La guilde des aventuriers, enfin. Une bien belle bâtisse. Allons voir à l'intérieur !
« C'est quoi, cette excitation bizarre ? »
« Je crois bien que je m'emballe. »
En entrant, la première chose qu'on voit, c'est le comptoir d'accueil. Les réceptionnistes de la guilde s'occupent des aventuriers, et l'on en compte un bon nombre de fort mignonnes. Un bar occupe l'espace voisin du comptoir, et certains boivent déjà malgré l'heure. C'est la guilde typique des jeux de rôle, exactement celle que j'avais en tête, et ça me réjouit. Je m'attendais à ne croiser que des armoires à glace, mais les jeunes gens des deux sexes semblent nombreux.
Je pris la file devant le comptoir et patientai un peu. Mon tour arriva.
« Bonjour ! Que puis-je faire pour vous aujourd'hui ? »
Elle avait de mignonnes couettes brunes et me salua d'une voix claire et enjouée. Une petite aussi pleine d'entrain, ça fait du bien.
« Je voudrais m'inscrire comme aventurier. »
« Une inscription, entendu. Veuillez remplir ce formulaire, je vous prie. Souhaitez-vous que je l'écrive à votre place ? »
« Ce ne sera pas nécessaire. »
La compréhension de la langue, la lecture et l'écriture des caractères me sont venues avec la réincarnation. Merci, Melfina. Il n'y a que le nom et la profession à renseigner ? C'est plutôt simple. Kelvin pour le nom, et pour la profession, magicien vert...
« Kelvin, un peu de patience. »
S'il y a une raison de m'inscrire comme magicien vert, c'est que les invocateurs sont, dans ce monde, une profession d'une rareté extrême.
Une autre profession offre des capacités voisines : le dresseur. Là, il n'est pas question de technique d'invocation, mais de dresser des monstres et de les placer sous ses ordres. Les bêtes dressées peuvent rester en liberté en permanence, sans consommer le moindre PM, et il semble que le nombre de subordonnés augmente à mesure que le rang de la compétence monte. Sur ce point, c'est identique à l'invocateur.
L'avantage de l'invocateur, c'est qu'il ne se limite pas aux monstres : il opère aussi sur les humains, les elfes, et jusqu'aux golems et autres créatures inorganiques. On peut en outre renforcer le statut de ses subordonnés, communiquer avec eux, et les faire apparaître où l'on veut, pourvu qu'ils se trouvent dans le rayon de sa propre énergie magique. En échange de PM, le rendement est considérable.
Ils sont bien peu nombreux, ceux qui peuvent devenir invocateurs. Qu'on en découvre un, et les grands de ce pays lui mettront aussitôt la main dessus. Une perspective bien encombrante pour moi, qui compte savourer ma liberté dans un monde de fantaisie. Autant dissimuler l'invocation aussi longtemps que possible.
« Merci de votre patience. Voici votre carte de guilde. »
Elle me remit une carte de guilde : un F inscrit sur une carte bleue frappée d'une paire d'ailes.
« Laissez-moi maintenant vous expliquer brièvement le système de la guilde. »
À l'écouter, les aventuriers se répartissent en sept rangs. Elle me montra un panneau.
[Rang F (débutant) ← Kelvin !]
[Rang E (novice)]
[Rang D (ordinaire)]
[Rang C (chevronné)]
[Rang B (maître)]
[Rang A (monstre)]
[Rang S (hors-humain)]
Mon rang s'affiche en jolies lettres. Oui, c'est très clair.
« Comme vous venez tout juste de vous inscrire, vous démarrez au rang F. La guilde reçoit des demandes de partout, les classe par rang, puis les propose aux aventuriers. »
« Autrement dit, je ne peux prendre pour l'instant que des demandes de rang F ? »
« Vous pouvez accepter une demande d'un rang supérieur, mais sachez qu'un échec vous vaudra une pénalité. »
Tiens. Pas question, donc, de foncer tête baissée sur une demande d'un rang au-dessus.
« Dix demandes accomplies, et votre rang d'aventurier monte. Le nombre de demandes à réussir reste le même pour les rangs supérieurs. En revanche, à partir du rang C, il y a un examen : gardez-le bien en tête. »
« C'est entendu. »
« Si votre équipe compte quelqu'un d'un rang supérieur au vôtre, le plafond des demandes que vous pouvez accepter monte jusqu'à ce rang. Cela dit, même accomplie, la demande ne comptera que pour le total de votre propre rang. Et comme faire appel à quelqu'un de compétent pour en venir à bout n'est pas une infraction, vous êtes libre sur ce terrain. »
L'équipe, c'est en suspens pour le moment. Melfina n'est pas encore invocable. Reste que rien n'interdirait de se faire aider pour boucler une demande.
« Ce ne serait pas accompli par mes propres moyens. Cela ne pose pas de problème ? »
« Savoir se faire aider fait aussi partie des qualités d'un aventurier. Pour prendre une demande à la guilde, il faut être aventurier du rang correspondant, mais rien n'oblige vos renforts à l'être : vous pouvez très bien engager des mercenaires. Et si d'autres vous font monter en rang, souvenez-vous de l'examen à partir du rang C. Celui-là, vous le passerez seul. »
L'examen sert donc de garde-fou contre ce genre de profiteurs. Pour aller plus loin, il faudra me forger moi-même.
« Les demandes se rangent en quatre catégories : élimination, escorte, récolte et spéciale. Dans le cas d'une élimination, une partie du corps du monstre abattu est exigée comme preuve : pensez à la rapporter. »
Une preuve, donc. Même en tuant plus que nécessaire, je ne pourrai pas tout ramener.
« Auriez-vous des demandes raisonnables pour un débutant ? »
« Oui. Que diriez-vous de celles-ci ? »
[Élimination de slimes bleus x 3]
[Récolte d'herbes médicinales x 5]
[Recherche d'un chat domestique (demande spéciale)]
Voilà des demandes qui couvrent bien les bases. Une demande spéciale, c'est une demande qui n'entre dans aucune des autres catégories ?
« Et si tu contractais d'abord la demande d'élimination des slimes bleus ? C'est le monstre idéal pour une première invocation. »
Tiens, nous pensons la même chose. J'ai hâte d'essayer l'invocation. Sans me faire repérer, bien sûr.
« Je voudrais accepter la demande d'élimination des slimes bleus. »
« Très bien. Voilà une sage décision. »
J'acceptai officiellement la demande et quittai la guilde. J'appris plus tard qu'elle s'appelait Anje. J'aurai sans doute souvent affaire à elle, désormais. Restait à préparer l'équipement. Des armes et des objets de soin, rien de plus : je n'ai pas grand-chose en poche.
[Bâton de bois : aucune puissance d'attaque physique, mais une faible puissance magique. Assiste la magie.]
Voilà le plus gros de mon argent dépensé. Il va falloir gagner de quoi payer la nuit !