Bon, on dirait qu'il a fini par pointer le bout de son nez, malgré tout.
La cause de tous les maux.
« Oh, la nouvelle étoile qui a dompté Makyokushin. Tu as déjà l'air de former un couple parfait avec la déesse. Qu'en dis-tu ? Au lieu du banquet, pourquoi ne pas passer du temps tous les deux ? Et vous, Cron-sama ? »
Encore une fois, l'atmosphère est différente.
Les gens du village, qui s'étaient enflammés entre l'ambiance du banquet et leur colère contre Yosei, se sont tus d'un coup, comme s'ils avaient reculé d'un pas.
Ils ont dû réaliser qu'il était inconvenant de tenir tête à une déesse et au grand prêtre.
« Oui, moi aussi je le lui demande... »
« C'est encore mieux. Alors, Earth Ragan. Allez, tous les deux, direction la chambre... »
« Mais Earth ne semble pas très enclin à... »
« Quoi ? »
Bon, ces types ont-ils conscience d'être en public... Non, Yamideile est peut-être simplement excité parce que tout se passe exactement comme il l'a prévu.
« Earth Ragan, ne pas manger le repas tout prêt est la honte de l'homme. Ne pas se laisser manger par le repas tout prêt est un outrage à la déesse. Allez, profites-en à fond ! »
Il le dit en souriant. Mais l'atmosphère transmet : « Tu sais ce qui t'attend si tu refuses, connard. »
Si je refuse...
« Hé, Yosei, là-bas... »
« Hein ? Y a quelqu'un. Je m'en débarrasse. Ça ne te concerne plus, non ? »
Il le balance comme ça, sans ciller. Et avec un air qui dit qu'il s'en fiche complètement.
C'est un sentiment un peu complexe.
« Ah. Ça ne me regarde pas. Mais comme il a fait irruption en me nommant, même si c'est pathétique, je veux régler ça pour ne pas rester sur une mauvaise impression. Ce type a l'air d'avoir pété un câble, mais... ce qu'il a hurlé... bon, c'était sans doute ses vrais sentiments. »
« ... Quoi ? »
Harem, vision de l'amour, peu importe. Le fait qu'il aime Cron était probablement vrai.
Et il est venu jusqu'ici, dans cet état.
Il y a aussi l'histoire de Sadis. Mon cœur se déchire à l'idée de flirter avec Cron comme ça.
« Yosei, que fais-tu en ce jour de fête ? Si le vaincu loue le vainqueur, passe encore. Mais voir le perdant se débattre pitoyablement ne procure que du dégoût. Dégage. »
« Gr... Grand prêtre... sa... »
« Ou bien comptes-tu te consoler en tendant l'oreille aux bruits des étreintes de Cron-sama et Earth Ragan ? »
« Gah, aaaaaah !! »
Yosei se roule par terre en se tenant la tête, accablé par les mots sans pitié de Yamideile.
En voyant cette scène, Cron remarque enfin Yosei dans son champ de vision et laisse paraître une légère frayeur.
« Ara... Qu'est-ce que c'est ? Que lui arrive-t-il, Yamideile ? »
« Cela ne concerne en rien Cron-sama. »
Non non non, ça la concerne à fond ! Ce type, il n'aime pas l'idée qu'on te « vole »...
« At... attendez, Grand Prêtre ! Déesse Cron ! Moi... je vais devenir comment ? »
« Ah ? »
« Oui ? »
Et, tout en rampant, Yosei insiste désespérément.
Plus il crie, plus sa vérité ne paraît que misérable.
Face à lui, Yamideile...
« Yosei, j'avais les yeux sur toi... mais je n'attendais rien de particulier. »
« !? »
« C'est normal, non ? Ceux qui ont du talent comme ceux qui n'en ont pas, les gens de Makyokushin s'entraînent corps et âme au quotidien. La plupart avaient abandonné l'idée de battre Macho au fond d'eux-mêmes, mais ils n'avaient pas pour autant négligé leur entraînement. Toi, qui n'as su voir ni la force de l'autre ni ta propre mesure, qui n'as fait aucun effort, quoi puis-je attendre d'un seconde zone comme toi ? »
« M... mais... comme tu avais des espoirs en moi... le remède divin ! Le fait que tu n'aies rien dit alors que je ne faisais rien... c'était parce que tu croyais que je gagnerais sans que je dise rien !? »
« Ah, le remède divin... Disons que j'ai jugé que tu n'avais pas progressé au point d'en valoir la peine, alors je t'ai juste laissé faire en me disant "bon, débrouille-toi". »
« Men... !? »
C'est exactement ce qu'on appelle « pas l'once d'une once de pitié ».
