« Maître. »
Le secteur résidentiel du Last Remnant.
Ophélia se rendit dans la chambre de Reinhardt, aménagée là.
« Quoi de neuf ? »
« L'armée humaine bouge. Ils lanceront probablement l'invasion dès demain. »
« Je vois. »
« … Vous n'êtes pas surpris ? »
« S'ils devaient bouger, ce serait dans les prochains jours, j'avais à peu près cerné le timing. »
« C'est moi qui ai collaboré à ce calcul, tu sais ? Félicite-moi un peu. »
En regardant, on vit que Mona occupait le lit installé dans la pièce.
Il étendait nonchalamment ses bras et ses jambes, grignotant des fruits avec décontraction.
« Mona, vous étiez là. »
« Inutile de faire semblant. »
« Non, je ne l'avais vraiment pas remarqué. »
« Hein !? Moi, j'ai si peu de présence !? Pour de vrai !? »
« Plus que de présence, c'est ton côté encombrant. À cause de ça, je t'ai inconsciemment écarté de mon champ de vision. »
« T'es cool mais t'as une langue de vipère !? »
« Tout à fait », et Mona, tout en râlant, descendit du lit.
Puis il commença à réciter une sorte de sort.
L'espace ondoya comme un mirage, et un autre paysage apparut.
La capitale royale du Continent Central.
Une vue aérienne de cette ville.
« Hmm… Effectivement, ils font pas mal de préparatifs. Ils sont sérieux, ceux-là ? »
« Comment ça ? »
« Attaquer le Last Remnant, c'est impossible. Ils sont sains d'esprit ? Non, pas du tout. Normalement, c'est la mort. Donc ce sont des candidats au suicide ? »
« Ce n'est pas ça. »
C'est Reinhardt qui contesta les paroles de Mona.
Tout en faisant face aux documents étalés sur le bureau, il poursuivit.
« Comme dit Mona, attaquer ici équivaut à la mort. Mais sans rien faire, ils mourront tôt ou tard. Ils l'ont compris, c'est pour ça qu'ils agissent… c'est leur résolution, sans doute. »
« Même comme ça, faut-il aller jusqu'à cette folie ? Ils n'ont qu'à passer le temps qui leur reste tranquillement. »
« Ils ne le peuvent pas. Ils ne le veulent pas. »
« … Maître, vous êtes en train de sourire ? »
Comme l'avait relevé Ophélia, Reinhardt arborait un petit sourire au coin des lèvres.
« … Oui. Ah. Il semble que je me réjouisse de cette situation. »
« Pourquoi donc ? »
« J'avais renoncé aux humains, les jugeant irrécupérables… mais ils ne semblent pas être des êtres ultimement stupides qui accepteraient leur destruction sans rien faire. »
« Alors qu'ils s'opposent à la décision de Maître ? »
« Quelle que soit leur folie, ils ont le droit de vivre. Personne ne détient le droit de les en empêcher. Bien sûr, personne n'a le droit de le leur enlever non plus. »
« Hé, tu fais vachement noble tout d'un coup. Tu as froid aux yeux ? »
« Absolument pas. »
Reinhardt le trancha net, sans la moindre once d'hésitation.
Au contraire, la scène que Mona lui avait montrée semblait avoir raffermi davantage sa détermination.
« Ce que je dois faire ne change pas. Pour l'avenir de cette planète, je… détruirai les humains. »
Il le dit d'une voix forte, puissante.
Cela sonnait comme l'expression d'une résolution inébranlable.
« Dans ce cas, je n'ai qu'à suivre Maître. »
« … Vraiment ? »
« De quoi parlez-vous ? »
« Iris, c'était son nom ? Tu as une camarade qui te est chère comme une petite sœur ? Si ça continue, vous devrez vous battre. »
« C'est… »
« Tu peux prendre le parti de ta sœur. De toute façon, les espèces suprêmes ne sont pas des cibles. »
« Maître. »
Ophélia fit un pas en avant.
Son expression ne changea pas, mais son ton devint tranchant.
