, sujet de toutes les conversations, se sentait particulièrement agacé. Il s’était défilé devant son assistant embêtant (Dieu sait pourquoi les mâles sont aussi faibles et frêles, exactement comme les femelles), avant de regagner sa demeure en courant, comme pour échapper à un danger.
« Qingqing, je suis rentré ! » lança dès qu’il pénétra dans la cour, évacuant enfin son agacement.
Deux léopards accoururent immédiatement, poussant des cris rauques pour le saluer.
« Par ici ! Je suis au grenier ! » S’éleva alors la voix de depuis le deuxième étage.
grimpa agilement jusqu’à l’arbre, avant de passer par la toiture pour entrer dans la maison.
était allongée dans un grand nid niché entre les fourches d’une branche, absorbée par son manuel scolaire et ses révisions. Dès que fut à ses côtés, elle reposa son livre et lui demanda avec curiosité : « Alors, comment ça s’est passé ? Tu arrives à t’y faire ? Je t’avais vu sur internet. »
s’allongea à ses côtés en se montrant docile, et enlaça sa compagne. Son humeur se calma instantanément.
« Ça va. Je ne suis pas encore habitué à ces mâles-là », dit en jouant nerveusement avec sa frange.
Ce n’est qu’à cet instant que remarqua que avait modifié sa coiffure. Elle poussa un « Mmmh ? » surpris et se redressa.
se redressa à son tour, appliquant bêtement ce qu’il venait d’apprendre et prenant une pose étudiée. Il leva les sourcils vers elle, tentant d’arborer un air séduisant.
Le cœur de fit un petit bond, mais, leur union datant de longue date, la sensation disparut aussitôt. Elle éclata de rire. « Qui t’a appris ça ? C’est complètement ridicule, hahaha ! »
répondit : « Est-ce que je suis obligé d’apprendre ? Je peux me débrouiller rien qu’avec des images. »
se tint le ventre en riant quelques instants, avant de retrouver son sérieux. Elle le dévisagea ensuite d’un air embarrassé.
, toujours perspicace, remarqua l’embarras de sa compagne. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » questionna-t-il.
« Hum… eh bien, va donc te regarder dans le miroir toi-même », tenta-t-elle, les lèvres pincées pour étouffer son rire tandis que ses doigts serraient les fibres du nid. Elle se gardait bien de regarder directement, de crainte d’éclater aux éclats.
Quand il vivait encore dans le monde des hommes-bêtes, s’était accidentellement rasé une portion du crâne, finissant par ressembler à un léopard chauve. Elle avait alors pensé que ses poils repousseraient rapidement et, par sollicitude pour son orgueil, lui en avait dissimulé la nouvelle.
Mais aujourd’hui, les glaces murales pullulaient et les exigences de ses fonctions l’obligeaient à multiplier les coiffures : il devenait impossible de garder le secret. jugea donc nécessaire de le mettre au courant.
afficha une mine perplexe. « Je me suis quand même regardé tout à l’heure. Il y aurait un souci ? »
« Va donc te regarder. » Elle préféra rester là, de peur que son amour-propre ne soit froissé.
Elle précisa : « Mais vérifie-le surtout après t’être retransformé en léopard. »
Une idée traversa l’esprit de , le rendant soudain fébrile. Il bondit hors du nid et détal à toute vitesse.
« Houuuu... » Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’un hurlement déchirant ne s’élève du logis.
Ce cri effraya les deux léopards sommeillant dans la cour, qui bondirent sur leurs pattes, le regard tourné vers tous les sens dans un mélange de panique et d’inquiétude.
Face au grand miroir adossé à l’armoire de sa chambre, aperçut enfin l’image d’un léopard au crâne immaculément dégarni. Les poils autour du cou semblaient avoir été tondus ras, réduisant son cou à l’épaisseur d’un bâtonnet. La dernière touffe restante au sommet de sa tête s’affaissait lourdement, faute de matière en dessous pour la porter.
comprit enfin pourquoi sa compagne avait ri de façon si étrange, et saisit aussi la raison de ces regards appuyés qu’on lui jetait autrefois. N’ayant reçu que des éloges lorsqu’il revenait sous sa forme humaine après s’être coiffé, il croyait sincèrement ressembler à un dieu !
En réalisant qu’il avait côtoyé Qingqing durant des mois avec ce physique catastrophique, l’expression projetée par le miroir bascula instantanément vers un air « Le ciel s’abat sur ma tête ! ». Il se raidit complètement avant de s’écrouler au sol.
Désespérante ! Vie de léopard !