l'aventurier qui a conquis le donjon vienne avec nous. »
En disant ça, Erland-san me jette un coup d'œil de travers.
« Ahaha, ce genre de truc, c'est pas mon fort. Je préférerais décliner, si possible. »
Rencontrer les pontes de la Guilde ou aller au palais, très peu pour moi.
Ça ne fait que me fatiguer nerveusement.
En plus, je n'ai pas envie qu'on fouine et qu'on découvre que je viens d'un autre monde.
« C'est ce que je pensais. J'ai entendu dire que vous, les Mukouda, n'aimiez pas qu'on s'immisce, et le palais a aussi transmis la consigne de ne pas forcer. »
Merci, merci.
Franchement, le roi de ce pays est quelqu'un qui comprend la discussion, et c'est une vraie chance.
« Pas le choix, j'irai seul à la capitale. Si vous veniez, Dora-chan viendrait aussi, et le voyage aurait été amusant. J'aurais bien posé un long congé pour vous accompagner, mais… J'ai déposé une demande de congé, et le vice-maître l'a déchirée sous mes yeux. C'est pas horrible, ça ? En plus, il me menace : « Si le maître de guilde continue à faire n'importe quoi, je fais grève ». »
Non, l'horrible, c'est toi qui ne bosses pas, à 100 %.
Vice-maître, je compatis de tout cœur.
« B-bon, bah, il y a encore le rachat des drops et tout, alors je reste dans cette ville un moment. Et si je mets la main sur un dragon à l'avenir, je l'amènerai ici. »
Dès que je dis ça, *pan* ! Erland-san plaque sa main sur la table et se penche vers moi.
« C'est une promesse, hein ?! »
Cho, c'est un peu trop près, ton visage.
« Oui, c'est promis. »
En même temps, c'est à peu près le seul endroit qui peut démonter un dragon.
Je ne sais pas si j'en aurai l'occasion plus tard, mais si j'en chope un, je le fourre dans le Coffre à objets et je l'apporte ici.
« C'est une promesse, alors ! »
Il me chopo les épaules fermement et me le rabâche, alors j'acquiesce plusieurs fois.
« B-bon, bah, je repasserai après-demain, quand le rachat sera décidé. »
Et je quitte la Guilde des aventuriers.
Si je restais plus longtemps, j'avais l'impression qu'Erland-san allait me faire un cours interminable sur les dragons.