« Yamideile, vous faites peur. »
« Nn, Cron-sama. »
« Je ne comprends pas bien, mais cette personne est pitoyable, non ? Elle a l'air malade en plus. »
Yamideile balance des mots glacés à Yosei comme s'il regardait une ordure.
Et puis...
« ... Grand Prêtre... vos vrais sentiments, je les ai compris... Mais les sentiments de la déesse Cron ? Cron est une déesse, mais... c'est aussi une fille ! Sans se soucier du destin, elle veut s'unir à l'homme qu'elle aime ! »
Ce cri de Yosei, sans ses déclarations précédentes, aurait pu paraître très cool.
Bon, cette réplique sous-entend probablement un truc du genre « Cron m'aime, donc c'est triste qu'elle ne s'unisse pas à moi », une arrogance monumentale.
Alors, Cron...
« Ma foi, vous êtes une personne très gentille. Vous vous souciez de moi. »
« Cron... »
« Oui. En fait, moi aussi... quand Yamideile me l'a dit il y a quelques mois, j'ai eu le cœur un peu lourd. Je ne comprenais pas l'amour, ni le fait d'aimer un garçon, mais je me suis dit que je n'étais pas comme la princesse qui vit heureuse avec un prince charmant dans les contes... et j'ai été un peu triste. »
Cron adresse un sourire ravi à Yosei. Ce sourire fait briller les yeux de Yosei comme s'il y voyait de l'espoir... mais...
« C'est pour ça que maintenant, je suis super contente. Un garçon qui fait des efforts, qui est fort, qui est gai, qui rit joyeusement avec ses amis... Aujourd'hui encore, tu étais super cool. Mon cœur a battu très fort. Je vais pouvoir rester avec Earth comme ça... Moi qui n'étais pas libre, dorénavant j'ai le droit d'aimer Earth à fond, et en pensant à notre vie de couple à venir, mon cœur est tout chaud et je suis trop heureuse ! »
« A... ah... ah... c'est... pas... vrai... »
Pour plein de raisons, moi non plus je n'en peux plus de regarder.
Yosei a fini par ne plus crier, il a juste enfoui sa tête dans le sol, désespéré.
« ... C'est moi qui connais le mieux la tendresse de Bocchama... Ceci dit... Je ne peux plus me dresser en gardien devant la mariée qui dit "si tu veux avoir Bocchama, dépasse-moi"... C'est... solitaire, quand même. »
Sadis, où essaies-tu de t'opposer ?
Ah non, c'est pas ça.
« Attendez. Au fait, quand est-ce que j'ai dit que je prendrais le prix de la victoire ? »
« ... Ah ? »
« Earth... Tu... n'en as pas envie ? »
Ma réplique fait sortir la vraie voix de Yamideile. Cron laisse échapper une voix un peu triste.
Mais c'est quelque chose de « décidé dès le départ ».
« Cron. Je te déteste pas, mais... je ne pense pas qu'on en soit au mariage pour l'instant. Y a un ordre, non ? »
« Un ordre... ? Mmmmm... C'est quoi exactement... »
« Et puis, l'autre c'est l'autre, j'ai pas trop envie de compatir non plus, mais... même si tu es insensible en amour, arrête de blesser les mecs sans le faire exprès. »
Ma réplique laisse Cron perplexe, elle se met à réfléchir.
« Insensible ? Bocchama, c'est vous qui dites ça ? »
« Oui, boomerang ! »
Sadis et Treina, parfaits en duo !? Pourquoi !?
Bon... Cron, c'est bon.
Le problème c'est...
« Grande Prêtresse Yamideile-sama. Bon, la mission qui m'a été imposée, c'était jusqu'à la victoire. Une fois vainqueur, je suis censé être libéré, non ? »
« ... Aa. Tu seras libre. Si tu gagnes... et que tu m'aides pour une certaine chose... C'est ça, non ? »
À ma question, le ton de sa voix devient de plus en plus mécontent. Et l'air devient piquant, douloureux.
