« Toi et moi… je veux qu'on parle. »
J'avais pris la résolution et la détermination de me battre contre Reinhardt.
Simplement, je n'avais pas abandonné l'idée du dialogue.
Si c'était possible, je souhaitais régler ça par la discussion.
C'est ce que j'espérais.
« …… »
C'était complètement inattendu, apparemment, car Reinhardt a écarquillé les yeux, surpris.
Après un moment, il a ri doucement.
« Haha… Je me demandais ce que tu allais dire. Tu penses qu'il y a encore quelque chose à se dire à cette heure-ci ? Que je vais changer d'avis ? »
« Ce genre de chose… »
« Tu n'es pas assez omnipotent pour pouvoir affirmer catégoriquement que non, si ? »
« …… »
« Tu n'avais pas prévu du tout que je dise un truc pareil, hein ? Alors, il y a aussi la possibilité que je change d'avis si on dialogue. »
Cette fois, un rire étouffé est venu de derrière.
« Fufu. Rain-kun, ça, c'est un raisonnement assez forcé, tu sais. »
« Mais moi, je veux bien soutenir la façon de penser de Rain. »
« C'est vrai. En fait, tu m'as changée. Personne n'aurait pu imaginer que le Roi Démon que je suis se retrouve dans un tel état. »
« C'est ça, Rain-kun. »
« Ça, c'est un compliment ? Ou une critique… ? »
C'est subtil, difficile à juger.
Je ne sais pas comment réagir.
Alors, Reinhardt rit encore plus joyeusement.
« Vraiment… tu es intéressant. Certes, on dirait que tu peux rendre l'impossible possible. »
« Je fais juste ce que j'ai envie de faire. »
« Persévérer ainsi dans sa voie est difficile. Le fait que tu y parviennes montre ta force, sans doute. »
La conversation s'établissait naturellement.
Est-ce qu'il a répondu à ma demande, en quelque sorte ?
« …… Toi, tu n'attends plus rien des humains. »
« C'est exact. »
« Simplement, tu n'as pas désespéré du monde. »
« C'est exact. »
« C'est pour ça que tu essaies de faire survivre le monde en éliminant seulement les humains. »
« C'est exact. »
Ouais.
C'est la réponse que j'attendais.
D'abord, je voulais confirmer à nouveau que ma compréhension sur ce point était correcte.
Si ma compréhension était décalée ici, tout ce qu'on se dirait serait inutile.
« Ne rien attendre… Je pense que c'est inévitable d'en arriver à penser comme ça. Probablement… moi aussi, à ta place, j'aurais peut-être eu cette façon de penser. »
« Tu en as conscience, et pourtant tu comptes me faire la leçon ? »
« Bien sûr. »
J'ai hoché la tête sans hésiter.
« À ce moment-là, quelqu'un d'autre essaiera encore de t'arrêter. »
« …… »
« Les humains… font parfois des choses terribles. »
Égoïstes, égocentriques, submergés par leurs désirs…
Il y a des humains irrécupérables.
Et ils sont nombreux.
En repensant à mon voyage jusqu'ici, il y a eu beaucoup de méchants.
« Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi plein de gens bien. »
« …… »
« Tu as regardé une partie des humains et tu as jugé qu'ils n'étaient pas nécessaires… »
« C'est… »
« …… Tu en es conscient toi-même, non ? »
« …… ! »
La couleur du visage de Reinhardt change légèrement.
« Il y a de bons humains et de mauvais humains. En comprenant ça, tu essaies quand même de tous les détruire. »
« …… »
« Si tous les humains sont mauvais, les détruire est un bien. Mais s'ils ne le sont pas tous, essayer de les détruire devient un mal. Toi… tu as délibérément choisi la voie du mal. »
Je ne peux que conjecturer le cœur de Reinhardt.
Je ne peux pas dire, même par erreur, que je comprends ses sentiments.
Malgré tout.
Il ne détruirait pas le monde sur un coup de tête.
C'est quelqu'un de prudent… et de sage.
Il y a de mauvais humains, et il y a de bons humains.
En comprenant cela, il essaie de tout détruire.
Parce qu'il croit que c'est le « mieux » pour ce monde.
Parce qu'il pense qu'il n'y a pas d'autre chemin.
Il en est arrivé à cette conclusion.
Pour en arriver là, il a dû s'inquiéter maintes et maintes fois.
Il a dû réfléchir sans cesse.
C'est désormais une résolution et une détermination gravées dans son âme.
On ne peut pas les renverser à la légère.
La persuasion est probablement impossible.
Alors, pourquoi est-ce que je parle ?
C'est… juste de l'autosatisfaction.
Avant de me battre contre lui, je veux comprendre un peu la personne qu'est Reinhardt.
Je veux savoir.
C'est pour ça que j'ai délibérément créé un flux de conversation qui l'invitait à se livrer.
Si on me dit que je pourrais peut-être le convaincre, connaissant cet homme…
Il écouterait délibérément, puis affirmerait qu'il a raison, me réfuterait et briserait mon moral pour me faire plier.
C'est aussi une de ses tactiques, après tout.
« Tu as la résolution de devenir le mal. Quoi qu'il arrive, tu avances sur le chemin que tu as choisi. Il y a quelque chose que tu veux absolument accomplir… c'est ça ? »
« Ah, c'est exact. Tu veux juste confirmer ça ? »
« C'est aussi ça. Mais… à part ça, il y a une chose que je dois absolument confirmer. »
Le fait de vouloir parler est ma vraie pensée.
Le fait de vouloir comprendre est aussi ma vraie pensée.
Et il y a une autre vraie pensée, un autre doute.
« Moi, je n'ai pas l'envergure pour penser au monde. Tout au plus, aux gens autour de moi. Sur ce point, toi tu es différent. Tu penses au monde, et tu avances pour maintenir ta conviction, même si ça doit faire de toi le mal… ça, je le respecte. »
Je veux lui transmettre ce sentiment.
J'avais ce genre de pensée.
Pas seulement nier Reinhardt…
Mais je voulais qu'il sache qu'il y a aussi des choses que je reconnais chez lui.
Et le doute.
« Juste… »
Un peu d'hésitation.
Puis, je lance ma question.
« Toi… est-ce que tu peux parler fièrement de tes actes à tes proches ? »