« Ne me sous-estimez pas. »
« … »
« J'ai été sauvée par Maître. Cette vie, je la considère comme la propriété de Maître… cependant, je ne lui ai pas tout remis, tout abandonné. J'obéis à Maître de ma propre volonté. »
« Alors, pourquoi te bats-tu ? »
« … Ce n'est pas seulement Maître qui veut interroger le sens de l'existence des humains. »
« Je vois. »
Sur ce seul mot, Reinhardt acquiesça comme s'il avait tout compris.
Ophélia avait jadis tout perdu à cause des humains.
Elle aussi, comme Iris, avait sans doute songé à la vengeance.
Elle avait dû s'interroger sur les humains.
C'est pour cela qu'elle avait suivi Reinhardt jusqu'ici.
Elle avait aussi accepté d'affronter la bataille finale.
« J'ai posé une question inutile, pardon. »
« Non, il suffit que vous ayez compris. »
L'air qui circulait entre les deux devint plus doux.
En voyant cela, Mona poussa un soupir de soulagement.
« Bon. »
« Oh ? »
« Et Mona, tu t'en fiches ? »
« Bon sang, c'est à mon tour ? Le Reinhardt d'aujourd'hui est sentimental, hein. »
« Si c'est pour entendre des histoires ennuyeuses, j'arrête d'écouter. Bien réfléchi, ça a l'air pénible. »
« Héé !? Ici, c'est l'endroit où on écoute mon histoire grandiose qui ne peut se raconter sans mes larmes !? »
« Alors dépêche-toi de parler. »
« Uuuh, tu me traites n'importe comment… »
Mona pleurnicha.
Sachant que c'était du cinéma, Reinhardt ne s'affola pas le moins du monde.
… Cela dit, même si c'étaient de vraies larmes, il n'aurait probablement pas bronché non plus.
« Bon, moi j'ai pas de grande raison, hein. J'ai juste envie de donner une leçon aux humains, c'est tout. »
« Hum. »
« Disons que je suis de la race des esprits, moi aussi. Je me suis pas mal battu bêtement contre les humains. Du coup, j'ai une mauvaise image… mais j'en ai aussi une bonne. Les humains, c'est vraiment une existence incompréhensible. »
« Alors, pourquoi as-tu pensé à te battre ? »
« C'est pareil qu'Ophélia, non ? J'ai envie de les jauger. »
Mona avait vu le bon et le mauvais chez les humains.
C'est pour ça qu'il voulait savoir.
Sont-ils des êtres bons ?
Ou des êtres mauvais ?
Ou bien ni l'un ni l'autre.
« J'ai quitté le village des esprits pour ça, aussi ? Tout le monde s'est contenté de tourner le dos aux humains et de s'en aller. C'est ennuyeux. On ne comprend rien.やっぱり、il faut bien les observer. »
« C'est pour les jauger que tu te bats, c'est ça ? »
« C'est ça. »
Mona acquiesça simplement, comme si de rien n'était.
« Je veux savoir. Ce truc qu'on appelle "humains". S'ils doivent périr, ou pas. »
« Que ce soit moi qui en décide, n'est-ce pas arrogant ? »
« C'est pas grave ? Si on peut décider tout seul, c'est que ça vaut pas plus que ça. Que c'est pas grand-chose, que ça n'a pas de valeur à exister, c'est ce que ça voudrait dire, non ? »
« À l'inverse », fit-il en marquant une pause, et Mona continua.
« S'ils surmontent ça… fufu, ça sera amusant. Moi, à ce moment-là, au contraire, je pourrais porter un intérêt encore plus fort aux humains. Oui. Moi, je me demande si, au fond, je n'aime pas les humains. »
C'est pour cela qu'il leur a imposé une épreuve.
C'est pour cela qu'il les a acculés à l'adversité.
C'est d'un égoïsme extrême… mais c'est le vrai cœur de Mona.
« Au final, tant que c'est amusant, tant que ça me satisfait, tout est bon pour moi ♪ »
En disant cela, Mona tira la langue avec un air espiègle.
« … Ophélia. On ne pourrait pas se débarrasser de ce type, dès maintenant ? »
« Effectivement, on pourrait le jeter. »
« C'est pas horrible !? »