Cette atmosphère est si tendue que même les gens autour, même les sœurs de Tsukushi, n'osent plus souffler mot.
Mais moi quand même...
« Juste... comment ça va se passer maintenant... C'est pas un problème entre moi et Cron... nous deux ? »
« Tu n'es ni impuissant ni homo, de quoi tu te la joues ? Ferme-la et accomplis ton honorable devoir : la création du prochain dieu avec Cron-sama. »
« Mais moi aussi... Bon, pas autant que Yosei, mais... j'ai des doutes qui me traversent le... le cœur, donc c'est suspect, peut-être... Mais c'est de l'amour pur, moi. »
« Kisama... »
« À partir d'ici, je veux pas que ce soit toi qui décides. Si c'est la "volonté de Treina", d'autant plus. Parce qu'elle, elle n'y a même pas pensé une seconde. »
« !? »
« Faut bien faire ça... »
J'ai dit ce que j'avais à dire. Dorénavant, je n'obéis plus.
« Faut bien faire ça... sinon je pourrai pas m'excuser auprès de... mon premier amour, celle dont j'ai "diplômé". »
« !! »
Crois-tu que je vais me marier aussi facilement ? Vous croyez que j'aimais Sadis à quel point ?
« Bocchama... »
Même si je peux être troublé par la mignonnerie, la beauté, le sex-appeal, je ne donnerai pas la réponse finale comme ça.
Comment ça se passera avec Cron à l'avenir, ce sera à nous d'en décider.
« Et pour Yosei aussi... C'est de sa faute, mais... le déclencheur, c'est toi, non ? »
« Nu... »
« Ne dis plus "ça m'intéresse plus", assume jusqu'au bout et occupe-toi de lui correctement. »
J'ai dit ce que j'avais à dire.
Alors...
« Inutile. Un homme comme ça, on s'en fiche... Toi aussi, ferme-la et accouple-toi tranquillement... Déjà, appeler un dieu sans honoraire... Il faut un peu de châtiment, hein... Na ! »
Bah, évidemment que Yamideile n'allait pas accepter.
L'instant d'après, ses deux yeux font apparaître des yeux à emblèmes...
« Bocchama ! »
« Viens pas, Sadis ! »
« !? »
À partir de maintenant... c'est mon choix. Je ne peux pas me faire sauver par Sadis tout de suite.
En plus, que ça puisse tourner comme ça, je m'y attendais depuis « trois mois ».
« Jitensha kago tsuuki shiti saikuru... Déplacement à courte distance, magie Mamachari ! ! »
Engloutis par le tourbillon noir généré par l'activation des yeux à emblèmes et de la magie ancienne, Yamideile y entre de son plein gré et moi avec.
« Earth !? »
« Earth-kun ! »
« Onii-chan !? »
« An-chan !? »
Face à cette soudaine disparition, tous laissent échapper des voix confuses.
Ces voix sont elles aussi coupées net par le déplacement spatial.
Et quand on s'en rend compte, on se trouve sur la plage habituelle, face à face.
« Gamin, l'alcool ? »
« C'est bon, j'ai pas bu. »
« C'est bon alors. J'ai cru un moment que ça allait mal tourner, mais si c'est le cas, tant mieux. »
« Ouais. »
« Mais, quoi qu'il en soit, n'oublie pas que c'est l'heure de vérité ? »
« Et la parade, aussi. »
Ouais. En route, j'avais un peu oublié avec les seins ou l'excitation inhabituelle, mais à la base, je m'attendais à ça.
Moi et Treina, on n'est pas plus surpris que ça, on ne panique pas, on se confirme juste mutuellement.
« Yare yare... Bon, même sans conscience, tant que le bas du corps réagit, c'est bon. Si tu m'avais écouté, je t'aurais fait profiter de bons moments... Mais on va y aller violemment ? »
Devant moi, Yamideile dégage une pression écrasante pour m'intimider.
Voilà. Aujourd'hui, je vais affronter la plus forte « réalité » de ma vie.
Même si, dans mes rêves, je me bats contre plus fort que lui depuis longtemps.